Dans le Jardin des mots

Archive pour la catégorie 'Réflexions diverses'

Un printemps assassin, pandémie

Posté : 23 novembre, 2020 @ 11:28 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, féminisme, poèmes d'amour, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

 COUVERTURE 1ere UN PRINTEMPS ASSASSIN

Un printemps assassin, pandémie

Monique-Marie IHRY, Recueil de poésie, Collection Plume d’ivoire n° 13, Cap de l’Étang Éditions, 2020

* * *

Ce recueil a été écrit entre le 17 mars et le 11 mai 2020 durant la première période de confinement, près d’une grande fenêtre ouvrant sur un monde en suspens…

Nous ne savions pas alors que nous serions peut-être confinés à nouveau et que la vie de nos enfants pouvait encore être menacée par un virus dont nous avions malgré nous fait la connaissance, mais que nous ne connaissions ‒ hélas ‒ pas assez pour nous débarrasser de la menace qu’il représentait.

Outre le fait de bouleverser nos habitudes, la pandémie est venue s’installer, imposant l’incertitude, l’inquiétude, le deuil pour tant d’autres.  Certains adoptèrent des comportements responsables en restant le plus possible chez eux, mais d’autres s’en moquèrent, sortant à outrance dans les rues, refusant de porter leur masque, imposant aux autres l’inconscience de leur égoïsme assassin.

Pendant ce temps, le printemps affichait l’ineffable de sa beauté, la mer occitane continuait ses allées et venues sous un ciel sans nuages, et la poète redoublant d’inspiration épanchait ces vers sur un cahier déjà bien rempli d’émotions, de rêves et d’espérance entremêlés.

Connerie et compagnie

Posté : 4 novembre, 2020 @ 3:34 dans Réflexions diverses | Pas de commentaires »

Connerie et compagnie

 

Obligée de me rendre chez le dentiste ce matin de bonne heure, très heureuse cependant de pouvoir y aller, contrairement au précédent confinement où je n’ai pas eu cette chance, je monte dans ma voiture. Il est de rares obligations auxquelles on ne peut se soustraire, même en période de confinement.

À peine installée, un individu non masqué d’un âge certain frappe à ma vitre. Je lui dis que je suis pressée. Il insiste. Je finis par ouvrir sans avoir eu l’idée préalable de protéger aussitôt mon visage ; j’étais initialement dans mon véhicule et n’avais absolument pas prévu cette irruption intempestive.

‒ Nous les vieux, on est les meilleurs ! me dit-il penché à ma fenêtre.

‒ Prends ça dans les dents, me dis-je à mon tour, il me range dans SA catégorie.

Un tel compliment est toujours agréable le matin de bonne heure… Je tiens à préciser qu’il avait au bas mot 10 ans de plus que moi.

Je lui fais signe de s’en aller parce que je suis pressée et que par ailleurs il doit reculer, car il n’est pas masqué. Je ferme ma vitre. Il continue plus fort :

‒ Nous les vieux, on est les meilleurs. On n’est pas malades, alors, pas besoin de masque ! Pas vrai ?

Il avait l’air sincère, ce qui était d’autant plus affligeant.

‒ Je n’en suis absolument pas certaine !!! lui dis-je, excédée par ce comportement irresponsable.

Comme cela ne suffisait pas, il interpelle un voisin trentenaire qui se promenait avec sa baguette de pain dans la main.

‒ Hein qu’on est les meilleurs et qu’on n’a pas besoin de masque ?

Je ne sais pas comment la conversation s’est terminée parce que je me suis empressée de démarrer, mais je peux aisément le deviner. Ce dernier déambulait lui aussi visage-montré, libre de postillonner comme bon lui semblait sur les personnes à sa portée.

Combien de nouveaux morts par imprudence ou par ricochet aurons-nous ce soir sur le territoire français ? 416 comme avant-hier ou 854 comme hier, c’est-à-dire plus du double que la veille ?!

 

© Monique-Marie IHRY  – 4 novembre 2020 –

 

 

Comme d’habitude

Posté : 25 novembre, 2019 @ 8:51 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

AGRESSION 50 50

Comme d’habitude  

 

 

Il rentre tard.

