Dans le Jardin des mots

Joli mois de mai

paradisdesrosesblanches.jpg

Joli mois de mai

Me croiriez-vous si je vous disais rêver
de vous voir sur le pas de ma porte arriver
le regard ébloui d’un bouquet de muguet
venant ainsi sacrer cet heureux mois de mai,
si je vous disais que depuis des lustres j’aime
ce beau sourire empreint d’une bonté extrême ?

Tendez-moi ce bouquet de joli mois de mai
je m’ouvrirai à son parfum comme il vous sied.
Mille baisers d’espoir je vous adresse en vers,
mille vers énamourés je compose ce soir,
hommage à ce regard dans lesquels je me perds…

 

©  Monique-Marie Ihry  -  1er mai 2015 –

Extrait d’un recueil de poésie de l’auteure

 

Au jour le jour…

Classé dans : féminisme,Poèmes en français — 8 mars, 2020 @ 5:53

Au jour le jour

 

Il est mort hier

sans avoir confessé

son manque de respect,

sa violence,

ses injures,

sans avoir imploré,

ne serait-ce qu’une seule fois

son pardon.

Dieu quant à lui

ne lui pardonnera pas

ses crimes,

il ne le peut !

L’homme aux poings d’acier

part donc pour l’Enfer

rejoindre Satan et ses disciples.

 

Adieu bourreau !

 

Elle s’interdit toute émotion,

mais la rage la prend.

À nouveau elle se souvient.

On n’oublie pas les outrages,

on espère cicatriser un jour,

tourner la page,

on quémande un instant de paix

sur le long chemin escarpé

de la douleur.

On trébuche souvent,

on pleure, on se relève,

on croit mourir,

mais l’on survit

au jour le jour

et l’on n’oublie

 

JAMAIS !

 

© Monique-Marie Ihry    – 21 janvier 2016 -

(Extrait de mon recueil  » Telle la feuille au vent d’hiver, Coll. Plume d’ivoire n° 2, Cap de l’Étang Éditions, 2017)

 » Il se pourrait… / Bien pudiera ser… « , poème de la poète féministe Alfonsina STORNI (1919)

Classé dans : féminisme,Poemas en español,Poèmes en français,Traduction — 8 mars, 2020 @ 10:18

Adieu  48 56 cm mm ihry

8 mars, en cet unique jour annuel consacré au respect du droit des femmes en tant qu’être humain à part entière, je vous propose ce poème que j’ai traduit en français dans un ouvrage à paraître, poème de la poète féministe Argentine Alfonsina STORNI issu de son recueil « Irrémédiablement » paru en 1919. Le thème ? la condition féminine dans une société régie depuis toujours par le patriarcat.

 

IL SE POURRAIT… 

 

Il se pourrait que tout ce dont j’ai hérité

Ne soit rien d’autre que ce qui n’a jamais pu exister,

Ne soit rien d’autre que quelque chose d’interdit et de réprimé

De famille en famille, de femme en femme.

 

On dit que dans ma famille, mesuré

Était tout ce qui devait être fait…

On dit que les femmes du côté maternel

Ont été silencieuses… Ah, il se pourrait que cela soit vrai…

 

Il est arrivé à ma mère d’avoir le caprice

De vouloir se libérer, mais une profonde amertume

Montait dans son regard et, dans l’ombre, elle pleurait.

 

Et tout ce qui la blessait, la contraignait, la mutilait,

Tout ce qui, dans son âme enfermé se trouvait,

Je pense, sans le vouloir, l’avoir libéré.

 

BIEN PUDIERA SER…

 

Pudiera ser que todo lo que aquí he recogido

No fuera más que aquello que nunca pudo ser,

No fuera más que algo vedado y reprimido

De familia en familia, de mujer en mujer.

 

Dicen que en los solares de mi gente, medido

Estaba todo aquello que se debía hacer…

Dicen que silenciosas las mujeres han sido

De mi casa materna… Ah, bien pudiera ser…

 

A veces en mi madre apuntaron antojos

De liberarse, pero, se le subió a los ojos

Una honda amargura, y en la sombra lloró.

