Dans le Jardin des mots

Critique littéraire de mon recueil de poésie  » Rendez-vous manqués  » par le Pr Mohamed Salah Ben Amor

Classé dans : Critique littéraire,poèmes d'amour — 29 septembre, 2013 @ 11:37

 

L’amour, la mort dans l’imaginaire poétique de Monique-Marie Ihry

Critique du recueil de poésie Rendez-vous manqués paru aux Éditions IchraQ, Tunis, 2011

 

Monique-Marie Ihry est une poète française contemporaine. Elle a publié en 2011 à Tunis un recueil intitulé Rendez-vous manqués qui peut bien être le premier à être consacré totalement par une poète française ou même européenne, voire de l’Occident tout entier, à l’éloge de son amant défunt. Étant donné que nous avions eu l’honneur de suivre de près l’éclosion de cette expérience originale et de donner nos appréciations sur la plupart des poèmes qu’elle a générés au moment de leur naissance avant de préparer le recueil pour l’édition à la maison Ichraq (Levant), nous allons essayer, dans cette modeste étude, de nous approcher de l’univers poétique de l’auteure et d’en déceler les éléments constitutifs les plus pertinents.

L’ensemble des poèmes réunis dans ce recueil sont dominés, du fait de la nature du thème particulier autour duquel ils gravitent – à savoir l’éloge de l’amant défunt – par le couple : amour/mort, deux notions qui sont apparemment contradictoires. Ceci est dû au fait que l’amour, selon Sigmund Freud, qui n’est à l’origine que du désir sexuel, incite l’individu à s’attacher à l’existence vivante et à la renforcer par la fertilisation et la procréation ; tandis que la mort anéantit quant à elle cette existence vivante et la réduit à néant. Et c’est pour cela que leur présence réunie dans la conscience humaine déclenche nécessairement une crise aiguë qui prend généralement deux dimensions : l’une psychologique et l’autre métaphysique. C’est de cette crise qu’est née l’expérience poétique de Monique-Marie Ihry, puisque c’est elle qui l’a fait venir de la prose à l’écriture poétique.

Comment cette expérience poétique a-t-elle donc pris forme ? Quels sont les fruits qu’elle a portés ? Ce sont les deux questions dont les réponses intéressent tout particulièrement le critique, parce que le cas de Monique-Marie en tant qu’individu est l’un des cas humains des plus répandus en tous lieux et tous temps, sans que cela ne donne forcément naissance à une expérience artistique. En effet, ce qui différencie le créateur de l’homme ordinaire n’est pas l’aptitude à transformer le réel en fictif, car cette faculté est commune à tout individu normal de l’espèce humaine, mais plutôt la capacité de créer un monde imaginaire sublime répondant aux deux conditions de l’originalité et de la cohérence. C’est justement ce monde, issu de la singularité de l’histoire individuelle et façonné par les dons de l’artiste et ses compétences hors-pair, qui suscite conjointement l’intérêt du critique et du lecteur avisé. C’est, pour plus de précision, un univers intérieur qui revêt la forme d’un système de représentations constituant une sorte de rêve dans lequel se réfugie le créateur de temps à autre pour alléger, ne serait-ce que momentanément, les pressions qu’exerce sur lui la réalité externe. Et c’est en plongeant profondément dans cet imaginaire qu’il en tire la quintessence de ses œuvres artistiques.

Comment  nous  apparaît donc le monde poétique de Monique-Marie Ihry ? Quelles sont ses composantes et ses spécificités ?
Cet univers poétique, tel qu’il se manifeste au lecteur à travers ce recueil, se compose de deux niveaux superposés diamétralement opposés : le premier revêt l’aspect d’un gouffre terrestre affreux semblable à l’enfer. Celui d’en haut est quant à lui extrêmement beau, majestueux et lumineux. Dans le niveau d’en bas s’est installée la poète et dans le niveau supérieur a pris place l’âme du bien-aimé.

Mais avant de tenter de dégager les éléments constitutifs de cet imaginaire, jetons un regard sur la plateforme référentielle qui l’a généré. Il s’agit d’une histoire d’amour foudroyante vécue par la poète au cours des derniers jours de la vie d’un homme qu’elle rencontra par hasard et qui tomba lui aussi amoureux d’elle. Cependant, le destin a décidé de le rappeler rapidement auprès de son créateur.

Essayons d’abord de décrire les aspects généraux du niveau d’en bas avant de passer à la tâche la plus difficile qui est de mettre à nu son mode de fonctionnement dans la génération de l’imaginaire de la poète.

I.  La plateforme réaliste de l’expérience de la poète : l’histoire d’un coup de foudre qui tourne à la tragédie

Les débuts de ce coup de foudre vécu par la poète demeurent, après la lecture du recueil, assez incertains. En effet, pas moins de trois versions sont données par la locutrice sur ce point. L’une d’entre elles serait-elle vraie alors que les deux autres ne seraient-elles  que fictives ? Ou bien encore y a t-il entre les trois un lien invisible qui échappe au lecteur ?

Voici les trois versions en question :

I.1. La première version 

Dans la préface de l’ouvrage, l’auteure a exposé les circonstances dans lesquelles elle a connu pour la première fois son futur amant. Cela s’est passé un jour au téléphone lorsqu’une voix masculine anonyme la contacta en l’appelant par son prénom. Alors qu’elle était sous l’effet de la séduction de cette voix, l’homme coupa brusquement la communication sans se présenter. Une année plus tard jour pour jour, quelqu’un a sonné à la porte de son appartement, et en ouvrant, elle s’est trouvée devant « un homme grand, souriant arborant un charme rieur et engageant, qui tenait dans ses mains viriles à souhait un bouquet de roses incarnat à l’odeur enivrante[1] ». Et tout de suite sans la moindre présentation, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre comme s’ils se connaissaient et s’aimaient depuis longtemps. Monique-Marie finit son histoire en ces termes : « J’avais devant moi un homme qui avait surgi d’un mystère virtuel le plus complet, avec qui j’allais passer les quelques mois qui lui restaient à vivre… [2] ».

I.2. La seconde version

Dans un poème intitulé Rencontre, l’auteure raconte qu’elle a vu son amant pour la première fois dans une gare :

Vous étiez beau Monsieur sur le pas de la gare

Lorsque je vous vis un jour au seuil de mon cœur [3].