Comme d’habitude

son regard lance des éclairs.

Elle ignore ce qu’elle a pu faire

pour le contrarier à nouveau…

Tout ce qu’elle sait,

c’est que les coups vont pleuvoir,

comme d’habitude…

 

Comme d’habitude,

il la saisira par les cheveux.

Comme d’habitude,

il la plaquera contre le mur de la chambre.

Comme d’habitude,

elle fermera les yeux

sous les poings assassins

et comme d’habitude

elle s’effondrera sur le carrelage.

Puis viendront les coups de pied

additionnés d’une salve d’injures.

Et puis, tout d’un coup,

rassasié,

satisfait,

il s’arrêtera

et partira se coucher

en claquant la porte,

à son habitude,

comme si rien ne s’était passé…

 

Comme d’habitude,

elle sombrera

sous le joug infâme de la douleur,

une fois de plus,

une fois de trop

et se lèvera au petit matin

juste à temps pour se rendre,

le ventre meurtri,

silencieuse

et le cœur vide

au travail…

 

 

© Monique-Marie Ihry    – 24 novembre 2019 -

(toile de l’auteure  » :  » Agression  » (2003) – huile sur lin 50 x 50 cm -

« Messager », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 3:29 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

Messager

 

J’essayais en vain de raccrocher les wagons

De ce train dément où voyage l’horizon,

Mais ne parvenais pas dans cette course folle

À rassembler leurs liens voguant au gré d’Éole.

 

Mus par un ouragan de pensées délétères,

Les nuages du ciel comme de pauvres erres

Chevauchaient leur jument, la fouettant jusqu’au sang,

Incendiant le soir d’un bandeau indécent.

 

Puis vint une accalmie qui dissipa les rouges,

Les noirs abandonnèrent le siège de ce bouge

Et la lune en sommeil réveilla les étoiles

Soulageant de ce fait les cœurs purs de leurs voiles.

 

Le train recomposa un semblant d’unité,

Une paix s’installa sur le rail des pensées

Et dans le ciel serein un oiseau de passage

Inscrivit en lettres d’amour ce doux message :

 

« La vie est une fleur fragile, la guerre une cause futile. Aimez-vous et entraidez-vous. De la nuit émane le jour, l’Amour triomphe toujours sur les maux. »

 

Monique-Marie Ihry – 18 septembre 2011 -

 

* * *

« Ce poème est bâti selon la technique de la gradation  en trois phases : noir/clair ‒ obscur/clair ‒ crise/accalmie/détente. Le noir ou la crise  correspond aux deux premières strophes, le clair-obscur ou l’accalmie aux six vers suivants, et le clair ou la détente aux  sept derniers vers. Cette construction est motivée par l’optimisme de la poétesse qui, malgré les affres de la guerre faisant rage dans plusieurs pays du monde et surtout en Libye où elle a fait jusqu’ici plusieurs milliers de victimes et causé des destructions  catastrophiques,  lance un message d’amour à tous les  belligérants quel que soit leur camp pour leur rappeler qu’ils  sont en train d’agir contrairement à  ce que devrait leur dicter leur essence noble  voilée malheureusement  par la haine  et qui n’est autre que la bonté naturelle !

La métaphore des wagons du train pour illustrer la guerre est une très belle trouvaille stylistique. »

 

Mohamed Salah Ben Amor

 

 

« NON ! », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 3:23 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

 NON !

 

Chaque 31 décembre je me demande

si je prendrai de nouvelles résolutions pour l’année à venir.

Deviendrai-je une sylphide au corps svelte ?

Arriverai-je à faire enfin un régime

qui me rendrait les formes rêveuses de mes vingt ans ?

Deviendrai-je à nouveau la cuisinière hors pair que j’ai été ?

Parviendrai-je à être un puits d’insouciance

une montagne d’égoïsme

un abîme d’inconscience

prenant le temps de me pencher à loisir

sur mon ego embourgeoisé ?

 

Eh bien NON !

 

Je renonce à ce régime futile

prôné par des magazines vendeurs de rêves dérisoires.