 

Y todo eso mordiente, vencido, mutilado,

Todo eso que se hallaba en su alma encerrado,

Pienso que sin quererlo lo he libertado yo.

 

*  *  *  *  *  *  *

(Toile de l’auteure intitulée « Adieu » huile sur toile 55 x 46 cm / Óleo sobre tela )

TÚ ME QUIERES BLANCA / TU ME DÉSIRES IMMACULÉE

Classé dans : féminisme,Poemas en español,poèmes d'amour,Poèmes en français,Traduction — 25 février, 2020 @ 4:44

alfonsina collier gris

Voici un extrait d’un recueil à paraître prochainement. Il s’agit ici du poème « TÚ ME QUIERES BLANCA / TU ME DÉSIRES IMMACULÉE » de la poète argentine Alfonsina STORNI, extrait de l’ouvrage  » Le doux mal  » publié en 1918. C’est un poème très connu mettant en avant une revendication féministe bien légitime.

TÚ ME QUIERES BLANCA / TU ME DÉSIRES IMMACULÉ

 

Alfonsina STORNI, Le doux mal (1918), traduction de Monique-Marie IHRY

(Extrait du recueil de poésie El dulce daňo/ Le doux mal à paraître courant mars 2020 aux Éditions Cap de l’Étang dans une collection bilingue)

 

TU ME DÉSIRES IMMACULÉE

 

 

Tu me désires telle l’aube,

Tu me désires d’écumes,

Tu me désires de nacre.

Tu veux que je sois un lys

Et surtout, chaste.

Avec un parfum délicat,

Une corolle close.

 

Qu’aucun rayon de lune

Ne m’ait caressée.

Qu’aucune marguerite

Ne se dise mon égale.

Tu me désires comme la neige,

Tu me désires immaculée,

Tu me désires comme l’aube.

 

Toi qui as eu tous

Les calices à portée de main,

Les lèvres violettes

De fruits et de miels.

Toi qui, au festin,

Étais couvert de feuilles de vigne,

Tu as compromis ton corps

En festoyant avec Bacchus.

Toi qui dans les jardins

Noirs du Mensonge,

Vêtu de rouge,

Tu t’es précipité vers ta Ruine.

Toi dont le corps

Reste intact

Par je ne sais encore

Quel miracle,

Tu me veux immaculée

(Que Dieu te le pardonne)

Tu me veux chaste

(Que Dieu te le pardonne)

Tu me veux comme l’aube !

 

Enfuis-toi vers les bois ;

Pars à la montagne ;

Lave-toi la bouche ;

Vis dans des cabanes ;

Touche avec tes mains

La terre mouillée ;

Alimente ton corps

Avec la racine amère ;

Bois l’eau des roches ;

Dors sur le givre ;

Lave tes vêtements

Avec du salpêtre et de l’eau :

Parle aux oiseaux

Et lève-toi à l’aube.

 

Et quand tes chairs

Seront revenues normales,

Et quand tu auras penché

Sur elles ton âme

Qui, dans les alcôves

S’est retrouvée enchevêtrée,

Alors, bonhomme,

Tu pourras exiger que je sois immaculée,

Tu pourras exiger que je sois comme la neige,

Tu pourras exiger que je sois chaste.

 

*  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *

 

TÚ ME QUIERES BLANCA

 

Tú me quieres alba,

Me quieres de espumas,

Me quieres de nácar.

Que sea azucena

Sobre todas, casta.

De perfume tenue.

Corola cerrada.

 

Ni un rayo de luna

Filtrado me haya.

Ni una margarita

Se diga mi hermana.

Tú me quieres nívea,

Tú me quieres blanca,

Tú me quieres alba.

 

Tú que hubiste todas

Las copas a mano,

De frutos y mieles

Los labios morados.

Tú que en el banquete

Cubierto de pámpanos

Dejaste las carnes

Festejando a Baco.