I.3.  La troisième version

Dans un autre poème intitulé Champs-Elysées  qui est ici en l’occurrence le nom d’un café et non le fameux quartier parisien, l’auteure écrit qu’elle a rencontré son futur amant dans ce café. Serait-ce la seconde rencontre faisant suite à celle de la gare alors qu’il ne s’était pas rendu compte de sa présence au milieu de la foule ? Aucune précision n’est apportée à ce sujet dans tout le poème. Voici ce qu’elle a écrit :
Je vous aperçus enfin aux Champs-Élysées

Un soir où luisent les espoirs des cœurs transis

Où l’on désirerait voir se réaliser

La quintessence inouïe d’une poésie

 

Vous regardiez dans le vague de vos pensées

Je m’assis à la terrasse de ce café

Commandai un thé de cette voix cadencée

Qui vous fit alors sursauter, me regarder [4]

 

Cette histoire d’amour réelle, fortement tragique et bouleversante est profondément ancrée dans la mémoire de la locutrice. Et, puisque c’est de l’histoire en question que la totalité des poèmes du recueil sont issus, on peut dire qu’elle fait dès lors partie de l’imaginaire de la poète où elle apparaît sous forme de réminiscences-éclairs lumineuses pour les unes, et sombres pour les autres, et qui sont également semblables à des empreintes légères et éparses, ou pour être plus précis, à une série de flashbacks extrêmement rapides ressemblant aux tremblements secondaires qui suivent la secousse principale violente et brusque.

Quant au reste de l’imaginaire, il se compose d’un faisceau de songes très diversifiés qui se forment brusquement à partir de petits détails faisant partie intégrante du niveau d’en bas et dans lesquels la locutrice plonge de tout son être dès leur apparition au milieu d’un cadre spatio-temporel à caractère mythique, sans que cette fuite en arrière ne lui permette toujours de recouvrer son équilibre psychique perdu.

Cela revient à dire que l’acte poétique dans ce recueil s’accomplit dans deux sens opposés. Il est soit rétrospectif, et dans ce cas il prend l’une des deux formes suivantes : la première est l’évocation délibérée du passé pour revivre les moments heureux que la poète a passés auprès de son amant défunt. La seconde est l’assaut que livre le passé lui-même sur la mémoire de la locutrice en l’imprégnant d’images funèbres qui lui rappellent le départ définitif de l’être aimé. Quant au second sens qu’emprunte l’acte poétique, c’est celui de la production en imaginant un monde magnifié où la poète retrouve son amoureux décédé et passe des moments fictifs avec lui. Nous voyons ici que le premier sens est la direction menant vers le gouffre terrestre, alors que le second conduit soit à ce gouffre, soit au niveau d’en haut où loge l’âme du défunt.

Tentons à présent de relever les modes de fonctionnement des deux niveaux de l’imaginaire poétique de Monique-Marie Ihry.

II. L’imaginaire de la poète et son mode de fonctionnement dans la production du sens 

Comme nous l’avons montré, l’imaginaire de la poète a une structure à deux niveaux. Prenant elle-même place dans le niveau d’en bas, l’âme de son amant défunt s’établit dans celui d’en haut. La locutrice s’est évertuée à bâtir cet édifice pierre par pierre tout au long du recueil depuis le départ définitif du bien-aimé vers l’au-delà, et ce poussée bien entendu par la passion qu’elle lui voue mais aussi par sa croyance religieuse chrétienne selon laquelle, comme toutes les croyances monothéistes d’ailleurs, l’âme du décédé monte au ciel où elle s’installe dans l’attente du jour de la résurrection et du dernier jugement.

Sous quels aspects apparaissent chacun des deux niveaux de cet imaginaire ?

II.1. Le niveau inférieur de l’imaginaire et les conditions de la poète en son intérieur

Le niveau bas de l’imaginaire de la poète est constitué lui-aussi de deux zones qui sont en l’occurrence juxtaposées et non superposées. La première est incluse dans le passé sous forme d’un souvenir où se mêlent les quelques moments heureux qu’elle a vécus en compagnie de son amant et l’état de déprime totale qui a suivi sa mort. La seconde est située dans le présent et revêt l’aspect d’un gouffre terrestre.

Cette structure double rend possible le passage du Moi de la poète, d’une façon alternative, et ce par le biais de quatre états affectifs différents à savoir : la sensation d’abandon et de solitude doublée de l’endurance de la privation causée par l’absence du bien-aimé, le rappel des moments courts mais heureux passés à ses côtés, dans le psychisme de la poète la hantise de l’image sombre de la fin tragique du défunt, et enfin la quête de refuge dans le rêve mais au sein de ce niveau-bas et non en dehors de ses limites, à la recherche d’un échappatoire susceptible d’atténuer le mal dont elle souffre.

II.1.1. Le premier état : la privation du bien-aimé

La poète a consacré à la description de ce premier état affectif un bon nombre de poèmes comme le montrent ces fragments :

 

Mais cet automne n’est qu’un illustre imposteur

 Les couleurs de mon âme ressemblent au néant

 Cette pluie étoilée ne conduit au bonheur

 

 L’absence est cruelle, réels étaient mes rêves

 L’automne semble s’est installé tout à fait

 Dans les méandres de ces souvenirs surfaits

 (Bonheurs perdus,  pp. 41-42.)

 

 Le soleil s’est éteint dans le ciel ce matin

 L’horizon de mon cœur s’est teinté de chagrin

 Les boutons de rose se meurent avant d’éclore

 Les fantômes nocturnes s’installent à l’aurore.

 

(Silences, p. 43.)

 

La Terre semble s’être arrêtée de voler

 Les êtres dorment, les oiseaux en leur envolée

 Ont déserté notre Monde le temps d’un rêve

 

La nuit s’est installée, la vie s’en est allée

 Les angoisses prennent possession des allées

 Sinueuses de mon âme brune esseulée

 

(Rêves de vie, pp. 45-46.)

II.1.2.  Le deuxième état : le rappel du passé heureux auprès du bien-aimé

Bien que la période où la poète avait atteint le sommet du bonheur n’ait duré que quelques mois, la récurrence du recours à cet espace temporel restreint dans l’ensemble des poèmes du recueil est très élevée et ce, du fait qu’elle est à ses yeux la phase la plus éclatante et la plus précieuse de sa vie. C’est pour cette raison que cet état affectif est décrit le plus souvent comme une extase enivrante fortement ressentie par la poète tel que l’on peut le constater dans ces vers :

 

Un oiseau poète gazouille allègrement

 À la vue attendrie de ce trouble opérant.

 Je m’abreuve à la source de tes yeux dorés

 Et me perds dans leur blonde douceur vénérée.

 

(Ballade à la source de ton regard, p. 29.)

II.1.3. Le troisième état : Le souvenir de la mort du bien-aimé

La référence à cet état est également très récurrente dans le recueil. Il est cependant rarement mentionné seul. Il est toujours précédé ou suivi d’un état d’extase, peut-être parce que le psychisme de la poète a été perturbé violemment par le choc qu’elle est a reçu lors du décès de son bien-aimé. En voici un exemple :

Tu étais là, vivant,

 Radieux et heureux amant.

 Soudain, pris en otage

 Dans la fleur de l’âge

 Tu n’as pu lutter

 Contre tant d’adversité.

