Dans le Jardin des mots

Critique littéraire de mon recueil de poésie  » Rendez-vous manqués  » par le Pr Mohamed Salah Ben Amor

Classé dans : Critique littéraire,poèmes d'amour — 29 septembre, 2013 @ 11:37

 

L’amour, la mort dans l’imaginaire poétique de Monique-Marie Ihry

Critique du recueil de poésie Rendez-vous manqués paru aux Éditions IchraQ, Tunis, 2011

 

Monique-Marie Ihry est une poète française contemporaine. Elle a publié en 2011 à Tunis un recueil intitulé Rendez-vous manqués qui peut bien être le premier à être consacré totalement par une poète française ou même européenne, voire de l’Occident tout entier, à l’éloge de son amant défunt. Étant donné que nous avions eu l’honneur de suivre de près l’éclosion de cette expérience originale et de donner nos appréciations sur la plupart des poèmes qu’elle a générés au moment de leur naissance avant de préparer le recueil pour l’édition à la maison Ichraq (Levant), nous allons essayer, dans cette modeste étude, de nous approcher de l’univers poétique de l’auteure et d’en déceler les éléments constitutifs les plus pertinents.

L’ensemble des poèmes réunis dans ce recueil sont dominés, du fait de la nature du thème particulier autour duquel ils gravitent – à savoir l’éloge de l’amant défunt – par le couple : amour/mort, deux notions qui sont apparemment contradictoires. Ceci est dû au fait que l’amour, selon Sigmund Freud, qui n’est à l’origine que du désir sexuel, incite l’individu à s’attacher à l’existence vivante et à la renforcer par la fertilisation et la procréation ; tandis que la mort anéantit quant à elle cette existence vivante et la réduit à néant. Et c’est pour cela que leur présence réunie dans la conscience humaine déclenche nécessairement une crise aiguë qui prend généralement deux dimensions : l’une psychologique et l’autre métaphysique. C’est de cette crise qu’est née l’expérience poétique de Monique-Marie Ihry, puisque c’est elle qui l’a fait venir de la prose à l’écriture poétique.

Comment cette expérience poétique a-t-elle donc pris forme ? Quels sont les fruits qu’elle a portés ? Ce sont les deux questions dont les réponses intéressent tout particulièrement le critique, parce que le cas de Monique-Marie en tant qu’individu est l’un des cas humains des plus répandus en tous lieux et tous temps, sans que cela ne donne forcément naissance à une expérience artistique. En effet, ce qui différencie le créateur de l’homme ordinaire n’est pas l’aptitude à transformer le réel en fictif, car cette faculté est commune à tout individu normal de l’espèce humaine, mais plutôt la capacité de créer un monde imaginaire sublime répondant aux deux conditions de l’originalité et de la cohérence. C’est justement ce monde, issu de la singularité de l’histoire individuelle et façonné par les dons de l’artiste et ses compétences hors-pair, qui suscite conjointement l’intérêt du critique et du lecteur avisé. C’est, pour plus de précision, un univers intérieur qui revêt la forme d’un système de représentations constituant une sorte de rêve dans lequel se réfugie le créateur de temps à autre pour alléger, ne serait-ce que momentanément, les pressions qu’exerce sur lui la réalité externe. Et c’est en plongeant profondément dans cet imaginaire qu’il en tire la quintessence de ses œuvres artistiques.

Comment  nous  apparaît donc le monde poétique de Monique-Marie Ihry ? Quelles sont ses composantes et ses spécificités ?
Cet univers poétique, tel qu’il se manifeste au lecteur à travers ce recueil, se compose de deux niveaux superposés diamétralement opposés : le premier revêt l’aspect d’un gouffre terrestre affreux semblable à l’enfer. Celui d’en haut est quant à lui extrêmement beau, majestueux et lumineux. Dans le niveau d’en bas s’est installée la poète et dans le niveau supérieur a pris place l’âme du bien-aimé.

Mais avant de tenter de dégager les éléments constitutifs de cet imaginaire, jetons un regard sur la plateforme référentielle qui l’a généré. Il s’agit d’une histoire d’amour foudroyante vécue par la poète au cours des derniers jours de la vie d’un homme qu’elle rencontra par hasard et qui tomba lui aussi amoureux d’elle. Cependant, le destin a décidé de le rappeler rapidement auprès de son créateur.

Essayons d’abord de décrire les aspects généraux du niveau d’en bas avant de passer à la tâche la plus difficile qui est de mettre à nu son mode de fonctionnement dans la génération de l’imaginaire de la poète.

I.  La plateforme réaliste de l’expérience de la poète : l’histoire d’un coup de foudre qui tourne à la tragédie

Les débuts de ce coup de foudre vécu par la poète demeurent, après la lecture du recueil, assez incertains. En effet, pas moins de trois versions sont données par la locutrice sur ce point. L’une d’entre elles serait-elle vraie alors que les deux autres ne seraient-elles  que fictives ? Ou bien encore y a t-il entre les trois un lien invisible qui échappe au lecteur ?

Voici les trois versions en question :

I.1. La première version 

Dans la préface de l’ouvrage, l’auteure a exposé les circonstances dans lesquelles elle a connu pour la première fois son futur amant. Cela s’est passé un jour au téléphone lorsqu’une voix masculine anonyme la contacta en l’appelant par son prénom. Alors qu’elle était sous l’effet de la séduction de cette voix, l’homme coupa brusquement la communication sans se présenter. Une année plus tard jour pour jour, quelqu’un a sonné à la porte de son appartement, et en ouvrant, elle s’est trouvée devant « un homme grand, souriant arborant un charme rieur et engageant, qui tenait dans ses mains viriles à souhait un bouquet de roses incarnat à l’odeur enivrante[1] ». Et tout de suite sans la moindre présentation, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre comme s’ils se connaissaient et s’aimaient depuis longtemps. Monique-Marie finit son histoire en ces termes : « J’avais devant moi un homme qui avait surgi d’un mystère virtuel le plus complet, avec qui j’allais passer les quelques mois qui lui restaient à vivre… [2] ».