Je m’entête à ne plus faire de prouesses quotidiennes inutiles

et dispendieuses en cuisine,

cet art m’est acquis, je le réserve aux gens que j’aime.

Je m’insurge contre la misère

qui décime les peuples affamés

désole les mères aux seins maigres taris

au ventre efflanqué fécond d’orphelins en puissance.

Je m’inscris en faux contre cette pauvreté

qui croît au fil des ans

décuple, se multiplie au centuple.

Je me révolte contre les guerres

fomentées depuis la nuit des temps

par une poignée d’intérêts particuliers

au détriment de l’intérêt général.

 

Comment pourrais-je devenir un monstre d’égoïsme

cultiver l’insouciance

me nourrir de futilités, d’inconscience ?

Je VEUX poser les fondations

d’un temple de sérénité sur ce monde tangible

avec des mots d’Amour, de Paix

que je destine aux oubliés des Puissants

aux dissidents

aux indigents

aux sans-abris

aux âmes seules

aux malades sans soins

aux orphelins de cette guerre du Pouvoir

qui creuse à son gré et davantage chaque jour

de-ci, de-là,

la tombe de millions d’innocents !!!

 

Déposons les mots généreux et désintéressés

de notre cœur sur un sol fertile de justice,

érigeons ENSEMBLE les murs d’une cathédrale,

d’un temple, d’une mosquée, d’une synagogue

qui consacreront un chant d’espoir

s’élevant dans un ciel d’AMOUR, de PAIX

sur le toit d’un monde apaisé

dans la lumière sereine d’un jour nouveau

 

SANS GUERRE  et SANS MISÈRE !

 

 

Monique-Marie Ihry – 1er janvier 2011 -

 

* * *

 

Ce cri fort contre les exactions perpétrées par les soi-disant grands et qui ne cessent d’entraver la marche de l’humanité vers des horizons plus sereins ne me surprend guère de la part d’une poétesse dont les préoccupations ont été presque toujours personnelles. En effet, les hautes valeurs, qu’elles soient subjectives ou objectives, forment un tout…

Ce qui plaît le plus dans ce poème est le ton empreint de sincérité et de spontanéité. Quant aux métaphores, elles n’ont pas de place dans ce genre de poésie parce que le réel décrit dépasse de très loin l’imaginaire.

Un poème à traduire absolument.

 

Mohamed Salah Ben Amor

« Sur les rives du Rhin », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 3:15 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

Sur les rives du Rhin

 

La mort était inscrite à ses flancs faméliques.

Le vagabond penché sur son futur défunt

Défiait sa douleur, l’espoir sans lendemain,

Se leurrait de cendres, s’enivrait d’arsenic.

 

Il paraît de bleuets un présent narcotique

Alors que dans le noir distillaient leur venin

Les rigueurs de l’hiver,  les cloches d’un tocsin

Sur le parvis absent de notre basilique.

 

Notre Dame du Soir sur les rives du Rhin

S’endormait sans besoins, faisant fi des chagrins

De la faim infligée aux hères sans papiers.

 

Dans cette nuit frigide une âme dédaignée

Osait sa prière sous les pins résignés

Pour que cesse le froid, son refrain assassin…

 

 

Monique-Marie Ihry – 19 janvier 2011  -

 

* * *

« Ce genre de poésie  descriptive  qui dépeint  la souffrance humaine et qui exprime la solidarité morale  de son auteur avec les déshérités et les démunis  n’offre pas au poète la possibilité de  créer des images surprenantes, car  son but est avant tout de susciter  la compassion, la pitié  et l’attendrissement  du récepteur afin de  l’émouvoir   et l’associer  à la situation inhumaine décrite. Et pour y parvenir,  on use  d’habitude de deux moyens principaux : un ton pathétique fort et l’accumulation de termes et d’expressions  à  haute  charge émotive. Ce qui  s’applique pleinement à ce poème où l’auteure  s’est employée tout au long de son texte à établir une relation de cause à effet entre deux champs opposés : le premier est celui du destin hostile qui se profile à travers différentes sources de maux (mort – douleur – cendres – arsenic – venin rigueurs de l’hiver – chagrins – faim – froid, …) et celui  de la victime agressée, c’est à dire  le vagabond  qui encaisse les coups de son agresseur sans  être capable de les rendre.