 La maladie par méprise

 N’en a fait qu’à sa guise

 

(Lune en pleurs, p. 65.)

 

II.1.4. Le quatrième état : la compensation par le rêve

L’échappatoire auquel la poète a de temps à autre recours ici est le rêve de rencontrer son amant défunt, mais sur terre et non dans le ciel. Citons à titre d’exemple son texte en prose poétique intitulé Douce apparition automnale [5] dans lequel elle raconte qu’elle a rencontré son amant défunt au fond d’une forêt à proximité de chez elle :

« Tu surgis comme par magie au milieu de cette paisible atmosphère automnale. Tu étais là, magnifique, dressé devant moi dans ton habit de lumière à me contempler. J’étais échevelée et vêtue sobrement pour la circonstance. Mais tu me trouvas malgré tout aussi belle que dans tes songes. Tu me tendis les bras. Je courus m’y blottir, enfin ! »

 

II.2. Le niveau supérieur de l’imaginaire et les modes de contact avec lui

II.2.1.  le caractère précieux du niveau supérieur et ses qualités nobles

Étant donné que le niveau d’en haut abrite l’âme du bien-aimé, la présence de ce lieu est presque constante dans les premiers vers de chaque poème comme le montrent les exemples suivants :

Le ciel semblait d’or

(Temps,  p. 19.)

 

Ta voix, ode d’amour dans un ciel majuscule,

(Mélodie d’un soir,  p. 15.)

 

Mélancolie de lune, noblesse éthérée,

(Perles de lune,  p. 35.)

 

Pluies d’étoiles sur la toile brune du ciel

(Bonheurs éperdus, p. 41.)

 

Le temps se permet de suspendre son envol

Notre Lune fait une pause dans le ciel

(Rêve de vie,  p. 45.)

 

La pluie projette sur la fenêtre ses larmes

(Larmes d’hiver, p. 47.)

 

La lune verse des larmes de nostalgie,

Les étoiles semblent s’éteindre petit à petit

Dans le ciel obscur à toute vie.

(Lune en pleurs, p. 64.)

 

Le soleil se décida enfin à briller,

(Février,  p. 70.)

 

Le ciel nuageux en partance pour l’Orient

Dans l’auguste firmament

(Chevalier de lumière, p 74.)

 

La nuit a les couleurs de ton regard

Un halo de brume envahit le ciel

(Crépuscule p. 91.)

 

Mon blond prince est parti rejoindre les étoiles

Dans une lumière céleste azurée

(Prince poète,  p. 101.)

Cette présence très marquée du niveau d’en haut qui résulte bien entendu de l’attachement de la locutrice à l’âme du bien-aimé est fréquemment associée en outre à la notion de hauteur, aux notions de valeur, de noblesse ainsi qu’aux objets et aux phénomènes naturels qu’il abrite et que la poète personnifie par ailleurs en leur attribuant des sentiments humains tels que la tristesse (la lune et la pluie pleurent) et l’affabilité :

Les perles du ciel, sur ma fenêtre posées

Déposent en chœur les roses de tendres baisers

De lune, que la brune nuit offre à mon cœur.

(Perles de lune,  p.  36.)

Toutes ces qualités dont le niveau d’en haut regorge l’incitent à rêver d’y monter. Elle dit dans ce sens, s’adressant à son bien-aimé :

Que ne donnerai-je pour cet instant magique

Lovés tous les deux dans un monde féérique

 

(Que ne donnerais-je, p. 49.)

 

Bien entendu, Il n’est pas aisé de déterminer ici avec précision l’origine de cette vision sacralisée du ciel. Relèverait-t-elle de la simple foi religieuse, étant donné que le ciel pour le croyant dans les religions monothéistes abrite le royaume du créateur et que c’est pour cette raison qu’il possède les qualités les plus sublimes et les plus nobles ? Ou serait-elle plutôt d’ordre psychologique, c’est à dire une simple projection de l’image idéale du bien-aimé ancrée dans l’esprit de la locutrice par effet de contigüité sur le nouveau lieu où il a été transféré ? Ou bien encore, les deux causes ont-elles contribué ensemble à la genèse cette vision ?

II.2.2. Positions de la locutrice par rapport au niveau d’en haut : jonction/disjonction
Quelle que soit la vraie origine de cette vision, la préoccupation de la poète au sujet de son bien-aimé prend deux formes différentes : l’une est sa tentative répétée et persévérante de le contacter dans son monde supérieur, et l’autre est de s’abstenir de le tourmenter après son départ de ce monde éphémère.

II.2.2.1.  Modes de contact avec l’âme du bien-aimé dans le ciel

  • 1er  mode : Contact au niveau du désir et du souhait

La locutrice essaie de réaliser ce genre de contact sans la participation du bien-aimé. C’est ce qu’illustrent clairement ces deux exemples :

Que ne donnerais-je pour un baiser de toi

Pour ce plaisir inouï d’être dans tes bras

Blottie comme autrefois

Loin de ce monde tangible si près de toi

Près de l’infiniment grand, infiniment toi

Dans une même foi

(Que ne donnerais-je, p. 49.)

 

S’il m’était donné de faire un vœu en ce jour

Je me transformerais en papillon d’un soir

Voguerais sur la toile d’un ciel de velours

Jusqu’à ta couche, bercée de tendres espoirs

(Ballade en si, p. 25.)

  • 2ème  mode : le contact mental et spirituel

Ce mode est semblable à celui que pratiquent les soufis dans leurs tentatives d’accéder à l’être suprême et de s’unir à lui. On peut l’observer par exemple dans le poème intitulé Conversation [6] où elle dit :

- Je t’attends depuis des lustres, reviendras-tu ?

À t’espérer je me morfonds, je n’en puis plus.

Et il lui répond :

- Ma chérie, laisse-moi encore un peu de temps

Juste le temps qu’il convient de donner au temps [7].

 

Dans le poème Conversation aimable, c’est elle qui s’adresse à lui du début jusqu’à la fin :

Mon ami, mon bel amant,

Ce soir en pensée

Je vous adresse

Une kyrielle de folles caresses.

Je vous envoie également

Des millions de baisers

Tendres et embrasés [8].