Tú que en los jardines

Negros del Engaño

Vestido de rojo

Corriste al Estrago.

Tú que el esqueleto

Conservas intacto

No sé todavía

Por cuáles milagros,

Me pretendes blanca

(Dios te lo perdone)

Me pretendes casta

(Dios te lo perdone)

Me pretendes alba!

 

Huye hacia los bosques;

Vete a la montaña;

Límpiate la boca;

Vive en las cabañas;

Toca con las manos

La tierra mojada;

Alimenta el cuerpo

Con raíz amarga;

Bebe de las rocas;

Duerme sobre escarcha;

Renueva tejidos

Con salitre y agua;

Habla con los pájaros

Y lévate al alba.

 

Y cuando las carnes

Te sean tornadas,

Y cuando hayas puesto

En ellas el alma

Que por las alcobas

Se quedó enredada,

Entonces, buen hombre,

Preténdeme blanca,

Preténdeme nívea,

Preténdeme casta.

 

 

Cuando tú ya no estés / Lorsque tu ne seras plus (ANFORA NOVA)

Classé dans : Poemas en español,poèmes d'amour,Poèmes en français — 20 janvier, 2020 @ 7:35

Florero primaveral M.M. IHRY 65 81

Florero primaveral -Oleo sobre lino 81 x 65 cm-

Cuando tú ya no estés

 

Hace algunos meses apenas, yo osaba abrigar este pensamiento:

«Cuando tú ya no estés, los árboles del parque continuarán creciendo y nuestras rosas perfumarán aún los senderos del jardín. Yo me encontraré a veces llorando en la sala oscura de un cine, pensando en los proyectos queridos que no tuvimos tiempo de realizar ayer, en estas obras que ya no podremos admirar juntos, en nuestros niños que verán el día bajo la luz febril de mi alegría recuperada.

Cuando tú ya no estés, los árboles del parque sin embargo terminarán muriendo en noviembre, el otoño se revestirá de ámbar y de crepúsculo, y el manto del invierno enterrará el vestido blanco de rosas de la aurora.

Un día, paralizada de cansancio, abandonaré la página infinita de mi soledad y partiré para encontrarme contigo en una bella mañana de luna, cuando el horizonte congelado por el hielo alcance el cielo, un día de invierno cuando las farolas de nuestra calle ya no puedan iluminar mi memoria dolorida, un día donde, como los árboles de nuestro parque, yo haya dejado de creer que, en la oscuridad del recuerdo, aún me es posible intentar sobrevivir sin ti».

Llegó para mí el momento de dejar el otoño de mi vida para quedarme en el infinito de tu corazón…

 

©  Monique-Marie IHRY, poetisa francesa

 

“Cuando tú ya no estés”, una oda al amor y a la naturaleza, cuando el otoño del alma nos ofrece el misterio de su belleza magistral, cuando el pincel de un pintor, ávido de belleza, percibe en la armonía de un reflejo aterciopelado el misterio divino ante el cual se resigna…

para la revista literaria Ánfora Nova y la celebración de sus treinta años.

(poema traducido al espaňol por la poeta y critica literaria Ana Herrera)

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Lorsque tu ne seras plus

Il y a quelques mois à peine, j’osais caresser cette pensée :

« Lorsque tu ne seras plus, les arbres du parc continueront à croître et nos roses embaumeront encore les allées du jardin. Je me retrouverai parfois à pleurer dans la salle obscure d’un cinéma, songeant aux projets chers que nous n’avons pas eu le temps de réaliser hier, à ces œuvres que nous ne pourrons plus admirer ensemble, à nos petits enfants qui verront le jour sous la lueur fébrile de ma joie recouvrée.

Lorsque tu ne seras plus, les arbres du parc finiront cependant par mourir en novembre, l’automne se revêtira d’ambre et de crépuscule, et le linceul de l’hiver ensevelira la robe blanche des roses de l’aurore.