I.2. La seconde version

Dans un poème intitulé Rencontre, l’auteure raconte qu’elle a vu son amant pour la première fois dans une gare :

Vous étiez beau Monsieur sur le pas de la gare

Lorsque je vous vis un jour au seuil de mon cœur [3].

I.3.  La troisième version

Dans un autre poème intitulé Champs-Elysées  qui est ici en l’occurrence le nom d’un café et non le fameux quartier parisien, l’auteure écrit qu’elle a rencontré son futur amant dans ce café. Serait-ce la seconde rencontre faisant suite à celle de la gare alors qu’il ne s’était pas rendu compte de sa présence au milieu de la foule ? Aucune précision n’est apportée à ce sujet dans tout le poème. Voici ce qu’elle a écrit :
Je vous aperçus enfin aux Champs-Élysées

Un soir où luisent les espoirs des cœurs transis

Où l’on désirerait voir se réaliser

La quintessence inouïe d’une poésie

 

Vous regardiez dans le vague de vos pensées

Je m’assis à la terrasse de ce café

Commandai un thé de cette voix cadencée

Qui vous fit alors sursauter, me regarder [4]

 

Cette histoire d’amour réelle, fortement tragique et bouleversante est profondément ancrée dans la mémoire de la locutrice. Et, puisque c’est de l’histoire en question que la totalité des poèmes du recueil sont issus, on peut dire qu’elle fait dès lors partie de l’imaginaire de la poète où elle apparaît sous forme de réminiscences-éclairs lumineuses pour les unes, et sombres pour les autres, et qui sont également semblables à des empreintes légères et éparses, ou pour être plus précis, à une série de flashbacks extrêmement rapides ressemblant aux tremblements secondaires qui suivent la secousse principale violente et brusque.

Quant au reste de l’imaginaire, il se compose d’un faisceau de songes très diversifiés qui se forment brusquement à partir de petits détails faisant partie intégrante du niveau d’en bas et dans lesquels la locutrice plonge de tout son être dès leur apparition au milieu d’un cadre spatio-temporel à caractère mythique, sans que cette fuite en arrière ne lui permette toujours de recouvrer son équilibre psychique perdu.

Cela revient à dire que l’acte poétique dans ce recueil s’accomplit dans deux sens opposés. Il est soit rétrospectif, et dans ce cas il prend l’une des deux formes suivantes : la première est l’évocation délibérée du passé pour revivre les moments heureux que la poète a passés auprès de son amant défunt. La seconde est l’assaut que livre le passé lui-même sur la mémoire de la locutrice en l’imprégnant d’images funèbres qui lui rappellent le départ définitif de l’être aimé. Quant au second sens qu’emprunte l’acte poétique, c’est celui de la production en imaginant un monde magnifié où la poète retrouve son amoureux décédé et passe des moments fictifs avec lui. Nous voyons ici que le premier sens est la direction menant vers le gouffre terrestre, alors que le second conduit soit à ce gouffre, soit au niveau d’en haut où loge l’âme du défunt.

Tentons à présent de relever les modes de fonctionnement des deux niveaux de l’imaginaire poétique de Monique-Marie Ihry.

II. L’imaginaire de la poète et son mode de fonctionnement dans la production du sens 

Comme nous l’avons montré, l’imaginaire de la poète a une structure à deux niveaux. Prenant elle-même place dans le niveau d’en bas, l’âme de son amant défunt s’établit dans celui d’en haut. La locutrice s’est évertuée à bâtir cet édifice pierre par pierre tout au long du recueil depuis le départ définitif du bien-aimé vers l’au-delà, et ce poussée bien entendu par la passion qu’elle lui voue mais aussi par sa croyance religieuse chrétienne selon laquelle, comme toutes les croyances monothéistes d’ailleurs, l’âme du décédé monte au ciel où elle s’installe dans l’attente du jour de la résurrection et du dernier jugement.

Sous quels aspects apparaissent chacun des deux niveaux de cet imaginaire ?

II.1. Le niveau inférieur de l’imaginaire et les conditions de la poète en son intérieur

Le niveau bas de l’imaginaire de la poète est constitué lui-aussi de deux zones qui sont en l’occurrence juxtaposées et non superposées. La première est incluse dans le passé sous forme d’un souvenir où se mêlent les quelques moments heureux qu’elle a vécus en compagnie de son amant et l’état de déprime totale qui a suivi sa mort. La seconde est située dans le présent et revêt l’aspect d’un gouffre terrestre.

Cette structure double rend possible le passage du Moi de la poète, d’une façon alternative, et ce par le biais de quatre états affectifs différents à savoir : la sensation d’abandon et de solitude doublée de l’endurance de la privation causée par l’absence du bien-aimé, le rappel des moments courts mais heureux passés à ses côtés, dans le psychisme de la poète la hantise de l’image sombre de la fin tragique du défunt, et enfin la quête de refuge dans le rêve mais au sein de ce niveau-bas et non en dehors de ses limites, à la recherche d’un échappatoire susceptible d’atténuer le mal dont elle souffre.

II.1.1. Le premier état : la privation du bien-aimé

La poète a consacré à la description de ce premier état affectif un bon nombre de poèmes comme le montrent ces fragments :

 

Mais cet automne n’est qu’un illustre imposteur

 Les couleurs de mon âme ressemblent au néant

 Cette pluie étoilée ne conduit au bonheur

 

 L’absence est cruelle, réels étaient mes rêves

 L’automne semble s’est installé tout à fait

 Dans les méandres de ces souvenirs surfaits

 (Bonheurs perdus,  pp. 41-42.)