Mais quel que soit le genre de contact utilisé, son caractère illusoire aidant, il ne dure que quelques instants. Et par conséquent, la locutrice se retrouve d’emblée en face d’une réalité infernale souffrant d’un vide et endurant les affres de la pire privation. C’est ce que la poète exprime, à titre d’exemple, dans cette strophe :

Lorsqu’au petit matin vint éclore l’aurore

Sur la plage des songes d’un soir étoilé

La toile de mes rêves se retira alors

Déposant une rosée de cendres voilée [9]

II.2.2.2.  Abstention au contact de l’âme de l’amant défunt

Quant à sa décision de s’abstenir de tourmenter l’âme de son amant défunt qui est en soi contradictoire avec son attitude précédente, aucun indice dans la succession des poèmes tels qu’ils ont été classés dans le recueil indique si elle lui est postérieure donc définitive, ou si elle résulte d’un simple état d’âme passager et peut par conséquent être suivie d’un nouvel essai de contact du bien-aimé dans le but de communiquer avec lui. Mais, quelle que soit la nature de cette décision, et même si la locutrice ne la met pas à exécution, le fait même de la prendre indique qu’elle émane de sa foi. D’ailleurs quelques passages, bien qu’ils soient très peu nombreux, expriment  explicitement  cette attitude religieuse comme nous pouvons le lire dans les deux strophes suivantes :

Ton discours preux réveillant les cieux

Fut bref mais lumineux.

Tu me disais que tu désirais

Partir te reposer en paix

Au royaume de notre Seigneur,

De sa céleste beauté

Et de ses infinies bontés.

Ton âme se devait donc de cesser d’errer

Inlassablement entre rêves et réalité.

Il me fallait abandonner cette idée

De te retenir désormais au-delà de toute adversité [10].

 

Va, mon amour, pars en paix

Tu resteras à jamais dans mon cœur.

Je sais qu’un jour nous côtoierons

À nouveau notre tendre bonheur.

Les anges du ciel célébreront

Nos heureuses retrouvailles [11].

 

II.2.3.  Formes d’apparition du défunt amant à la poète
L’amant défunt apparaît à la poète depuis le refuge céleste où il est installé sous des formes très diverses se divisant en deux catégories d’après sa position par rapport à l’action, et ce selon qu’il soit actif (agent) ou passif (patient).


II.2.3.1. Les formes où il apparaît comme agent

Parmi les images où il prend cet aspect, citons celle du chevalier oriental du désert que la poète se représente comme suit :

Tel un impérieux chevalier du désert

Imposant, preux et fier

Sur une monture impatiente et docile,

Tu es apparu cette nuit dans un de mes rêves [12].

Et celle du prince poète :

Dans l’aérien crépuscule ainsi éclairé

Mon prince poète apparaît impérial

Il déroule un parchemin de félicité [13]

 

Les arpèges de la poésie de son âme

Charment d’une douce mélodie les cieux

Lesquels, dans la transcendance de cette gamme

Allument une à une les étoiles des lieux [14]

 

II.2.3.2.  Les formes où il apparaît comme patient

Ces formes revêtent la plupart du temps un aspect funèbre. Le bien-aimé y apparaît souvent résigné à la volonté du destin acceptant le sort que lui a réservé la fatalité. Et, dans ce contexte-ci, on remarque la récurrence de l’image qui le montre étendu dans une barque sans conducteur l’amenant vers une destinée tracée d’avance comme dans ces trois strophes :

Sur les rives de ma triste pensée

Aux aurores

Je vois passer cette barque presque paisible

Que j’avais déjà entraperçue

Il y a quelques semaines

Encore

Elle voguait à perdre haleine

Avec un seul passager à son bord

Qui ne pouvait être dès lors

Que toi…

(Incontournable destinée,  p. 81.)

 

Ton embarcation cercueil

Continue sa course lente sans écueil.

Elle chemine démente et désespérément

Vers le lointain paradis des absents

(Destinée, p. 59.)

Comme nous le constatons, il n’y a aucun point commun entre, d’un côté le chevalier fort et robuste ou le poète qui entonne les chants de la vie et loue la beauté de l’existence et, de l’autre, l’homme faible dépossédé de sa volonté qui subit les coups du destin sans avoir la force de réagir.

Quelle est donc la vraie image du bien-aimé dans l’esprit de la poète ? Cette image changerait-elle selon son état d’âme du moment et son oscillation continuelle entre l’espoir et le désespoir, la force et la faiblesse ?

Malgré tout, ces deux genres d’images ne sont point incompatibles parce qu’elles relèvent, en fait, de deux niveaux différents. L’un est sexuel et l’autre métaphysique. Sexuellement, du point de vue de la femme, le bien-aimé incarne le plus haut degré de beauté masculine, tandis que la dimension métaphysique concernant l’être humain en général, se traduit aussi bien dans le christianisme que dans les autres religions monothéistes, par la faiblesse de cet être vis-à-vis du destin, la nature éphémère de la vie sur terre, l’inéluctabilité de la mort et l’existence d’un bon Dieu au ciel qui appelle les humains auprès de lui quelle que soit la durée de leur vie. Il s’agit donc ici d’une image subjective se rapportant à un individu bien déterminé (l’amant) enchâssée dans une image très générale : celle de l’être humain sans spécification aucune.

 

III. Les caractéristiques poétiques des poèmes du recueil

Du point de vue stylistique, l’ensemble des poèmes réunis dans ce recueil sont dominés clairement par le ton romantique. Cela s’observe dans le recours massif aux êtres et objets de la nature et leur association faite par la locutrice à son état d’âme. Comme nous l’avions montré auparavant, cet accord entre le moi de la poète et la nature ainsi que sa vision chrétienne de l’univers et de l’existence, la rattachent sans aucun doute au romantisme français fondé par Germaine de Staël et René de Chateaubriand au début du XIXème siècle et, parmi leurs successeurs, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Musset et Alfred de Vigny.

Quant au niveau des techniques d’écriture mises en œuvre notamment dans la confection des images et l’usage du rythme interne, l’empreinte d’écoles plus modernes comme le symbolisme et le poème en prose est très nette. Pour nous en assurer, examinons à titre d’exemple, ces quelques fragments de poèmes :

  • Exemple 1 :

Ta voix, ode d’amour dans un ciel majuscule,

Étincelles en dentelle, mille et une perles,

Diadème de notes en écrin qui déferlent

Sur la portée de mon âme au cœur crépuscule [15]

Dans  cette  strophe,  notre  attention est  d’emblée  attirée par les mots « ciel » et « crépuscule » d’un côté et « âme » et « cœur » de l’autre, ainsi que par l’ascendant qu’ont les objets de la nature présents sur le Moi de la poète. Mais nous remarquons également le caractère précieux qu’elle a attribué au ciel en tant que contenant spatial élevé et sublime abritant l’âme du bien-aimé par opposition à son emplacement bas et dégradé sur terre, ce qui est sans doute le reflet de sa croyance religieuse.
Mais si nous faisons abstraction de ces deux caractéristiques générales et examinons attentivement la structure de l’image en soi, nous y découvrirons deux traits dominants. Le premier est qu’elle constitue une image dynamique qui se meut entre deux limites : la voix de l’amant en tant qu’agent, et le moi de la poète en tant que patient. Le second est que c’est une image composée, ceci du fait qu’elle englobe une comparaison dont le comparé (la voix) a quatre comparants : l’ode, les étincelles, les perles et le diadème de notes, et que par ailleurs ces comparants se rattachent à deux sens : l’ouïe (ode – note) et la vue (étincelles – perles – diadème). Un troisième trait est à signaler mais il concerne le rythme et non l’image : c’est le recours à l’asyndète à la place de conjonctions de coordination afin de lier les quatre comparants dont la succession produit une musicalité cadencée. Ceci est bien entendu le fruit des capacités créatives de l’auteure.