Un bon poème qui répond aux conditions du genre. »

 

Mohamed Salah Ben Amor

A pesar de los pesares (En dépit de tout…)

Posté : 19 mai, 2015 @ 12:36 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poemas en español, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

A pesar de los pesares 

 

A pesar de los pesares,

a pesar del horror de las guerras

de la miseria y del dolor,

seguirá floreciendo la blanca rosa del alba

porque la vida es

y no puede ser de otra manera.

Al lado del rosal inmaculado florecido,

sangriento sigue corriendo el río,

muerte soñolienta y solitaria del corazón…

Lloran desnudas las hojas primaverales

buscando en vano el árbol de la vida,

muerte sin fin del camino

en el otoño del alma,

el alma mía…

 

©  Monique-Marie Ihry   Derechos de autor 2.01.2015

 

 roses blanches senza

En dépit de tout…

 

En dépit de tout

malgré l’horreur de la guerre

de la misère et de la douleur,

la rose blanche de l’aube continuera à fleurir,

parce que la vie est et ne peut être autrement.

À côté du rosier immaculé éclot,

sanguinolent le fleuve poursuit son cours,

mort lente et solitaire du cœur…

et pleurent nues les feuilles printanières

cherchant en vain l’arbre de vie,

mort sans fin du chemin

à l’automne de l’âme,

mon âme…

 

©  Monique-Marie Ihry  – 19 mai 2015 –

Exil poétique

Posté : 3 mars, 2015 @ 4:16 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

escrituras anonimas

Escrituras anónimas (2008) – Huile sur bois 30/80 cm − tableau de l’auteure

 

Exil poétique   

 

À la recherche de l’exquise beauté

et surpris par l’absence

de livres de poésie dans une librairie,

vous interrogez en désespoir de cause

un vendeur qui vous renseigne

avec la mauvaise grâce de circonstance :

 

«  Poésie, vous avez dit…  poésie ?

Vous savez, nous n’en vendons guère ces temps-ci,

suivez-moi, je vais bien finir par vous en trouver quelques uns… »

 

Dans un coin, sur une étagère située bien en haut,

tout en haut, au-delà du regard

ou bien encore en bas, tout en bas,

en-deçà du possible,

quelques vers rares

se retrouvent condamnés à l’exil

sur le rang banni des parias.

 

Les poètes sont devenus hélas

les parents pauvres d’un art majeur

que l’on classe désormais volontiers

au rang meurtri des oubliettes !

Dans le palmarès de l’actualité

des ventes rentables et de ce fait prioritaires

Victor Hugo, Baudelaire, Neruda,

Aragon, Rimbaud et Lorca se trouvent

isolés,

bien loin des têtes de gondoles

où se pavanent en pleine lumière

des nuances de gris en tout genre…

 

©  Monique-Marie Ihry    -  24 novembre 2013, actualisé dernièrement  -

 

Au nom des droits de l’homme

Posté : 27 février, 2015 @ 1:13 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

écrivain  noir et blanc

Au nom des droits de l’homme  

Il travaillait ainsi, son corps majestueux

Attentif à la tâche. Esprit impétueux

Il écrivait le monde, inventait un futur

Pour une égalité, une démocratie

Qui ne soit pas un leurre, une once d’inertie,

Il menait un combat, luttant contre l’obscur.

 

C’était un homme bon animé par la foi.

Il croyait en l’espoir, et modérait la loi

Pour qu’elle s’applique à tous. Contre l’iniquité

Il composait un plan qui ne soit que justice

Exempt de mensonge et de promesse factice,

Au nom des droits de l’homme et de la liberté.

 

Il travaillait toujours lorsque vint à passer

Le spectre de la mort qu’il avait dépassée

Sur l’autel de l’espoir où scintillait son rêve.

Mais un ange veillait au bord de son chemin

Qui permit à la faux de remettre à demain

Le destin, allouant de ce fait une trêve.

 

Il travaillait encore à l’aube de l’hiver

Lorsque le coup brutal d’un simple revolver

Vint à le rappeler sur le rang des mortels,

Cet homme juste et bon qui rédigeait le livre

Du droit à la justice et celui de survive

Dans un monde flétri rompu à Machiavel… !