 

 Le soleil s’est éteint dans le ciel ce matin

 L’horizon de mon cœur s’est teinté de chagrin

 Les boutons de rose se meurent avant d’éclore

 Les fantômes nocturnes s’installent à l’aurore.

 

(Silences, p. 43.)

 

La Terre semble s’être arrêtée de voler

 Les êtres dorment, les oiseaux en leur envolée

 Ont déserté notre Monde le temps d’un rêve

 

La nuit s’est installée, la vie s’en est allée

 Les angoisses prennent possession des allées

 Sinueuses de mon âme brune esseulée

 

(Rêves de vie, pp. 45-46.)

II.1.2.  Le deuxième état : le rappel du passé heureux auprès du bien-aimé

Bien que la période où la poète avait atteint le sommet du bonheur n’ait duré que quelques mois, la récurrence du recours à cet espace temporel restreint dans l’ensemble des poèmes du recueil est très élevée et ce, du fait qu’elle est à ses yeux la phase la plus éclatante et la plus précieuse de sa vie. C’est pour cette raison que cet état affectif est décrit le plus souvent comme une extase enivrante fortement ressentie par la poète tel que l’on peut le constater dans ces vers :

 

Un oiseau poète gazouille allègrement

 À la vue attendrie de ce trouble opérant.

 Je m’abreuve à la source de tes yeux dorés

 Et me perds dans leur blonde douceur vénérée.

 

(Ballade à la source de ton regard, p. 29.)

II.1.3. Le troisième état : Le souvenir de la mort du bien-aimé

La référence à cet état est également très récurrente dans le recueil. Il est cependant rarement mentionné seul. Il est toujours précédé ou suivi d’un état d’extase, peut-être parce que le psychisme de la poète a été perturbé violemment par le choc qu’elle est a reçu lors du décès de son bien-aimé. En voici un exemple :

Tu étais là, vivant,

 Radieux et heureux amant.

 Soudain, pris en otage

 Dans la fleur de l’âge

 Tu n’as pu lutter

 Contre tant d’adversité.

 La maladie par méprise

 N’en a fait qu’à sa guise

 

(Lune en pleurs, p. 65.)

 

II.1.4. Le quatrième état : la compensation par le rêve

L’échappatoire auquel la poète a de temps à autre recours ici est le rêve de rencontrer son amant défunt, mais sur terre et non dans le ciel. Citons à titre d’exemple son texte en prose poétique intitulé Douce apparition automnale [5] dans lequel elle raconte qu’elle a rencontré son amant défunt au fond d’une forêt à proximité de chez elle :

« Tu surgis comme par magie au milieu de cette paisible atmosphère automnale. Tu étais là, magnifique, dressé devant moi dans ton habit de lumière à me contempler. J’étais échevelée et vêtue sobrement pour la circonstance. Mais tu me trouvas malgré tout aussi belle que dans tes songes. Tu me tendis les bras. Je courus m’y blottir, enfin ! »

 

II.2. Le niveau supérieur de l’imaginaire et les modes de contact avec lui

II.2.1.  le caractère précieux du niveau supérieur et ses qualités nobles

Étant donné que le niveau d’en haut abrite l’âme du bien-aimé, la présence de ce lieu est presque constante dans les premiers vers de chaque poème comme le montrent les exemples suivants :

Le ciel semblait d’or

(Temps,  p. 19.)

 

Ta voix, ode d’amour dans un ciel majuscule,

(Mélodie d’un soir,  p. 15.)

 

Mélancolie de lune, noblesse éthérée,

(Perles de lune,  p. 35.)

 

Pluies d’étoiles sur la toile brune du ciel

(Bonheurs éperdus, p. 41.)

 

Le temps se permet de suspendre son envol

Notre Lune fait une pause dans le ciel

(Rêve de vie,  p. 45.)

 

La pluie projette sur la fenêtre ses larmes

(Larmes d’hiver, p. 47.)

 

La lune verse des larmes de nostalgie,

Les étoiles semblent s’éteindre petit à petit

Dans le ciel obscur à toute vie.

(Lune en pleurs, p. 64.)

 

Le soleil se décida enfin à briller,

(Février,  p. 70.)

 

Le ciel nuageux en partance pour l’Orient

Dans l’auguste firmament

(Chevalier de lumière, p 74.)

 

La nuit a les couleurs de ton regard

Un halo de brume envahit le ciel

(Crépuscule p. 91.)

 

Mon blond prince est parti rejoindre les étoiles

Dans une lumière céleste azurée

(Prince poète,  p. 101.)

Cette présence très marquée du niveau d’en haut qui résulte bien entendu de l’attachement de la locutrice à l’âme du bien-aimé est fréquemment associée en outre à la notion de hauteur, aux notions de valeur, de noblesse ainsi qu’aux objets et aux phénomènes naturels qu’il abrite et que la poète personnifie par ailleurs en leur attribuant des sentiments humains tels que la tristesse (la lune et la pluie pleurent) et l’affabilité :

Les perles du ciel, sur ma fenêtre posées

Déposent en chœur les roses de tendres baisers

De lune, que la brune nuit offre à mon cœur.

(Perles de lune,  p.  36.)

Toutes ces qualités dont le niveau d’en haut regorge l’incitent à rêver d’y monter. Elle dit dans ce sens, s’adressant à son bien-aimé :

Que ne donnerai-je pour cet instant magique

Lovés tous les deux dans un monde féérique

 

(Que ne donnerais-je, p. 49.)

 

Bien entendu, Il n’est pas aisé de déterminer ici avec précision l’origine de cette vision sacralisée du ciel. Relèverait-t-elle de la simple foi religieuse, étant donné que le ciel pour le croyant dans les religions monothéistes abrite le royaume du créateur et que c’est pour cette raison qu’il possède les qualités les plus sublimes et les plus nobles ? Ou serait-elle plutôt d’ordre psychologique, c’est à dire une simple projection de l’image idéale du bien-aimé ancrée dans l’esprit de la locutrice par effet de contigüité sur le nouveau lieu où il a été transféré ? Ou bien encore, les deux causes ont-elles contribué ensemble à la genèse cette vision ?