Un jour, paralysée de lassitude, j’abandonnerai la page infinie de ma solitude et partirai te rejoindre par un beau matin de lune, quand l’horizon par la glace figé rejoint le ciel, un jour d’hiver où les réverbères de notre rue ne parviendront plus à éclairer ma mémoire endolorie, un jour où, tout comme les arbres de notre parc, j’aurai cessé de croire que, dans l’obscur du souvenir, il m’est encore possible de tenter de survivre sans toi ».

Le temps est venu pour moi de quitter l’automne de ma vie pour rejoindre l’infini de ton cœur…

 

© Monique-Marie Ihry

Ce poème fait partie du recueil de poésie « La dernière pavane » traduit en espagnol par Ana Herrera

La version espagnole se trouve dans la revue  » Literatura y compromiso  » éditée par l’éditeur ÁNFORA NOVA dirigée par José María Molina Caballero pour la célébration de ses trente ans d’existence. Une cérémonie en cet honneur a eu lieu le 18 janvier 2020 à la Chambre des députés de Courdoue en Espagne (Palacio de la Merced) où j’ai été conviée pour l’occasion.

 

(more…)

Chimères

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 12 janvier, 2020 @ 8:42

QUIZAS 46 X 38

Chimères 

 

J’ai cherché dans le vin des plaisirs capiteux

comme pour oublier des souvenirs houleux.

Je me suis étourdie aux baisers des aurores,

ai succombé aux feux sur l’autel du remords,

me suis lovée menue dans des bras musculeux

telle une louve au seuil de l’antre crapuleux,

m’abandonnant entière aux hasards des transports

conférés par l’alcool, ses viles métaphores.

 

Sur les quais vaporeux des senteurs éthyliques,

l’ivresse d’une voix aux parfums de bohème

surgit du fond de l’ombre en frôlant le blasphème.

La bouteille était vide et mes sens en éveil,

il me fallait encore embrasser Machiavel

pour me perdre à nouveau à ses flancs faméliques !

 

© Monique-Marie Ihry – 23 septembre 2019 -

(toile de l’auteure)

 

Comme d’habitude

AGRESSION 50 50

Comme d’habitude  

 

 

Il rentre tard.

Comme d’habitude

son regard lance des éclairs.

Elle ignore ce qu’elle a pu faire

pour le contrarier à nouveau…

Tout ce qu’elle sait,

c’est que les coups vont pleuvoir,

comme d’habitude…

 

Comme d’habitude,

il la saisira par les cheveux.

Comme d’habitude,

il la plaquera contre le mur de la chambre.

Comme d’habitude,

elle fermera les yeux

sous les poings assassins

et comme d’habitude

elle s’effondrera sur le carrelage.

Puis viendront les coups de pied

additionnés d’une salve d’injures.

Et puis, tout d’un coup,

rassasié,

satisfait,

il s’arrêtera

et partira se coucher

en claquant la porte,

à son habitude,

comme si rien ne s’était passé…

 

Comme d’habitude,

elle sombrera

sous le joug infâme de la douleur,

une fois de plus,

une fois de trop

et se lèvera au petit matin

juste à temps pour se rendre,

le ventre meurtri,

silencieuse

et le cœur vide

au travail…

 

 

© Monique-Marie Ihry    – 24 novembre 2019 -

(toile de l’auteure  » :  » Agression  » (2003) – huile sur lin 50 x 50 cm -

La dernière pavane / El último baile

La dernière pavane

 

La valse des jours exécutait son ballet ultime, comme les feuilles des platanes dansant une dernière pavane sur les allées glissantes du grand parc de novembre. Les branches étiraient leurs membres frileux dans la brume installée.

Les écureuils avaient déserté les branches. Les oiseaux se terraient, cachés sous une rare feuille opportune attendant le vain évènement d’une aurore, et les jours sans amour dans leur costume funèbre défilaient ensemble avec lenteur, comme des nuages en procession dans le cortège des ténèbres d’un cœur à l’abandon.

