Dans le Jardin des mots

Poésie et prose, prose et poésie, au gré des mots, au fil du temps…

Archive pour la catégorie 'Réflexions diverses'

Exil poétique

Posté : 3 mars, 2015 @ 4:16 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

escrituras anonimas

Escrituras anónimas (2008) – Huile sur bois 30/80 cm − tableau de l’auteure

 

Exil poétique   

 

À la recherche de l’exquise beauté

et surpris par l’absence

de livres de poésie dans une librairie,

vous interrogez en désespoir de cause

un vendeur qui vous renseigne

avec la mauvaise grâce de circonstance :

 

«  Poésie, vous avez dit…  poésie ?

Vous savez, nous n’en vendons guère ces temps-ci,

suivez-moi, je vais bien finir par vous en trouver quelques uns… »

 

Dans un coin, sur une étagère située bien en haut,

tout en haut, au-delà du regard

ou bien encore en bas, tout en bas,

en-deçà du possible,

quelques vers rares

se retrouvent condamnés à l’exil

sur le rang banni des parias.

 

Les poètes sont devenus hélas

les parents pauvres d’un art majeur

que l’on classe désormais volontiers

au rang meurtri des oubliettes !

Dans le palmarès de l’actualité

des ventes rentables et de ce fait prioritaires

Victor Hugo, Baudelaire, Neruda,

Aragon, Rimbaud et Lorca se trouvent

isolés,

bien loin des têtes de gondoles

où se pavanent en pleine lumière

des nuances de gris en tout genre…

 

©  Monique-Marie Ihry    -  24 novembre 2013, actualisé dernièrement  -

 

Pourquoi peint-on en couleur ou pourquoi l’on peint en noir et blanc ?

Posté : 14 août, 2014 @ 4:48 dans Réflexions diverses | 2 commentaires »

 bailarina triste+++ 54  65

 Bailarina triste -  huile sur toile peinte par l’auteure, 54/65 cm  -

 

   Il vient tout naturellement à l’esprit que l’on ne peut peindre qu’en utilisant des couleurs. Il est évident que l’on retranscrit les images s’offrant à notre regard, que ce soit la tendresse d’un visage coloré, la beauté épanouie de la campagne, tout comme l’azur des flots de la Méditerranée. Mais l’acte de peindre, tel  celui de composer, vont parfois au-delà de la réalité. L’artiste se projette dans ses rêves,  recrée le monde et le peint à sa propre image, celui de ses fantasmes projetés sur la toile créative de ses pensées. Ainsi naît la création artistique, laquelle prend de ce fait un certain recul par rapport à la réalité ambiante. Le poète transgresse les couleurs usant de métaphores intemporelles, le peintre outrepasse les normes, il reformule les formes et compose des mélanges inattendus. Les formes s’affirment, les couleurs imposent leur aura, s’emparent arbitrairement de la pensée, la maîtrisent, imposent de nouvelles lois.

   Dans ce contexte précis, la palette surréaliste du ressenti élira par exemple un bleu azur inattendu afin de mettre en valeur la virilité intrinsèque d’un tronc d’arbre. Dans la même idée, le carmin de joues souriantes d’un enfant dominera le visage rayonnant qu’il pare. La chevelure d’une jolie femme pourra prendre arbitrairement des proportions démesurées, allant jusqu’à devenir le point de mire d’un portrait. Un bateau errant dans une mer bouleversée disparaîtra dans le tumulte de vagues déchaînées prêtes à l’engloutir à jamais, à tel point qu’on ne le verra qu’à peine sur la toile, dissimulé par le ressentiment chagrin de l’artiste tourmenté qui le peint.

   Le photographe a longtemps saisi des images en noir et blanc. Il ne pouvait faire autrement, car l’évolution de la science ne lui avait pas encore octroyé l’opportunité de retranscrire les couleurs de la réalité.  Puis, la technique évoluant, la photographie a été en mesure de calquer le monde en recopiant fidèlement tous les camaïeux  que la nature pouvait offrir à notre regard émerveillé. Les portraits ont acquis dès lors leur lettres de noblesse, allant jusqu’à rivaliser avec certaines œuvres des grands maîtres. Il est bien entendu que peinture et photographie sont deux arts que l’on ne peut comparer en aucune façon. Nous évoquons ici deux  techniques différentes permettant de retranscrire ce qui est offert à notre vue. Saluons au passage le génie de Diego Velásquez qui a su retranscrire fidèlement le regard sournois du Pape Pio V avec autant de véracité que ne l’aurait fait un appareil photo. Je le soupçonne même d’avoir en l’occurrence un peu exagéré à dessein… Le talent d’un vrai portraitiste n’est-il pas de faire ressortir la personnalité du personnage auquel il est sommé de donner vie ? Cela ne plaît pas toujours, mais c’est ainsi.