II.2.2. Positions de la locutrice par rapport au niveau d’en haut : jonction/disjonction
Quelle que soit la vraie origine de cette vision, la préoccupation de la poète au sujet de son bien-aimé prend deux formes différentes : l’une est sa tentative répétée et persévérante de le contacter dans son monde supérieur, et l’autre est de s’abstenir de le tourmenter après son départ de ce monde éphémère.

II.2.2.1.  Modes de contact avec l’âme du bien-aimé dans le ciel

  • 1er  mode : Contact au niveau du désir et du souhait

La locutrice essaie de réaliser ce genre de contact sans la participation du bien-aimé. C’est ce qu’illustrent clairement ces deux exemples :

Que ne donnerais-je pour un baiser de toi

Pour ce plaisir inouï d’être dans tes bras

Blottie comme autrefois

Loin de ce monde tangible si près de toi

Près de l’infiniment grand, infiniment toi

Dans une même foi

(Que ne donnerais-je, p. 49.)

 

S’il m’était donné de faire un vœu en ce jour

Je me transformerais en papillon d’un soir

Voguerais sur la toile d’un ciel de velours

Jusqu’à ta couche, bercée de tendres espoirs

(Ballade en si, p. 25.)

  • 2ème  mode : le contact mental et spirituel

Ce mode est semblable à celui que pratiquent les soufis dans leurs tentatives d’accéder à l’être suprême et de s’unir à lui. On peut l’observer par exemple dans le poème intitulé Conversation [6] où elle dit :

- Je t’attends depuis des lustres, reviendras-tu ?

À t’espérer je me morfonds, je n’en puis plus.

Et il lui répond :

- Ma chérie, laisse-moi encore un peu de temps

Juste le temps qu’il convient de donner au temps [7].

 

Dans le poème Conversation aimable, c’est elle qui s’adresse à lui du début jusqu’à la fin :

Mon ami, mon bel amant,

Ce soir en pensée

Je vous adresse

Une kyrielle de folles caresses.

Je vous envoie également

Des millions de baisers

Tendres et embrasés [8].

Mais quel que soit le genre de contact utilisé, son caractère illusoire aidant, il ne dure que quelques instants. Et par conséquent, la locutrice se retrouve d’emblée en face d’une réalité infernale souffrant d’un vide et endurant les affres de la pire privation. C’est ce que la poète exprime, à titre d’exemple, dans cette strophe :

Lorsqu’au petit matin vint éclore l’aurore

Sur la plage des songes d’un soir étoilé

La toile de mes rêves se retira alors

Déposant une rosée de cendres voilée [9]

II.2.2.2.  Abstention au contact de l’âme de l’amant défunt

Quant à sa décision de s’abstenir de tourmenter l’âme de son amant défunt qui est en soi contradictoire avec son attitude précédente, aucun indice dans la succession des poèmes tels qu’ils ont été classés dans le recueil indique si elle lui est postérieure donc définitive, ou si elle résulte d’un simple état d’âme passager et peut par conséquent être suivie d’un nouvel essai de contact du bien-aimé dans le but de communiquer avec lui. Mais, quelle que soit la nature de cette décision, et même si la locutrice ne la met pas à exécution, le fait même de la prendre indique qu’elle émane de sa foi. D’ailleurs quelques passages, bien qu’ils soient très peu nombreux, expriment  explicitement  cette attitude religieuse comme nous pouvons le lire dans les deux strophes suivantes :

Ton discours preux réveillant les cieux

Fut bref mais lumineux.

Tu me disais que tu désirais

Partir te reposer en paix

Au royaume de notre Seigneur,

De sa céleste beauté

Et de ses infinies bontés.

Ton âme se devait donc de cesser d’errer

Inlassablement entre rêves et réalité.

Il me fallait abandonner cette idée

De te retenir désormais au-delà de toute adversité [10].

 

Va, mon amour, pars en paix

Tu resteras à jamais dans mon cœur.

Je sais qu’un jour nous côtoierons

À nouveau notre tendre bonheur.

Les anges du ciel célébreront

Nos heureuses retrouvailles [11].

 

II.2.3.  Formes d’apparition du défunt amant à la poète
L’amant défunt apparaît à la poète depuis le refuge céleste où il est installé sous des formes très diverses se divisant en deux catégories d’après sa position par rapport à l’action, et ce selon qu’il soit actif (agent) ou passif (patient).


II.2.3.1. Les formes où il apparaît comme agent

Parmi les images où il prend cet aspect, citons celle du chevalier oriental du désert que la poète se représente comme suit :

Tel un impérieux chevalier du désert

Imposant, preux et fier

Sur une monture impatiente et docile,

Tu es apparu cette nuit dans un de mes rêves [12].

Et celle du prince poète :

Dans l’aérien crépuscule ainsi éclairé

Mon prince poète apparaît impérial

Il déroule un parchemin de félicité [13]

 

Les arpèges de la poésie de son âme

Charment d’une douce mélodie les cieux

Lesquels, dans la transcendance de cette gamme

Allument une à une les étoiles des lieux [14]

 

II.2.3.2.  Les formes où il apparaît comme patient

Ces formes revêtent la plupart du temps un aspect funèbre. Le bien-aimé y apparaît souvent résigné à la volonté du destin acceptant le sort que lui a réservé la fatalité. Et, dans ce contexte-ci, on remarque la récurrence de l’image qui le montre étendu dans une barque sans conducteur l’amenant vers une destinée tracée d’avance comme dans ces trois strophes :

Sur les rives de ma triste pensée

Aux aurores

Je vois passer cette barque presque paisible

Que j’avais déjà entraperçue

Il y a quelques semaines

Encore

Elle voguait à perdre haleine

Avec un seul passager à son bord

Qui ne pouvait être dès lors

Que toi…

(Incontournable destinée,  p. 81.)