 

(Poème extrait du recueil de prose poétique du même nom traduit à la suite en espagnol par Ana Herrera)

 

 COUVERTURE 1ere LA DERNIERE PAVANE

El último baile  

 

El vals de los días ejecutaba su último ballet, como las hojas de los plataneros danzaban un último baile en los caminos resbaladizos del gran parque de noviembre. Las ramas estiraban sus miembros friolentos en la bruma emergente instalada.

Las ardillas habían abandonado las ramas. Los pájaros se escondían, ocultos bajo una extraña hoja oportuna, esperando el vano acontecimiento de una aurora, y los días sin amor, en su traje fúnebre, desfilaban juntos con lentitud, como las nubes en procesión en el cortejo de las tinieblas de un corazón abandonado.

 

* * * * * * *

 

en vente sur amazon.fr : https://www.amazon.fr/derni%C3%A8re-pavane-El-%C3%BAltimo-baile/dp/2376130298/ref=sr_1_2?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=la+derni%C3%A8re+pavane+monique-marie+ihry&qid=1574178701&sr=8-2

amazon.es : https://www.amazon.es/El-%C3%BAltimo-baile-derni%C3%A8re-pavane/dp/2376130336/ref=sr_1_2?__mk_es_ES=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=el+ultimo+baile+monique-marie+ihry&qid=1574178837&s=books&sr=1-2

 

Anniversaire

baisercinma.jpg

Anniversaire   

 

 Je te rencontrai il y a dix ans

sous la pluie battante d’une rue déserte.

Un parapluie pour deux nous réunit alors,

nous faisant oublier les caprices du temps,

son inhospitalité.

Dix ans aujourd’hui que tu n’es plus,

et dans ma main ce parapluie, jadis pour deux,

que je tiens seule

dans cette rue désertée

qui vit autrefois notre éclore amour.

 

La pluie tombe encore

sur les pavés glissants d’hier,

comme larme ma peine

sur mes joues solitaires.

Et tombe la pluie,

pluie incessante sur mon cœur

aussi enamouré que naguère…    

 

© Monique-Marie Ihry  – 17 septembre 2019 -

(Extrait d’un recueil de poésie à paraître très prochainement)

 

« Ma sœur », poème d’Alfonsina Storni traduit en français par Monique-Marie Ihry

Classé dans : Poemas en español,Poèmes en français — 23 octobre, 2019 @ 6:59

COUVERTURE LANGUEUR PRIX

MA SŒUR  

 

Il est dix heures du soir ; dans la chambre obscure

Ma sœur est endormie, ses mains sur la poitrine ;

Son visage est très pâle et sa couche très blanche.

Comme si elle le comprenait, la lumière n’éclaire presque pas.

 

Elle s’enfonce dans le lit comme le font les fruits

Roses, dans un profond matelas d’herbe tendre.

L’air entre dans sa poitrine et la soulève chastement

Avec un rythme mesurant les minutes éphémères.

 

Je la borde doucement avec les couvertures banches

Et je protège du vent ses deux mains divines ;

Sur la pointe des pieds je ferme toutes les portes,

J’entrebâille les volets et tire les rideaux.

 

Il y a beaucoup de bruit dehors, tant de bruit étouffe.

Les hommes se querellent, les femmes murmurent,

Montent des paroles de haine, les cris de marchands :

Vous les voix, arrêtez-vous. Ne venez pas jusqu’à son nid.

 

Ma sœur, tel un ver habile, est en train de tisser

Son cocon de soie : son cocon est un rêve.

Avec un fil d’or elle tisse le flocon soyeux :

Sa vie est un printemps. Moi, je suis déjà l’été.

 

Elle n’a que quinze automnes derrière elle,

Et c’est pour cela que ses yeux sont aussi limpides et clairs ;

Elle croit que les cigognes descendent depuis des pays étranges,

Avec des enfants blonds aux petits pieds rouges.

 

Qui désire entrer maintenant ? Oh, c’est toi le bon vent ?

Tu veux la regarder ? Entre. Mais avant, sur mon front

Réchauffe-toi un instant ; ne vas pas tout à coup

Refroidir le doux rêve que je devine sur le sien.