  • Exemple 2 :

Rayon de lumière, caresse du matin,

Oasis au centre de ce désert sans fin,

Mélodieuse lyre sur l’air du destin,

Votre sourire chavira mon cœur, enclin [16].

Cette strophe concorde pleinement avec la précédente bien que nous l’ayons tirée d’un autre poème, et ce d’abord par le biais de la présence explicite du destin, ensuite par le souffle romantique auquel renvoient les mots « rayon » (de lumière ), « matin » , « oasis » et « désert  » empruntés au lexique de la nature. De plus, l’image est construite sur une dichotomie semblable : agent/patient (le sourire de l’amant/le cœur de la poète) entre lesquels se déplace un mouvement à sens unique jusqu’à ce qu’il soit couronné par une fin surprenante.

D’autre part, cette image est également composée, car elle englobe une comparaison dont le comparé (le sourire) a également quatre comparants (le rayon de lumière – la caresse du matin – l’oasis – la lyre). Et la seule différence ici est que les comparants ont précédé le comparé.

La conformité entre ces deux images tirées de deux contextes éloignés et différents laisserait à penser que la poète possède un style spécifique dans le façonnement de l’image poétique. Ce qui reste bien sûr à démontrer en examinant un corpus suffisamment large.

Il en est de même pour le rythme interne qui est engendré également ici par la succession de quatre comparants sans conjonction de coordination.

  • Exemple 3 :

Mille perles scintillent dans mon cœur rosé,

Parent la nuit de mélodieux diamants,

Diadèmes ambrés de mes pensées embrasées

Qui se réclament de toi, bel et tendre amant [17].

La poète nous a habitués à ce que ses images soient construites verticalement de haut en bas. Mais dans celle qu’elle a conçue dans ce passage, elle suit le sens opposé en prenant comme point de départ son cœur et comme arrivée son bien-aimé, même si c’est au niveau du souhait et non du réel. Cependant, cette image, du fait qu’elle est à la fois dynamique (visuellement par le rayonnement et olfactivement par l’odeur de l’ambre) et composée (elle est constituée de deux niveaux : l’un est abstrait, celui des sentiments et de l’esprit et l’autre est concret, en font partie la lumière et l’odeur) concorde totalement avec le procédé dont use l’auteure dans la conception de l’image poétique.

  • Exemple 4 :

Le soleil s’est éteint dans le ciel ce matin

L’horizon de mon cœur s’est teinté de chagrin

Les boutons de rose se meurent avant d’éclore

Les fantômes nocturnes s’installent à l’aurore [18].

Cette strophe comporte quatre images simples successives. Néanmoins, elles ne sont en réalité, du point de vue de l’Art abstrait, que des touches colorées à sens identique ou semblable, bien qu’elles soient en fait de différentes formes et de différentes couleurs. Et c’est pour cette raison qu’elles évoquent ensemble une ambiance générale marquée par l’assombrissement, la mort et la tristesse sur fond de paysage naturel en accord total avec l’état d’âme de la poète, ce qui confirme encore une fois sa sensibilité romantique.

Notre attention est attirée également par la structure interne de cette image qui est presque identique à celle des images examinées précédemment. Cela s’observe en premier lieu dans son caractère actif et dynamique qui lui permet de passer brusquement d’un état à un autre qui lui est contraire, ensuite dans sa forme complexe, du fait qu’elle est composée de sous-images simples successives se répartissant sur deux niveaux : abstrait (le Moi de la poète) et concret (le milieu externe).

 

Conclusion 
Monique-Marie Ihry est venue, semble-t-il, à la poésie à la suite d’une expérience amoureuse profonde et sincère malgré son caractère soudain et bref puisqu’elle ne dura que quelques mois. Ceci l’a amenée à entreprendre une expérience poétique qui pourrait être la première en son genre dans la poésie française, voire occidentale moderne. Et si cela s’avérait vrai, elle serait historiquement la seconde poète après la grande poète arabe ancienne Al Khansaa décédée entre 634 et 644 qui se consacra à l’éloge d’un être cher défunt bien qu’il fut son frère et non son amant.

D’autre part, Monique-Marie Ihry, en puisant sa poésie directement dans son expérience réellement vécue dans l’arène de la vie, a fait revenir la littérature selon l’expression de Tzvetan Todorov « au cœur de l’humanité », et la poésie tout particulièrement à son essence première qui est d’après Paul Valéry « l’expression artistique d’une expérience vécue », alors que la poésie a été réduite ou presque ces dernières années à des jeux linguistiques artificiels et insipides.

Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher, à la fin de la lecture de ce recueil, de nous poser la question suivante : quelle sera la prochaine étape de cette poète après s’être convaincue d’accepter le fait accompli et avoir décidé de laisser l’âme de son défunt amant reposer en paix auprès de son créateur ? Peut-on dire qu’en publiant ce recueil, elle est arrivée au terme de cette expérience poétique amoureuse sans précédent ?

                           Mohamed Salah Ben Amor


[1] Monique-Marie Ihry, Rendez-vous manqués, 2001, pp. 12-13.

[2] Ibid. p. 13.

[3] Ibid. p. 17.

[4] Ibid. p. 103.

 

[5] Ibid. p. 87.

[6] Conversation, p. 38.

[7] Ibid., p. 38.

[8] Conversation aimable, p. 32.

[9] Songes d’un soir, p. 34.

[10] Chevalier de lumière, pp. 75‒76.

[11] Ibid,  p. 79.

[12] Ibid,  p. 74.

[13] Prince poète, p. 101.

[14] Ibid.,  p. 101.

[15] Mélodie d’un soir,  p. 15.

[16] Rencontre,  p. 17.

[17] Perles de lune, p. 35.

[18] Silences,  p. 43.

 

Joli mois de mai

muguet tendre

 

Joli mois de mai

Me croiriez-vous si je vous disais rêver
de vous voir sur le pas de ma porte arriver
le regard ébloui d’un bouquet de muguet
venant ainsi sacrer cet heureux mois de mai,
si je vous disais que depuis des lustres j’aime
ce beau sourire empreint d’une bonté extrême ?