 

Ton embarcation cercueil

Continue sa course lente sans écueil.

Elle chemine démente et désespérément

Vers le lointain paradis des absents

(Destinée, p. 59.)

Comme nous le constatons, il n’y a aucun point commun entre, d’un côté le chevalier fort et robuste ou le poète qui entonne les chants de la vie et loue la beauté de l’existence et, de l’autre, l’homme faible dépossédé de sa volonté qui subit les coups du destin sans avoir la force de réagir.

Quelle est donc la vraie image du bien-aimé dans l’esprit de la poète ? Cette image changerait-elle selon son état d’âme du moment et son oscillation continuelle entre l’espoir et le désespoir, la force et la faiblesse ?

Malgré tout, ces deux genres d’images ne sont point incompatibles parce qu’elles relèvent, en fait, de deux niveaux différents. L’un est sexuel et l’autre métaphysique. Sexuellement, du point de vue de la femme, le bien-aimé incarne le plus haut degré de beauté masculine, tandis que la dimension métaphysique concernant l’être humain en général, se traduit aussi bien dans le christianisme que dans les autres religions monothéistes, par la faiblesse de cet être vis-à-vis du destin, la nature éphémère de la vie sur terre, l’inéluctabilité de la mort et l’existence d’un bon Dieu au ciel qui appelle les humains auprès de lui quelle que soit la durée de leur vie. Il s’agit donc ici d’une image subjective se rapportant à un individu bien déterminé (l’amant) enchâssée dans une image très générale : celle de l’être humain sans spécification aucune.

 

III. Les caractéristiques poétiques des poèmes du recueil

Du point de vue stylistique, l’ensemble des poèmes réunis dans ce recueil sont dominés clairement par le ton romantique. Cela s’observe dans le recours massif aux êtres et objets de la nature et leur association faite par la locutrice à son état d’âme. Comme nous l’avions montré auparavant, cet accord entre le moi de la poète et la nature ainsi que sa vision chrétienne de l’univers et de l’existence, la rattachent sans aucun doute au romantisme français fondé par Germaine de Staël et René de Chateaubriand au début du XIXème siècle et, parmi leurs successeurs, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Musset et Alfred de Vigny.

Quant au niveau des techniques d’écriture mises en œuvre notamment dans la confection des images et l’usage du rythme interne, l’empreinte d’écoles plus modernes comme le symbolisme et le poème en prose est très nette. Pour nous en assurer, examinons à titre d’exemple, ces quelques fragments de poèmes :

  • Exemple 1 :

Ta voix, ode d’amour dans un ciel majuscule,

Étincelles en dentelle, mille et une perles,

Diadème de notes en écrin qui déferlent

Sur la portée de mon âme au cœur crépuscule [15]

Dans  cette  strophe,  notre  attention est  d’emblée  attirée par les mots « ciel » et « crépuscule » d’un côté et « âme » et « cœur » de l’autre, ainsi que par l’ascendant qu’ont les objets de la nature présents sur le Moi de la poète. Mais nous remarquons également le caractère précieux qu’elle a attribué au ciel en tant que contenant spatial élevé et sublime abritant l’âme du bien-aimé par opposition à son emplacement bas et dégradé sur terre, ce qui est sans doute le reflet de sa croyance religieuse.
Mais si nous faisons abstraction de ces deux caractéristiques générales et examinons attentivement la structure de l’image en soi, nous y découvrirons deux traits dominants. Le premier est qu’elle constitue une image dynamique qui se meut entre deux limites : la voix de l’amant en tant qu’agent, et le moi de la poète en tant que patient. Le second est que c’est une image composée, ceci du fait qu’elle englobe une comparaison dont le comparé (la voix) a quatre comparants : l’ode, les étincelles, les perles et le diadème de notes, et que par ailleurs ces comparants se rattachent à deux sens : l’ouïe (ode – note) et la vue (étincelles – perles – diadème). Un troisième trait est à signaler mais il concerne le rythme et non l’image : c’est le recours à l’asyndète à la place de conjonctions de coordination afin de lier les quatre comparants dont la succession produit une musicalité cadencée. Ceci est bien entendu le fruit des capacités créatives de l’auteure.

  • Exemple 2 :

Rayon de lumière, caresse du matin,

Oasis au centre de ce désert sans fin,

Mélodieuse lyre sur l’air du destin,

Votre sourire chavira mon cœur, enclin [16].

Cette strophe concorde pleinement avec la précédente bien que nous l’ayons tirée d’un autre poème, et ce d’abord par le biais de la présence explicite du destin, ensuite par le souffle romantique auquel renvoient les mots « rayon » (de lumière ), « matin » , « oasis » et « désert  » empruntés au lexique de la nature. De plus, l’image est construite sur une dichotomie semblable : agent/patient (le sourire de l’amant/le cœur de la poète) entre lesquels se déplace un mouvement à sens unique jusqu’à ce qu’il soit couronné par une fin surprenante.

D’autre part, cette image est également composée, car elle englobe une comparaison dont le comparé (le sourire) a également quatre comparants (le rayon de lumière – la caresse du matin – l’oasis – la lyre). Et la seule différence ici est que les comparants ont précédé le comparé.

La conformité entre ces deux images tirées de deux contextes éloignés et différents laisserait à penser que la poète possède un style spécifique dans le façonnement de l’image poétique. Ce qui reste bien sûr à démontrer en examinant un corpus suffisamment large.

Il en est de même pour le rythme interne qui est engendré également ici par la succession de quatre comparants sans conjonction de coordination.