   On assiste actuellement à un retour de la photographie en noir et blanc. Cette dernière impose d’emblée à nos yeux le caractère des objets qu’elle entend valoriser. Les contrastes donnent du relief à l’œuvre, soulignent les détails, mettent en exergue la personnalité d’un individu qu’ils figent pour l’éternité, les objets affirment leur volonté d’exister avec force, la nature décline des contrastes suscitant l’émotion qui ne demande quant à elle qu’à surgir de notre cœur en émoi.

   Un jour la mélancolie l’emportait sur la joie de vivre, il m’est arrivé de peindre pour la première fois dans un dégradé monochrome de noir et de blanc. La danseuse dont les contours s’imposaient avec vigueur sur ma toile fut soudain saisie entre deux entrechats dans son mouvement, les ombres et dégradés cernaient son corps en action, le tableau prenait forme comme par magie.  Il me semblait que j’allais la voir surgir dans un pas de deux fendant littéralement ma toile. À mesure que je peignais, le titre de cette œuvre projetée s’imposa à moi. J’avais décidé de l’intituler Bailarina triste. J’eus très rapidement le désir incontrôlable d’ouvrir les bras à cette danseuse dominée elle aussi par la mélancolie afin de la consoler  de la peine évidente se dégageant de ses mouvements gracieux. L’archet d’un violoncelle invisible gémissait des notes s’échappant de son cœur voilé. L’émotion était intense, je m’en souviens encore.

   Cette première toile en noir et blanc s’est donc imposée à moi pour la première fois en à peine une heure et demie. Elle fait partie des œuvres dont je ne suis pas encore prête à me séparer. Elle vibre en moi. Il est évident que cette femme volant, virevoltant et d’épanchant sur le parquet ciré n’est autre que moi-même, cette jeune fille qui dansait à longueur de journée en cachette sur le parquet de sa chambre, portée par une musique virtuelle berçant la mélancolie de son âme adolescente. 

   Il semble, à vrai dire, que je n’ai pas encore terminé de panser les plaies de cette période douloureuse. C’est sans doute pour cette raison que je continue à peindre inlassablement une série de chaussons et de danseuses concentrées à outrance dans leur expression artistique opprimée. Les chaussons explosent dans l’effort, allant parfois jusqu’à se déchirer. Les justes au corps épousent les formes qui s’expriment avec une grâce que je voudrais innée, infinie, ineffable. Les muscles des bras tendent vers l’infini de vains espoirs à mesure que la musique du cœur exhume les déchirures inhérentes à l’esprit. La musique est là, en toile de fond. Le piano distille des notes parfois enjouées, parfois baignées d’un clair obscur. La mélodie s’emporte, portant les corps en mouvement au-delà d’eux-mêmes. Un violon entre en scène, un violoncelle le rejoint avec véhémence et l’émotion s’installe, encore et toujours…

   Depuis la création de cette toile, j’ai peint de nombreux tableaux en monochromes en y ajoutant parfois un soupçon de couleur. Je commence en fait par un ton foncé que je le décline ensuite en dégradés venant cerner, orner mes personnages, ourler mes objets en les faisant naître, paradoxalement.

   Cependant, j’éprouve souvent ce besoin absolu et impérieux de voir jaillir de mes toiles un arc-en-en-ciel de couleurs. La couleur fait en fait partie de la vie, de ma vie. On ne saurait se passer de ces rayons de soleil qui colorent nos espérances et flattent rêves les plus fous.

   Il se trouve que les toiles que je vends le plus sont absentes de couleur. La demande pour mes monochromes s’avère être en effet la plus importante. Il me vient parfois à l’esprit que cette forme d’expression engendre chez l’amateur d’art davantage d’émotions que la peinture dite « traditionnelle ».  Je ne prétends pas par ces mots affirmer que seul le choix des couleurs ou des non-couleurs engendrerait une émotion. Les formes élues, leur mouvement, leur ordonnancement sur la toile sont un tout indissociable qui confère une unité de sens, métaphore la pensée émouvant le récepteur du message que l’artiste entend délivrer.