Tendez-moi ce bouquet de joli mois de mai
je m’ouvrirai à son parfum comme il vous sied.
Mille baisers d’espoir je vous adresse en vers,
mille vers énamourés je compose ce soir,
hommage à ce regard dans lesquels je me perds…

 

©  Monique-Marie Ihry  -  1er mai 2015 -

Sans un bruit…

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 5 avril, 2021 @ 11:06

perles de lune ange

Sans un bruit

 

La lune passe sans un bruit,

comme un parfum dans l’air assoupi

s’esquivant malgré lui,

comme la douce caresse d’un vent

sur les épaules décolletées d’une nymphe

abandonnée à la paisible rêverie

d’un oubli passager…

 

La lune passe sans un bruit,

doucement, elle part rejoindre la nuit,

comme une page qui se ferme sur le jour,

comme un au revoir par la mer décliné

dans le va-et-vient d’une mer

ineffable…

 

©  Monique-Marie Ihry  – 23 février 2021  -


 

Depuis la nuit des temps

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 28 mars, 2021 @ 3:27

dolores

Depuis la nuit des temps

La mer déploie la chevelure diffuse

de ses vagues

sur le turquoise de sa robe

qui ondule, danse, avance

vers le sable de la plage,

délaissant au passage

une dentelle accrochée à son blanc jupon.

Elle s’attarde un peu sur le sable

avant de repartir flirter vers l’horizon,

le volant froissé, la jupe relevée

vers sa poitrine haletante,

se lovant à la houle,

ondulant de ses vagues serpentines

sous la caresse diamantine du vent

dans une azure pâmoison.

Comblée, plus belle que jamais,

elle revient déployer sa robe

de gitane sur le vague des pensées

qui vont et viennent, comme elle,

sur la plage des cœurs offerts

aux délicieux caprices d’Éole,

dans un fandango endiablé et fougueux

que seule la mer sait orchestrer

depuis la nuit des temps…

© Monique-Marie Ihry  – 5 mars 2021  -

Liberté

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 25 mars, 2021 @ 12:14

COUVERTURE 1ere UN PRINTEMPS ASSASSIN

Liberté

 

Envie de sortir,

de prendre ma voiture et de voir défiler les arbres,

regarder les vignes enfanter leurs jeunes feuilles,

m’éblouir de ce camaïeu de verts ensoleillés

que la nature nous offre sur l’autel consacré du printemps,

m’étourdir du chant des oiseaux, de leurs trilles enjoués,

de la symphonie des fleurs dans les champs,

et renaître à l’espoir, ne serait-ce qu’une seule heure,

quelques minutes de vie en prenant le risque

de tomber malade. Peu m’importe !

La sixième semaine de confinement s’épuise

et je me meurs de cette non-liberté qui pourtant

me délivre le choix d’écrire à ma guise.

C’est ainsi, qu’on se le dise, je désire sortir,

m’éblouir, m’enivrer de printemps,

des arbres et des fleurs,

aller jusqu’à mourir allongée dans un champ

au milieu des herbes et des fleurs,

ne serait-ce qu’un instant, bercée par le chant

de la nature et, sereine m’endormir,

dans une paix recouvrée,

au pays de mes rêves et de l’impossible,

loin de cette cruelle réalité

qui tue sans pitié les êtres que l’on aime

et nous plonge dans la lie de la peine

où je m’enlise aujourd’hui,

loin de mes chers enfants

qui luttent courageusement de leur côté

contre le cruel ennemi de leur vie…

 

© Monique-Marie IHRY  – avril 2020 -

Extrait du recueil de poésie  » Un printemps assassin  » écrit lors du 1er confinement et paru fin décembre 2020 chez  Cap de l’Étang Éditions

COUVERTURE 31 octobre UN PRINTEMPS ASSASSIN, pandémie-page001 (2)

Règlement du 8ème concours de Poésie et de Textes courts AMAVICA 2021

Classé dans : CONCOURS — 6 mars, 2021 @ 6:04

Règlement du 8ème Grand Concours International de Poésie et de textes courts AMAVICA 2021

en collaboration avec les Mille-Poètes en Méditerranée

ooO0Ooo

Article 1 : Le concours est organisé par l’association AMAVICA en partenariat avec Les Mille-Poètes en Méditerranée. Il s’adresse à toute personne adulte d’expression française.

Article 2 : Cette année, le thème choisi est « Le chemin » (cheminer, cheminement de pensée…)

Article 3 : Le concours est ouvert du 1er novembre 2020 au 2 mai 2021.

Article 4 : Toutes les formes sont acceptées (poésie classique, poésie néoclassique, vers libres, poésie libérée, prose poétique, acrostiche, paroles de chanson, slam, conte court, petite nouvelle, haïku, tanka). La forme retenue devra obligatoirement être indiquée sur chaque exemplaire en haut et à gauche de la page. Si cette consigne n’est pas respectée, le texte sera obligatoirement éliminé. Tous les textes envoyés devront avoir obligatoirement un titre. En ce qui concerne les poèmes, les participants pourront se référer aux bons ouvrages de versification française ou aux remarques émanant de notre jury et publiées en annexe*.

Article 5 : Les textes envoyés n’auront jamais été primés auparavant.

Article 6 : La participation au Grand Prix AMAVICA 2020 est de 15 €. Le nombre de textes par envoi et par candidat est limité à 4. Toutefois, si un candidat désire nous en faire parvenir un nombre supérieur, il devra s’acquitter à chaque fois d’une somme de 10 € pour 4 textes supplémentaires soit de 1 à 4 textes : 15 €, puis de 5 à 8 textes : 15 € + (1 x 10 €) = 25 €, de 9 à 12 textes : 15 € + (2 x 10 €) = 35 €, etc.

Ce tarif est valable pour les participants appartenant à la Communauté européenne. Pour les candidats francophones hors Communauté européenne, le tarif sera de 1 € pour 4 textes, 3 € pour 5 à 8 textes, 5 € pour 9 à 12 textes réglable(s) uniquement en ligne sur le site AMAVICA :

Merci de nous fournir un justificatif de domicile si vous êtes concerné par ce dernier cas.

Article 7, présentation :

Le texte portera un titre et sera dactylographié. Il ne pourra en aucune façon excéder 30 vers, 30 lignes ou 1 page. Il sera rédigé en police 14 au recto d’une page d’un format A4, et ce en quatre exemplaires. Tous les écrits dépassant 30 vers, 30 lignes ou plus d’une page ne pourront pas être pris en compte par le jury.

Article 8, à l’issue du concours, seront décernés :

  • le Grand Prix de la Communauté de Communes Sud-Hérault,
  • le Prix de la Francophonie,
  • ainsi que cinq autres Prix. Le jury s’accorde le droit d’en modifier le nombre en fonction de la qualité des textes reçus.

Article 9 :

Dans la mesure où nous déciderions de publier une anthologie avec les textes reçus, toute participation au concours vaut autorisation de publication.