  • Exemple 3 :

Mille perles scintillent dans mon cœur rosé,

Parent la nuit de mélodieux diamants,

Diadèmes ambrés de mes pensées embrasées

Qui se réclament de toi, bel et tendre amant [17].

La poète nous a habitués à ce que ses images soient construites verticalement de haut en bas. Mais dans celle qu’elle a conçue dans ce passage, elle suit le sens opposé en prenant comme point de départ son cœur et comme arrivée son bien-aimé, même si c’est au niveau du souhait et non du réel. Cependant, cette image, du fait qu’elle est à la fois dynamique (visuellement par le rayonnement et olfactivement par l’odeur de l’ambre) et composée (elle est constituée de deux niveaux : l’un est abstrait, celui des sentiments et de l’esprit et l’autre est concret, en font partie la lumière et l’odeur) concorde totalement avec le procédé dont use l’auteure dans la conception de l’image poétique.

  • Exemple 4 :

Le soleil s’est éteint dans le ciel ce matin

L’horizon de mon cœur s’est teinté de chagrin

Les boutons de rose se meurent avant d’éclore

Les fantômes nocturnes s’installent à l’aurore [18].

Cette strophe comporte quatre images simples successives. Néanmoins, elles ne sont en réalité, du point de vue de l’Art abstrait, que des touches colorées à sens identique ou semblable, bien qu’elles soient en fait de différentes formes et de différentes couleurs. Et c’est pour cette raison qu’elles évoquent ensemble une ambiance générale marquée par l’assombrissement, la mort et la tristesse sur fond de paysage naturel en accord total avec l’état d’âme de la poète, ce qui confirme encore une fois sa sensibilité romantique.

Notre attention est attirée également par la structure interne de cette image qui est presque identique à celle des images examinées précédemment. Cela s’observe en premier lieu dans son caractère actif et dynamique qui lui permet de passer brusquement d’un état à un autre qui lui est contraire, ensuite dans sa forme complexe, du fait qu’elle est composée de sous-images simples successives se répartissant sur deux niveaux : abstrait (le Moi de la poète) et concret (le milieu externe).

 

Conclusion 
Monique-Marie Ihry est venue, semble-t-il, à la poésie à la suite d’une expérience amoureuse profonde et sincère malgré son caractère soudain et bref puisqu’elle ne dura que quelques mois. Ceci l’a amenée à entreprendre une expérience poétique qui pourrait être la première en son genre dans la poésie française, voire occidentale moderne. Et si cela s’avérait vrai, elle serait historiquement la seconde poète après la grande poète arabe ancienne Al Khansaa décédée entre 634 et 644 qui se consacra à l’éloge d’un être cher défunt bien qu’il fut son frère et non son amant.

D’autre part, Monique-Marie Ihry, en puisant sa poésie directement dans son expérience réellement vécue dans l’arène de la vie, a fait revenir la littérature selon l’expression de Tzvetan Todorov « au cœur de l’humanité », et la poésie tout particulièrement à son essence première qui est d’après Paul Valéry « l’expression artistique d’une expérience vécue », alors que la poésie a été réduite ou presque ces dernières années à des jeux linguistiques artificiels et insipides.

Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher, à la fin de la lecture de ce recueil, de nous poser la question suivante : quelle sera la prochaine étape de cette poète après s’être convaincue d’accepter le fait accompli et avoir décidé de laisser l’âme de son défunt amant reposer en paix auprès de son créateur ? Peut-on dire qu’en publiant ce recueil, elle est arrivée au terme de cette expérience poétique amoureuse sans précédent ?

                           Mohamed Salah Ben Amor


[1] Monique-Marie Ihry, Rendez-vous manqués, 2001, pp. 12-13.

[2] Ibid. p. 13.

[3] Ibid. p. 17.

[4] Ibid. p. 103.

 

[5] Ibid. p. 87.

[6] Conversation, p. 38.

[7] Ibid., p. 38.

[8] Conversation aimable, p. 32.

[9] Songes d’un soir, p. 34.

[10] Chevalier de lumière, pp. 75‒76.

[11] Ibid,  p. 79.

[12] Ibid,  p. 74.

[13] Prince poète, p. 101.

[14] Ibid.,  p. 101.

[15] Mélodie d’un soir,  p. 15.

[16] Rencontre,  p. 17.

[17] Perles de lune, p. 35.

[18] Silences,  p. 43.

 

D’une épine

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 9 janvier, 2022 @ 11:58

bouton de rose

D’une épine 


Un bouton de rose est né d’une épine

à l’aube d’un jour nouveau.

Un bouton, bientôt une rose ivoirine

dans sa robe de velours

que la rosée matinale

a paré de ses perles diamantines.

Une rose dès l’aube est née

d’une blessure pétrifiée,

d’autres sont écloses à leur tour

au buisson de la vie,

juste le temps d’une accalmie

entre deux rayons d’amour,

au son d’un « je t’aime »

comme un terreau de mots

fécondant un renouveau,

juste le temps d’une floraison,

un instant de répit

dans la survie de l’être…

 

 

© Monique-Marie Ihry  – 23 janvier 2021  -

texte déposé

Le baiser

Classé dans : poèmes d'amour,sensualité — 3 décembre, 2021 @ 7:44

  Juste un baiser 46 38 cm                

   Le baiser

   I

… Puis vint le baiser

un baiser violent comme une exigence,

un de ces uniques baisers qui rend fou

ouvre une brèche,  un passage

dans un cœur asséché par les tourments de la vie,

un baiser qui suggère à la hâte des mots déments

griffonnés sur une nouvelle page,

défie la raison, ses démons,

anéantit chaque bonne résolution

et fait enfin sombrer dans le néant

les pensées obscures gisant dans l’antre insoumis du cœur.

C’était un baiser d’allégeance qui ressuscite

et suscite un nouvel élan impérieux,

élan d’amour et de printemps

enfanté par la passion naissante d’un renouveau.