   En faisant le choix de demeurer dans un état d’esprit que je qualifierais « monochrome », je semble en accord avec les personnes appréciant ma peinture. Mais n’est-on pas apprécié uniquement par des êtres avec qui on partage une même forme de sensibilité ?

   Cette remarque est également valable pour l’écriture. Ce mode d’expression en prose ou en vers qui a recours aux mots, ne peut séduire le lecteur que si celui-ci adhère à l’ordonnancement des idées couchées sur la page qu’il est en train d’explorer, au rythme de ses mots, aux couleurs suggérées par les métaphores, aux peintures des scènes décrites, à l’action générée par les verbes choisis, aux temps du récit, à la véhémence des dialogues et la non-monotonie de certains monologues, en un mot au verbe de l’auteur.

 

©  Monique-Marie Ihry    -  14 août 2014

 

 

Intelligences utiles, s’il en est…

Posté : 15 octobre, 2010 @ 3:53 dans Extraits de romans déjà parus, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

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Intelligences utiles, s’il en est 

 

[…] 

Le mensonge est un art intelligent. Il convient d’être très fort pour rester menteur sous peine d’être démasqué un beau jour. Il est des menteurs impénitents qui mentent comme ils respirent, sans réfléchir. C’est bien à leur problème. Mentir pour eux est un besoin vital. Ils respirent leur mensonge, le mensonge les inspire, ils s’en nourrissent. 

Mais au fait, pourquoi mentent-ils ? C’est souvent névrotique. Mais il faut avouer que le mari trompeur ou l’amant volage ont besoin de cette arme vile pour tourner les pages de leur agenda compliqué. Il est vrai que mener plusieurs vies parallèles ne s’avère pas en outre très aisé. 

Mais si l’on vous dit au cours d’une même longue phrase de justification attendue : 

-      Non, je ne la connais pas cette femmeet : non je ne lui parle plus du tout 

Puis encore plus loin au cours de la même conversation : 

-      Cette sirène baise bien[…]  Je n’ai jamais rien fait avec elle 

Pas besoin dans ce cas de se poser davantage de questions…  

Pour être un menteur plausible il faut savoir faire fonctionner ses neurones afin de ne pas se contredire aussi ouvertement. Mais peut-être qu’à force d’aller de droite et de gauche, la fatigue et l’âge aidant, les connexions cérébrales se voient au final quelque peu handicapées. C’est de bonne guerre après tout ! (sourire) 

Il semblerait que Casanova ou Lord Byron aient été plus habiles en leur temps. Leur carrière volage s’est même vue décorée d’une postérité qui perdure encore… Vous m’aurez comprise, on ne parle pas ici d’intelligence du cœur. On évoque une intelligence adroite, celle qui mène dans les bas fonds d’un esprit pervers. 

Une fois démasqué, l’apprenti menteur doit donc impérativement suivre quelques règles. Il est grand temps qu’il se reprenne. Conseillons-lui par exemple la prise à la hâte de quelques notes sur un carnet qui pourront l’aider dans ses mensonges : 

-      J’ai dit à Anna que j’étais au cinéma ce soir-là et que j’ai vu tel film 

-      Pour Lisa : je lui ai affirmé que cette sirène, je ne l’ai JAMAIS rencontrée et je ne lui ai JAMAIS écrit non plus. Je ne la tague JAMAIS dans les articles que je publie 

Le petit carnet assorti de son crayon (que l’on ne doit pas égarer – sourire encore -) seraient donc les alliés essentiels de mensonges en kyrielles que l’on commet lorsque l’on converse avec une amante éloignée avec qui on entreprendrait une relation épistolaire entre deux rencontres. On peut le consulter à loisir. L’idéal serait finalement un carnet répertoire qui permettrait d’aller très rapidement trouver les indices propices à une argumentation intelligente. 

Mais le problème survient toutefois lorsque l’on est au téléphone et que l’on ne sait plus où l’on a mis ce petit élément salvateur que l’on aurait pu consulter a son gré dans une autre circonstance… 

Que dire alors d’une conversation de visu avec une maîtresse en cours que l’on rencontre par hasard à la sortie d’un hôtel et que l’on n’a manifestement pas l’inélégante opportunité de sortir ses notes ! 