 

©  Monique-Marie Ihry    -  27 février 2015  -

Pourquoi peint-on en couleur ou pourquoi l’on peint en noir et blanc ?

Posté : 14 août, 2014 @ 4:48 dans Réflexions diverses | 2 commentaires »

 bailarina triste+++ 54  65

 Bailarina triste -  huile sur toile peinte par l’auteure, 54/65 cm  -

 

   Il vient tout naturellement à l’esprit que l’on ne peut peindre qu’en utilisant des couleurs. Il est évident que l’on retranscrit les images s’offrant à notre regard, que ce soit la tendresse d’un visage coloré, la beauté épanouie de la campagne, tout comme l’azur des flots de la Méditerranée. Mais l’acte de peindre, tel  celui de composer, vont parfois au-delà de la réalité. L’artiste se projette dans ses rêves,  recrée le monde et le peint à sa propre image, celui de ses fantasmes projetés sur la toile créative de ses pensées. Ainsi naît la création artistique, laquelle prend de ce fait un certain recul par rapport à la réalité ambiante. Le poète transgresse les couleurs usant de métaphores intemporelles, le peintre outrepasse les normes, il reformule les formes et compose des mélanges inattendus. Les formes s’affirment, les couleurs imposent leur aura, s’emparent arbitrairement de la pensée, la maîtrisent, imposent de nouvelles lois.

   Dans ce contexte précis, la palette surréaliste du ressenti élira par exemple un bleu azur inattendu afin de mettre en valeur la virilité intrinsèque d’un tronc d’arbre. Dans la même idée, le carmin de joues souriantes d’un enfant dominera le visage rayonnant qu’il pare. La chevelure d’une jolie femme pourra prendre arbitrairement des proportions démesurées, allant jusqu’à devenir le point de mire d’un portrait. Un bateau errant dans une mer bouleversée disparaîtra dans le tumulte de vagues déchaînées prêtes à l’engloutir à jamais, à tel point qu’on ne le verra qu’à peine sur la toile, dissimulé par le ressentiment chagrin de l’artiste tourmenté qui le peint.

   Le photographe a longtemps saisi des images en noir et blanc. Il ne pouvait faire autrement, car l’évolution de la science ne lui avait pas encore octroyé l’opportunité de retranscrire les couleurs de la réalité.  Puis, la technique évoluant, la photographie a été en mesure de calquer le monde en recopiant fidèlement tous les camaïeux  que la nature pouvait offrir à notre regard émerveillé. Les portraits ont acquis dès lors leur lettres de noblesse, allant jusqu’à rivaliser avec certaines œuvres des grands maîtres. Il est bien entendu que peinture et photographie sont deux arts que l’on ne peut comparer en aucune façon. Nous évoquons ici deux  techniques différentes permettant de retranscrire ce qui est offert à notre vue. Saluons au passage le génie de Diego Velásquez qui a su retranscrire fidèlement le regard sournois du Pape Pio V avec autant de véracité que ne l’aurait fait un appareil photo. Je le soupçonne même d’avoir en l’occurrence un peu exagéré à dessein… Le talent d’un vrai portraitiste n’est-il pas de faire ressortir la personnalité du personnage auquel il est sommé de donner vie ? Cela ne plaît pas toujours, mais c’est ainsi.

   On assiste actuellement à un retour de la photographie en noir et blanc. Cette dernière impose d’emblée à nos yeux le caractère des objets qu’elle entend valoriser. Les contrastes donnent du relief à l’œuvre, soulignent les détails, mettent en exergue la personnalité d’un individu qu’ils figent pour l’éternité, les objets affirment leur volonté d’exister avec force, la nature décline des contrastes suscitant l’émotion qui ne demande quant à elle qu’à surgir de notre cœur en émoi.