II

J’eus soudain envie de laisser faire la vie

de lâcher prise et d’oublier

l’ennui des jours tristes et lents,

ces moments faits de bistre

ces heures hantées par la métaphore

de la mort et de ses encore

modelées par le souffrir du martyre.

Je m’ouvris à ce baiser fougueux

semant à tout vent

dans les sillons jadis inféconds de mon cœur

les voluptueux pétales

d’un printemps éternel.

©  Monique-Marie Ihry    -  28 septembre 2017  -

(Toile de l’auteure intitulée « Juste un baiser »- 46 x 38 cm -)

Près de la cheminée

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 1 décembre, 2021 @ 5:42

 

livres rose

 

Près de la cheminée

 

Il est un vert pays taquiné par le gel

où la morte-saison, d’une langueur exquise,

déploie son grand jupon sur la prairie acquise

à l’automne embelli versé d’intemporel.

Lorsque le jour se lève, adoubé de pastel,

la dentelle au blanc givre en secret rivalise

avec le diamant brut que le verbe égalise,

ne pouvant exprimer un choix sempiternel.

Les jours froids y sont doux près de la cheminée

où s’anime un grand feu, chaleur disséminée

au plus profond du cœur des habitants lorrains…

 

Ce pays c’est le mien. Y gazouillent des fontaines

lorsque le printemps s’éveille aux pensées turlutaines,

y chantent les oiseaux d’ineffables

et chaleureux refrains…

 

© Monique-Marie Ihry  – 28 novembre 2020 –

L’amour amertume

Classé dans : Poemas en español,poèmes d'amour,Poèmes en français — 29 novembre, 2021 @ 5:30

clothilde 55  46

L’amour amertume

Lasse de s’affronter en vain

au destin, ma peine

se retire en rugissant comme la mer,

brandissant la bannière sanglante

d’un ciel amer et rougeâtre.

Mon cœur,

mon pauvre cœur

vagabond court

sur les vagues de sang,

fou, muet, mis à nu,

en deuil, sans mots,

pleurant son amour perdu

dans la noire nuit

sanguinolente de l’hiver…

Cœur sans ailes,

tel un oiseau blessé

errant dans la nuit

de l’amour inconsolé ;

cœur sans ailes,

oiseau dénudé de l’amour

dans la nuit de l’âme,

longue et lente nuit

inconsolable,

sempiternelle nuit

de l’amour amer…

*

Del amor amargo

 

Harta de rebelarse en vano

contra el destino, mi pena

se retira como un mar rugiendo

con la bandera sangrienta

de un cielo amargo y rojizo.

Mi corazón,

mi pobre corazón

corre, vagabundo

sobre las olas de sangre,

loco, mudo, desnudo,

en luto, sin palabras,

su amor perdido llorando

en la noche negra

y sangrienta noche del invierno…

Corazón sin alas,

como un pájaro herido

vagando por el aire nocturno

del amor desconsolado;

corazón sin alas,

pájaro desnudo del amor

en la noche del alma,

larga y lenta noche

del desconsuelo,

sempiterna noche

del amor amargo…

*

© Monique-Marie Ihry  – 28 mars 2021 -

derechos de autor

(Toile de l’auteure intitulée « Clothilde » (2015) – 55 x 46 cm -)

 

 

Les rimes mensongères

naipe

Plagiat, les rimes mensongères

 

Il n’est pas d’élixir conférant le génie.

Si nectar il était, nous aurions recours

Aux charmes du divin et sa belle magie,

Adhérant tous ensemble au même et grand discours.

 

Il n’est pas de recette au poète talent.

Il n’est que le travail et la persévérance,

Car la création est un acharnement,

Une transe, une foi, voire une extravagance

 

Qui n’appartient qu’à soi, ne peut se partager

Sous peine de plagiat, coutumes messagères

Au verbe naufragé qui laissent présager

Du peu de ce talent des rimes mensongères.

 

 

©  Monique-Marie Ihry  -  8 août 2020  -

M a i s…

clothilde 55  46

Mais…

Mon cœur ce matin épanche

sa rose mélancolie.

C’est dimanche, c’est certain,

           un jour où tout se pose

où chacun fait une pause… Mais.

L’automne a décidé de déposer

lui aussi ses valises

dans les allées du jardin de l’espérance,

et je sais que plus jamais tu ne reviendras

au temps des cerises

fouler avec moi le grand jardin

des nobles insouciances…

Tu es parti un beau matin,

un dimanche précisément,

ce jour où sur les branches désormais

se balancent les dernières feuilles,

où même le ciel s’effeuille

en gris nuages émasculés

éjaculant de longues gouttes infécondes

sur l’onde de mon cœur abandonné

à cette longue et désespérante habitude

te t’attendre, de t’attendre, en vain,

sans fin…

C’est dimanche et c’est l’automne

pour qui sait la vie ô combien monotone

au cœur mutilé privé de son jumeau,

livré aux inexorables maux

d’une solitude pérennisée.

Mon cœur ce matin épanche sa lente mélancolie,

et sur la blonde robe élimée de notre chêne,

au grand pré de nos jeunes années d’insouciance,

sur ce banc où jadis nous faisions rimer

rêves, poèmes et vie de bohème,

l’automne chagrin peu à peu s’effeuille

désespérément,

dans le matin jonché de feuilles

d’ambre et de brune mélancolie.