Article 10, anonymat :

  • En haut à gauche de chaque page de texte, il conviendra d’indiquer la FORME choisie.
  • En haut à droite, inscrire 3 lettres en majuscules et 2 chiffres qui serviront de CODE (exemple ABC 12).
  • Dans le but de respecter le plus strict anonymat, aucun signe distinctif ne doit figurer sur le texte ou sur la page.
Envoi par courrier (France uniquement) Envoi par Internet (tous pays)
  Joindre dans une enveloppe une feuille indiquant : vos NOM, PRÉNOM et ADRESSE POSTALE, votre adresse MAIL, votre CODE, la FORME RETENUE ainsi que les TITRES de vos textes. Sur cette ENVELOPPE cachetée, vous indiquerez seulement votre CODE sans apposer d’autres indications.Ajouter 2 enveloppes timbrées à votre adresse postale afin de recevoir le palmarès et le règlement du prochain concours.Joindre votre paiement d’un montant correspondant au nombre de textes envoyés (voir l’article 6 du règlement). Par exemple : un montant de 15 euros pour l’envoi de 4 documents si vous faites partie de la Communauté européenne. Pour la France, ce paiement peut se faire via un chèque d’un montant correspondant, à l’ordre d’AMAVICA, ou par paiement en ligne sur le site AMAVICA. Vous pouvez expédier le tout (textes et paiement) dans une enveloppe assez grande pour ne pas plier les textes outre mesure, affranchie à l’adresse suivante : AMAVICA Concours de Poésie et de Textes courts 13, Rue du Château, 34310 CAPESTANG (France)   Créer un fichier contenant : sur la première page, votre CODE personnel, la FORME RETENUE, les TITRES de vos textes, votre adresse MAIL et votre ADRESSE POSTALE, sans apposer d’autres indications.Payer en ligne sur le site : https://amavica.info/paiement-du-concours-2021/ un montant correspondant au nombre de textes envoyés (voir l’article 6 du règlement). Par exemple : un montant de 15 euros pour l’envoi de 4 documents si vous faites partie de la Communauté européenne. N’oubliez pas de renseigner le CODE de confidentialité choisi pour la participation au concours.Déposer vos textes en pièces jointes sur : https://amavica.info/depot-des-textes-en-ligne-confidentialite-respectee-2/   en n’oubliant pas de reporter ce CODE de confidentialité ainsi que la catégorie précise des textes choisis. Fichier exemple pour le dépôt : https://amavica.info/depot-des-textes-en-ligne/

Article 11 :

  • Votre participation devra nous parvenir au plus tard le 1er mai 2021.
  • Toute candidature ne respectant pas la totalité des consignes ci-dessus ne sera malheureusement pas prise en compte.
  • La participation au concours vaut acceptation de ce règlement.

La présidente du jury

 

*  Quelques remarques faites par les membres de notre jury lors des délibérations de nos précédents concours :

Chaque année, nous remarquons à regret que le non-respect de certaines règles vient malheureusement éliminer des textes qui sont par ailleurs excellents. Prenons l’exemple tout simple d’un poème écrit en Poésie libérée classé par son auteur(e) dans la catégorie Poésie libre, ou bien encore un poème dont la catégorie n’est pas précisée. Il est donc très important de vérifier si vos écrits correspondent en tout point aux attentes du jury.

Par ailleurs, comme il est écrit à l’article 7 de notre règlement, les textes envoyés doivent posséder un titre. Tous les écrits dépassant 30 vers ou 30 lignes ne pourront être pris en compte par le jury.

La Poésie classique est une poésie exigeante devant être écrite dans le strict respect des règles de versification française (métré, alternance, césure, respect de la diérèse…).

Quant à la Poésie néoclassique, seuls quelques rares écarts vis-à-vis de la versification classique sont acceptés, comme un hiatus non dissonant, quelques rimes singulier/pluriel. Un alexandrin de 13 pieds devient éliminatoire.

Pour ce qui est de la Poésie libre, la rime est de mise, le nombre de pieds est variable. En revanche, la Poésie libérée est en somme une poésie « libérée » de contraintes, tant sur le plan de la longueur des vers que sur l’obligation de rimer. Cependant, le rythme, la musicalité, l’émotion deviennent des éléments essentiels à la qualité de cette écriture.

La Prose poétique ou poème en prose est un texte formant une unité non versifiée ni rimée, mais ayant recours à d’autres procédés comme la métaphore, l’anaphore, l’oxymore, l’allitération, l’assonance… Sont également pris en compte en tant que gage de qualité, le rythme et la musicalité.

Le Haïku répond à des obligations strictes auxquelles il faut se conformer impérativement (métré, chute…). Il en va de même pour le récit, le conte, la fable et la nouvelle, dont l’importance de la « chute » est à souligner par exemple.

 

Version actualisée ce 21 octobre 2020

Extrait XXIX du recueil  » Inquiétudes sentimentales  » (1917) de la poète chilienne Teresa WILMS MONTT traduit en français

Classé dans : Poemas en español,Poèmes en français,Traduction — 7 février, 2021 @ 4:11

COUVERTURE INQUIETUDES SENTIMENTALES 1ere 23 juillet TERESA W M

Extrait XXIX du recueil de prose poétique Inquiétudes sentimentales (1917) de la poète chilienne Teresa Wilms Montt (1893-1921) traduit en français et présenté par Monique-Marie Ihry, Collection Bilingue n° 9, Cap de l’Étang Éditions, 2020.

 

La poète, en l’occurrence une mère à qui on a arbitrairement retiré la garde de ses deux petites filles, se souvient…

XXIX

J’ouvre le rideau du passé et je me souviens… Elle est malade ; elle a de la fièvre et délire.

Sa petite main brûlante abandonnée sur la mienne a le doux abandon d’un oiseau dans son nid.

Le petit corps endolori tremble comme une feuille au vent.

Elle ne désire rien. Ses yeux bleus, comme deux miracles du ciel, regardent dans le vague, dans l’oubli du monde extérieur ; ils sont peut-être dans le lit des zéphyrs où ils virent le jour.

J’ai déployé sur son petit lit toute ma tendresse, qui l’a enveloppée avec la douceur d’un sanglot.

Maintenant, elle me regarde et son regard de rêve a la clarté céleste de l’émotion.

Ces yeux puissants élèvent mon âme, depuis l’abîme de leur amertume jusqu’à l’orée de la vie ; de cette vie dont je ne veux, de cette vie que je méprise.

« Je suis là, me disent-ils, vis pour moi ».

Je n’ai pas écouté ce sublime appel et j’ai perdu pour toujours ces yeux apaisant mon âme, comme le pansement atténue la douleur de la plaie.

La vie s’écoule, ma vie tronquée de pantin mendiant d’amour ; et elle, la divine créature, arrachée à mes bras par la griffe féroce du destin, ignore ma douleur.