Après réflexion, je n’ai finalement pas de solution magique qui pourrait aider le menteur d’intelligence moyenne ou bien encore celui chez qui Alzheimer a commencé à faire quelques dégâts irréparables. On pourrait cependant lui conseiller de remplacer ce carnet par un agenda électronique (pas le top lorsqu’on téléphone avec son portable…). Verser une bonne dose de bromure dans le jus de fruit du petit déjeuner afin de calmer les ardeurs « altruistes » de ce menteur professionnel serait peut-être indiqué si tant est que cet individu partage encore notre vie… 

Existe-t-il un remède en face de tous ces mensonges éhontés ? Il n’y en a guère. Le plus important serait en revanche d’essayer de repérer ce genre d’individus le plus rapidement possible et de s’en défaire aussi vite. Pas toujours évident ! 

Ces sites que l’on dits « sociaux » sont le reflet de notre société faite de bons  et de masques. Le « bon » se livre tel quel en toute spontanéité, et le « masque » arbore en permanence un esprit facétieux. Le  contact  dit « masqué » s’élabore très souvent une personnalité brillante, s’invente le personnage qu’il aimerait être. Il se veut artiste talentueux à l’âme généreuse par exemple ou se vente de participer activement à moult causes humanitaires. Il flaire, repère les failles des proies possibles attirées par le brio et l’humanisme qu’il arbore à bout de bras et s’y engouffre petit à petit, insidieusement… 

Dans cette jungle Internet, le faible est celui qui pensait  que tout le monde se montrait à son image sincère en toutes circonstances. Les réveils sont en l’occurrence toujours douloureux… 

Je serais donc tentée d’affirmer qu’il est préférable de tomber sur le menteur peu intelligent que sur un artiste du genre doté d’un Q. I. hors dimensionné. Si tel a été votre cas, il se peut que vous ayez vécu une expérience qui vous ait aidée à mûrir et à vous affranchir d’un monde vernissé et tentateur. Mais attention : gare aux rechutes possibles ! C’est comme un régime que l’on s’est promis d’entreprendre, il se doit d’être assorti de règles strictes et indéfectibles car on aurait tendance à replonger facilement dans la crédulité. 

Autre précision : cette réflexion spontanée a été écrite au genre masculin. On pourrait tout aussi bien la transposer au féminin. Cet exercice de style salutaire viserait par la même occasion à se préserver de « pseudo amies » tout aussi flatteuses et habiles à vous tromper et qui auraient fait du masque leur panoplie mensongère et assassine. Quelque ex de votre ex par exemple… 

À vos marques et bas les masques. Il est toujours temps ! 

[…] 

 

 Extrait du roman Mythomania sur le Net à paraître en 2013

© Monique-Marie Ihry 

 

Petite farce gratuite à l’encontre des hommes

Posté : 25 février, 2009 @ 11:57 dans Extraits de romans déjà parus, Réflexions diverses | 2 commentaires »

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[...]

Où sont les hommes, les vrais, les durs, les braves non tatoués ? lol

Où est l’Homme qui saura me protéger et m’aider à traverser cette mauvaise passe de solitude submergée par de récurrentes mélancolies ?Un chanteur connu à la voix bizarrement féminine… s’évertuait à essayer de chanter il y a quelques années un  » Où sont les femmes « … Je transpose ce questionnement dans sa version contraire et je me retrouve en mon for intérieur à jamais féminin à me demander encore et encore : mais où sont donc ces Hommes …

Il faut tout d’abord reconnaître volontiers que les femmes ont évolué outre mesure. Il est vrai que l’on nous a enfin octroyé à regret cette capacité d’analyser, de comprendre et de comparer… Ce qui nous conduit entre autre et d’emblée désormais à refuser les affronts, les maladresses inconsciemment et toujours intentionnelles, les manquements à l’obligation de délicatesse, les manques d’attention en tout genre… et surtout la connerie !!!!!

Nul doute que l’on se soit évertué au cours des siècles précédents à nous refuser l’accès à la connaissance pour une raison bien précise. Maintenant, c’est trop tard !!! lol L’apprentissage de la lecture nous a fait découvrir un monde très ouvert auquel nous n’aurions pas dû avoir accès. L’écriture nous libère du mutisme dans lequel notre éducation nous a murées précédemment, et nous osons alors exprimer notre besoin vital d’égalité et d’accès à l’amour aimable (ce qui est en soi un comble dans un monde régi soi-dit en passant par la loi de l’homme depuis tant de siècle…).

Sur cette dernière pensée malgré tout très encourageante, je retourne de ce pas sur un site de rencontres bien connu afin de voir si celui que je viens de jeter s’accroche toujours… (sourire)

 

 [...]

©  Monique-Marie Ihry
Extrait du roman  » Mythomania sur le Net  » 


 

 

 

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