Il n’est plus que ce « je t’aime »

logé au nid des âmes errantes

dans le vague d’un ciel de brume langueur,

dans la désespérante attente d’un renouveau

au printemps des cœurs sereins

où tout revient et rien ne semble se perdre

dans le lointain, définitivement…

© Monique-Marie Ihry  – 3 octobre 2021  -

(toile de l’auteure intitulée « Clothilde » (2015) – huile sur toile 55 x 46 cm -)

Novembre

PARIS II La mélancolie du cygne

Novembre

 

Novembre et son cortège de chrysanthèmes,

requiem fleuri, hommage                                       aux défunts,

à ceux que l’on a tant aimés et qui ne sont plus,

à ceux dont le dernier repos              n’a pas de tombe digne

pour être morts dans l’indigne condition          du tourment

d’une guerre intestine,

 

nuages obscurs charriés par le vent                          du nord

crachant leur pluie sur les châtaigniers                  en berne,

mer agitée vomissant au loin ses bateaux

vers le large,

 

plages désertées fouettées par les vagues

du non-retour,

 

vague à l’âme dans la grisaille de l’aube,

 

 

AMERTUME !

 

© Monique-Marie Ihry  – 29 septembre 2020 –

(Illustration de l’auteure « La mélancolie du cygne » (2017) – encre de Chine)

 

Prix Jean COCTEAU 2020 et rappel de Prix François-Victor HUGO 2020 à la SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS

Classé dans : CONCOURS,Prose poétique,Traduction — 29 octobre, 2021 @ 2:20

diplome jean cocteau SFP 2020

Je me suis rendue à Paris le 16 octobre dernier pour recevoir le Prix Jean COCTEAU 2020 de la SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS pour mon tapuscrit « Au jardin de bohème ». J’ai également obtenu un rappel du Prix de traduction François-Victor HUGO 2020 pour une traduction du recueil de prose poétique « Inquiétudes sentimentales » de la poète chilienne Teresa Wilms Montt (1893-1921). Une ambiance très sympathique, un excellent moment de partage, des retrouvailles bienvenues et d’agréables rencontres.

 

Au banquet de la vie

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 20 octobre, 2021 @ 10:17

 Adieu  48 56 cm mm ihry          

                Au banquet de la vie

 

                                I

 

J’ai à peine consommé au banquet de la vie

Je n’ai point tout à fait mis fin à cette envie

De m’éveiller chaque matin

Dès le chant de l’aurore abreuvée d’espérance,

Emportée par les mots, oubliant ma souffrance

Portée par mes rimes satin.

 

Il sera toujours temps de replier mon aile

Lorsque l’aube venue, ma dernière chandelle

Viendra en silence mourir

Éteignant cet espoir qui animait mon âme,

M’emportant vers mon sort comme une vieille femme

Que l’hiver soudain vient flétrir.

 

                              II

 

Je pars pour un voyage aux confins de la mort.

Mes bagages sont prêts, je m’incline sur ce sort

Que Satan lui-même m’impose.

Je n’ai que trop vécu, souvenirs très pesants,

Des boulets que l’on traîne au désespoir des ans

Imposant une vie morose.

 

Il n’est plus d’aujourd’hui, je vais vers mon destin.

Il n’est plus de demain, je pars vers l’incertain

Voguer sur l’onde du mystère

Dans la brume du soir, où le soleil se meurt,

Où les jours sont des nuits, où règne la laideur

Dans un antre crépusculaire.

 

Nul besoin de bagage aux confins de la mort,

Sur ce triste rivage, arrivée à bon port

Satan me tendra une rose

Aux épines dressées qui tacheront de sang

Mon âme virginale, me livrant au croissant

D’une faux affutée, éclose.

 

                             III

 

Adieu mes livres, mon crayon, mes cahiers

Je dois abandonner tous les plaisirs premiers

Qui édulcorèrent ma vie.

Je ne verrai plus l’aube et sa douce senteur

Ni la rosée des bois, son parfum enchanteur

Enivrant ma lente survie.

 

Adieu mon amour, mon amant, mon ami,

Dans le soir triomphant le soleil a faibli

Et le jour se métamorphose.

Dans le grand lac obscur la lune va mourant,

Mon cœur au son du soir capitule, se rend,

Il est temps de faire une pause.

 

Une pause bien longue empreinte de rancœur

Un aller sans retour vers un monde sans fleur

Où n’éclot que la verte épine

Où l’aube se fait nuit car le soleil n’est plus,

Où la vie n’est qu’un leurre aux rêves superflus.

Dans les cieux la mort assassine !

 

©  Monique-Marie Ihry – 9 septembre 2015 –

(Extrait d’un recueil de poésie de l’auteure,

toile de l’auteure intitulée « Adieu » – huile sur toile 48 x 56 cm)

 

 

L’ambre feuillée

Classé dans : Poèmes en français — 5 octobre, 2021 @ 10:49

CANAL DU MIDI XIII 41 X 33

L’ambre feuillée  

 

Le jour et ses parfums d’automnale langueur

offraient à nos regards leur troublante beauté.

Au loin un châtaignier empreint de royauté

pourfendait l’aurore de sa belle blondeur.

Il y avait aussi un oiseau migrateur

faisant la pose bleue de la fin d’un été,

et des flamants roses dont la solennité

harmonisait l’azur d’un étang protecteur.

Le canal du Midi orné de ses platanes

à l’orée d’un octobre à l’aube ensoleillée

offrait le mirage, sous son ambre feuillée,

d’une onde mordorée aux reflets de havanes.

On entendait au loin des guitares tziganes

qui éveillaient l’aurore encore ensommeillée.

On devinait aussi la robe déployée

d’un automne majeur aux accents de gitanes.

Il y avait aussi des pêcheurs à la ligne

composant le temps en toute sérénité.

 

C’était un jour doré empreint de majesté,

l’aube d’un bel automne et de sa grâce insigne.

C’était dans le Midi, à deux pas d’une vigne,

quand le pinceau d’un peintre avide de beauté

perçoit dans l’harmonie d’un reflet velouté

le mystère divin auquel il se résigne…

 

© Monique-Marie Ihry  –  23 avril 2021 -

(toile de l’auteure : « Canal du Midi XIII » (2018)  – huile sur toile 60 x 50 -)

 

 

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