Dans le Jardin des mots

Poésie et prose, prose et poésie, au gré des mots, au fil du temps…

–ESSAI SUR le thème de LA CONNERIE (extrait)

 Le con-don-juan

 

 [...]

Le con atteint de donjuanisme souffre en fait lui aussi d’un besoin irréversible de séduire. Ce comportement traduit généralement le besoin d’être rassuré, en vain. Les hommes atteints par ce trouble doivent en permanence se convaincre qu’ils sont capables de susciter de l’intérêt, voire de l’amour chez les femmes. Notons que ce ne sont pas réellement les femmes qu’ils cherchent à séduire, sinon LA femme par excellence, c’est-à-dire leur mère.

Eh oui, leur chère Môman est encore dans le coup ! La mère adulée omniprésente n’a certainement rien formulé dans ce sens, mais le don juan de service est pourtant devenu peu à peu − comme un grand garçon − con-tout-seul.

Le con-don-juan est addict à l’amour éphémère, il persuade les femmes consciencieusement effeuillées telles les pages de son agenda qu’elles sont uniques. Elles ne le sont en fait que quelques heures, voire quelques jours sur le long parcours de leur connerie à répétition.

Dans son livre intitulé Le pur et l’impur[1] Collette recueille les propos d’un don Juan archétype par excellence nommé Damien, lequel, imbu de lui-même, ne fait que constater que les femmes viennent à lui « toutes seules ». Il est en outre intimement persuadé de leur offrir du plaisir alors qu’il ne reçoit « rien en échange ». De plus, ses proies ne savent faire autrement que d’aller « trop loin ». Entendez par là qu’elles attendent un sentiment amoureux en retour. Le con-don-Juan, en tant que guerrier du cœur, a toujours une arme au poing et n’est pas capable de donner de l’amour.  Il ne fait qu’élever la femme à d’autres sphère où son aura les conduit et ce n’est déjà que trop…

Mis à part toutes ces vérités absolues que Damien confessait dans cet ouvrage, ce qui était pire encore c’est qu’il était « attaché à son erreur [2]». Il agissait donc en toute bonne foi, convaincu de détenir la seule vérité en matière d’amour. Il était le maître. Après avoir consommé ces « amoureuses », il se devait de les abandonner et peu lui importait les conséquences de ses actes, que celles-ci dépérissent ou se meurent par la suite.

Je n’ose penser au nombre de victimes qui sont tombées dans les filets de ces crétins, heureuses d’avoir été élues par un tombeur qui leur confiait au passage qu’elles étaient les seules à compter… (le temps d’un accouplement, s’entend).

À noter :

Lorsque l’on se frotte de trop près à un  con-don-juan, on est à ranger par le fait au grand nombre des victimes de cons. Le con choisit sa proie idéale dans le camp des gens sensibles qui se plieront aisément à ses caprices, il les malaxe subtilement à coup de manipulations aussi sournoises que perverses, amoureusement, comme une pâte qui requiert ce genre de précaution préalable à un épanouissement ultérieur souhaité, puis il déguste consciencieusement le mets-victime confectionné avec soin, et le sacrifie enfin sur l’autel unique et consacré de son pouvoir omniprésent.

Méfions-nous de ce genre d’individus ! Les filets tendus sont toujours attrayants. Le con-don-juan, à force d’expérience, est passé maître dans l’art du vernissage poli – entendez par là tout ce qui brille, pourvu que ce soit faux et clinquant à souhait. Il porte en permanence un masque vernissé derrière lequel il entend cacher ses nombreuses tares. Derrière ses vêtements chiques et chers de con-dragueur-impénitent, il dissimule l’être peu glorieux sans lustre et sans vergogne qu’il est en réalité.

 [...]


[1] Colette, Le pur et l’impur, Librairie Arthème Fayard  et Hachette Littérature, Collection Livre de Poche, 2004.

[2] Ibid, p. 53.

 

©  Monique-Marie IHRY

extrait d’un essai sur le thème de la connerie à paraître prochainement

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