 

Comme toi, ils aimeraient bien entrer et se mettre

À regarder cette blancheur, ces joues pimpantes,

Ces petites oreilles, ces traits fins.

Tu les verrais, toi le vent, pleurer et se mettre à genoux.

 

Ah, si vous l’aimez un jour, soyez bons, parce qu’elle fuit

La lumière qui la blesse. Mesurez vos paroles.

Et vos intentions. Son âme se modèle comme la cire,

Mais comme la cire un frôlement la détruit.

 

Faites comme cette étoile qui, la nuit, la regarde

En filtrant son regard à travers un voile cristallin :

Cette étoile lui effleure les cils et tourne,

Pour ne pas la réveiller, silencieusement dans le ciel.

 

Volez, s’il vous est possible, dans son verger enneigé :

Pitié pour son âme ! Elle est immaculée.

Pitié pour son âme ! Moi je sais tout, il est vrai.

Mais elle, elle est comme le ciel : elle ne sait rien.

 

Alfonsina STORNI

Traduction en français de Monique-Marie Ihry

Extrait du recueil de poésie de la poète argentine Alfonsina Storni Langueur/ Languidez paru en 1920, ouvrage ayant remporté le 2ème prix de National de Littérature en Argentine.

En vente sur amazon.fr

 

* * * * * * *

 

MI HERMANA

 

Son las diez de la noche; en el cuarto en penumbra
Mi hermana está dormida, las manos sobre el pecho;
Es muy blanca su cara y es muy blanco su lecho.
Como si comprendiera la luz casi no alumbra.

En el lecho se hunde a modo de los frutos
Rosados, en el hondo colchón de suave pasto.
Entra el aire a su pecho y levántalo casto
Con su ritmo midiendo los fugaces minutos.

La arropo dulcemente con las blancas cubiertas 
Y protejo del aire sus dos manos divinas;
Caminando en puntillas cierro todas las puertas,
Entorno los postigos y corro las cortinas.

Hay mucho ruido afuera, ahoga tanto ruido.
Los hombres se querellan, murmuran las mujeres,
Suben palabras de odio, gritos de mercaderes:
Oh, voces, deteneos. No entréis hasta su nido.

Mi hermana está tejiendo como un hábil gusano
Su capullo de seda: su capullo es un sueño.
Ella con hilo de oro teje el copo sedeño:
Primavera es su vida. Yo ya soy el verano.

Cuenta sólo con quince octubres en los ojos,
Y por eso los ojos son tan limpios y claros;
Cree que las cigüeñas, desde países raros,
Bajan con rubios niños de piececitos rojos.

¿Quién quiere entrar ahora? Oh ¿eres tú, buen viento?
¿Quieres mirarla? Pasa. Pero antes, en mi frente
Entíbiate un instante; no vayas de repente
A enfriar el manso sueño que en la suya presiento.

Como tú, bien quiseran entrar ellos y estarse
Mirando esa blancura, esas pulcras mejillas,
Esas finas ojeras, esas líneas sencillas.
Tú los verías, viento, llorar y arrodillarse.

Ah, si la amáis un día sed buenos, porque huye
De la luz si la hiere. Cuidad vuestra palabra.
Y la intención. Su alma, como cera se labra,
Pero como a la cera el roce la destruye.

Haced como esa estrella que de noche la mira
Filtrando el ojo por un cristalino velo:
Esa estrella le roza las pestañas y gira,
Para no despertarla, silenciosa en el cielo.

Volad si os es posible por su nevado huerto:
¡Piedad para su alma! Ella es inmaculada.
¡Piedad para su alma! Yo lo sé todo, es cierto.
Pero ella es como el cielo: ella no sabe nada.

Alfonsina Storni (“Languidez”)

12345...29
 

Au fil des mots |
Entre deux nuages |
Lectures d'haabir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | j'ai "meuh" la "lait"cture
| Les Chansons de Cyril Baudouin
| Malicantour