   Un jour la mélancolie l’emportait sur la joie de vivre, il m’est arrivé de peindre pour la première fois dans un dégradé monochrome de noir et de blanc. La danseuse dont les contours s’imposaient avec vigueur sur ma toile fut soudain saisie entre deux entrechats dans son mouvement, les ombres et dégradés cernaient son corps en action, le tableau prenait forme comme par magie.  Il me semblait que j’allais la voir surgir dans un pas de deux fendant littéralement ma toile. À mesure que je peignais, le titre de cette œuvre projetée s’imposa à moi. J’avais décidé de l’intituler Bailarina triste. J’eus très rapidement le désir incontrôlable d’ouvrir les bras à cette danseuse dominée elle aussi par la mélancolie afin de la consoler  de la peine évidente se dégageant de ses mouvements gracieux. L’archet d’un violoncelle invisible gémissait des notes s’échappant de son cœur voilé. L’émotion était intense, je m’en souviens encore.

   Cette première toile en noir et blanc s’est donc imposée à moi pour la première fois en à peine une heure et demie. Elle fait partie des œuvres dont je ne suis pas encore prête à me séparer. Elle vibre en moi. Il est évident que cette femme volant, virevoltant et s’épanchant sur le parquet ciré n’est autre que moi-même, cette jeune fille qui dansait à longueur de journée en cachette sur le parquet de sa chambre, portée par une musique virtuelle berçant la mélancolie de son âme adolescente. 

   Il semble, à vrai dire, que je n’ai pas encore terminé de panser les plaies de cette période douloureuse. C’est sans doute pour cette raison que je continue à peindre inlassablement une série de chaussons et de danseuses concentrées à outrance dans leur expression artistique opprimée. Les chaussons explosent dans l’effort, allant parfois jusqu’à se déchirer. Les justes au corps épousent les formes qui s’expriment avec une grâce que je voudrais innée, infinie, ineffable. Les muscles des bras tendent vers l’infini de vains espoirs à mesure que la musique du cœur exhume les déchirures inhérentes à l’esprit. La musique est là, en toile de fond. Le piano distille des notes parfois enjouées, parfois baignées d’un clair obscur. La mélodie s’emporte, portant les corps en mouvement au-delà d’eux-mêmes. Un violon entre en scène, un violoncelle le rejoint avec véhémence et l’émotion s’installe, encore et toujours…

   Depuis la création de cette toile, j’ai peint de nombreux tableaux en monochromes en y ajoutant parfois un soupçon de couleur. Je commence en fait par un ton foncé que je le décline ensuite en dégradés venant cerner, orner mes personnages, ourler mes objets en les faisant naître, paradoxalement.

   Cependant, j’éprouve souvent ce besoin absolu et impérieux de voir jaillir de mes toiles un arc-en-en-ciel de couleurs. La couleur fait en fait partie de la vie, de ma vie. On ne saurait se passer de ces rayons de soleil qui colorent nos espérances et flattent rêves les plus fous.

   Il se trouve que les toiles que je vends le plus sont absentes de couleur. La demande pour mes monochromes s’avère être en effet la plus importante. Il me vient parfois à l’esprit que cette forme d’expression engendre chez l’amateur d’art davantage d’émotions que la peinture dite « traditionnelle ».  Je ne prétends pas par ces mots affirmer que seul le choix des couleurs ou des non-couleurs engendrerait une émotion. Les formes élues, leur mouvement, leur ordonnancement sur la toile sont un tout indissociable qui confère une unité de sens, métaphore la pensée émouvant le récepteur du message que l’artiste entend délivrer.

   En faisant le choix de demeurer dans un état d’esprit que je qualifierais « monochrome », je semble en accord avec les personnes appréciant ma peinture. Mais n’est-on pas apprécié uniquement par des êtres avec qui on partage une même forme de sensibilité ?

   Cette remarque est également valable pour l’écriture. Ce mode d’expression en prose ou en vers qui a recours aux mots, ne peut séduire le lecteur que si celui-ci adhère à l’ordonnancement des idées couchées sur la page qu’il est en train d’explorer, au rythme de ses mots, aux couleurs suggérées par les métaphores, aux peintures des scènes décrites, à l’action générée par les verbes choisis, aux temps du récit, à la véhémence des dialogues et la non-monotonie de certains monologues, en un mot au verbe de l’auteur.

 

©  Monique-Marie Ihry    -  14 août 2014

 

 

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