Elle aussi souffre sans le savoir, parce que le deuil fait du plus grand amour une ombre invisible et glacée dans son cœur.

Deux mots, les plus grands qu’ait créés le langage, pourraient nous unir, mais personne ne les prononcera parce que l’indifférence a rendu les cœurs muets. Elle et moi, séparées par le monde et unies dans l’amour divin de l’âme, nous mourrons dans l’attente d’une miséricorde.

* * *

   Descorro la cortina del pasado y recuerdo…. Está enferma; está con fiebre y delira.

Su manito ardiente, abandonada sobre la mía, tiene la dulce confianza de un pájaro en su nido.

El cuerpecito dolorido sufre los temblores de una hoja al viento.

Nada quiere. Sus ojos azules, como dos milagros del cielo, miran lejos, olvidados del mundo exterior; están tal vez en el lecho de los zafiros, lugar donde nacieron.

He desparramado sobre su camita, todas mis ternuras, que la han cubierto con una tibieza de sollozo.

Ahora me mira, y su mirada de ensueño tiene la claridad celeste de la emoción.

Esos ojos poderosos elevan mi alma, desde el fondo de su amargura a la superficie de la vida; de la vida que no quiero, de la vida que desprecio.

« Aquí estoy, me dicen; vive para mí ».

No escuché esa sublime exhortación, y perdí para siempre esos ojos que suavizaban mi alma, como el vendaje amortigua el ardor de la llaga.

Pasa la vida, mi vida trunca de fantoche pordiosero de amor; y ella, la criatura divina, arrancada de mis brazos por la garra feroz del destino, ignora mi dolor.

Ella también sufre sin saberlo, porque el duelo hace del más grande amor una sombra invisible y helada en su corazón.

Dos palabras, las más enormes que ha creado el lenguaje, podrían unirnos; pero nadie las pronunciará porque la indiferencia ha enmudecido los corazones. Ella y yo, separadas por el mundo y unidas por el sublime amor del alma, moriremos aguardando piedad.

 

L’amandier

mademoiselle J 55 x 46

L’amandier

 

 

Le premier amandier vient de fleurir,

mon amour.

C’est le printemps des cœurs,

la saison gracieuse

qui fait éclore dans les arbres

les bourgeons et fleurir la romance

dans les allées jolies

de la vie et de l’espérance !

 

© Monique-Marie Ihry

(Extrait du recueil  » A l’encre sur ma peau « , toile de l’auteure intitulée  » Mademoiselle  » (2018) huile sur toile 55 x 46 cm)

La maison vide

Classé dans : Extraits de recueils de poésie de l'auteure,Poèmes en français — 4 janvier, 2021 @ 10:14

La maison vide

 

 

L’Espagne n’est plus désormais qu’une

profonde blessure

dont les sillons féconds se gorgent

de                                             semences sanguinaires.

Les prés exhalent              l’haleine fétide de la mort,

les champs sont jonchés de               corps allongés,

dont la précieuse vie s’en est      ‒  hélas  ‒      allée.

 

L’Espagne funambule vacille   entre enfer et démons.

Les maisons se vident,        les prisons se remplissent,

tout comme    les chambres de torture qui fleurissent

les caves et les villes.

 

Parmi tous, l’emploi de bourreau est devenu,

le mieux rémunéré. On se croirait revenus

aux temps de l’Inquisition

lorsque le printemps de chaque jour faisait éclore

dès les premières lueurs de l’aube la délation

et que, dans le grand ménage de la sorcière religion,

des vies innocentes n’étaient plus

qu’une simple mauvaise herbe de plus

à éradiquer.

 

Il pleut des gerbes de balles sur la plaine,

et dans les prés, à perdre haleine,

ravis, les charognards font leur marché

pendant que, dans les maisons désertes

aux portes branlantes entre-ouvertes,

des portraits abandonnés sur une commode

témoignent de jours où, sereine fut l’Espagne,

où les enfants pouvaient se laisser à rêver

à des cours de récréation sans le fantôme

d’un fusil… !

 

© Monique-Marie IHRY

(Extrait d’un recueil de poésie de l’auteure sur le thème de la Retirada qui paraîtra courant 2021)

Ce poème fait partie de l’un des textes qui m’a permis d’obtenir le Grand Prix Jean Bonicel dans le cadre du concours ARCADIA 2020.

 

 

 

1er novembre 2020

novembre fleur

1er novembre 2020 -

Les fleuristes ayant eu exceptionnellement

le droit de rester ouverts,

la plupart des tombes aujourd’hui

seront couronnées de fleurs,

sauf la tienne mon amour,

trop loin pour que je puisse me pencher

sur l’écrin de verdure

où tu reposes.

Comme tant d’autres,

je suis confinée,

enfermée dans ma tour,

loin de toi pour toujours,

loin tout, mon aimé.

Un frêle soleil s’est levé

au-dessus des toits endormis

parsemés de givre.

Sur mon appui de fenêtre,

prises de somnolence,

les fleurs se préparent à l’oraison

de l’automne,

tout comme mon cœur

priant pour que la mort ne soit

qu’une simple erreur que l’on gomme,

une faute que l’on corrige

en rectifiant la grammaire du sort,

un fantôme que l’on replace

sur la voie de l’irréel… !

© Monique-Marie IHRY  – 1er novembre 2020  -

Un printemps assassin, pandémie

 COUVERTURE 1ere UN PRINTEMPS ASSASSIN

Un printemps assassin, pandémie

Monique-Marie IHRY, Recueil de poésie, Collection Plume d’ivoire n° 13, Cap de l’Étang Éditions, 2020

* * *

Ce recueil a été écrit entre le 17 mars et le 11 mai 2020 durant la première période de confinement, près d’une grande fenêtre ouvrant sur un monde en suspens…

Nous ne savions pas alors que nous serions peut-être confinés à nouveau et que la vie de nos enfants pouvait encore être menacée par un virus dont nous avions malgré nous fait la connaissance, mais que nous ne connaissions ‒ hélas ‒ pas assez pour nous débarrasser de la menace qu’il représentait.

Outre le fait de bouleverser nos habitudes, la pandémie est venue s’installer, imposant l’incertitude, l’inquiétude, le deuil pour tant d’autres.  Certains adoptèrent des comportements responsables en restant le plus possible chez eux, mais d’autres s’en moquèrent, sortant à outrance dans les rues, refusant de porter leur masque, imposant aux autres l’inconscience de leur égoïsme assassin.

Pendant ce temps, le printemps affichait l’ineffable de sa beauté, la mer occitane continuait ses allées et venues sous un ciel sans nuages, et la poète redoublant d’inspiration épanchait ces vers sur un cahier déjà bien rempli d’émotions, de rêves et d’espérance entremêlés.

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