Dans le Jardin des mots

Poésie et prose, prose et poésie, au gré des mots, au fil du temps…

Archive pour la catégorie 'Récits'

Même les monstres savent aimer…

Posté : 26 avril, 2017 @ 4:21 dans Récits | Pas de commentaires »

Préface du récit :  » Même les monstres savent aimer «   (à paraître en 2017)

 

   « Objets inanimés, avez-vous donc une âme? »

 

Harmonies poétiques et religieuses, Livre III, Extrait de « Harmonie I, Milly ou la terre natale », Alphonse de Lamartine, 1830

 

Préface

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? ». Les plantes ne rentrent évidemment pas dans la catégorie des choses. Elles sont, comment dirais-je ? Autre chose… Par conséquent, se poser la question de savoir si elles ont réellement une âme devient tout à fait inutile. Et pourtant…

Je faisais mes adieux à la vie, cette vie qui m’avait été octroyée par ma mère, malgré elle. J’avais été meurtrie tant de fois au plus profond de mon cœur par la fange de ses outrages, les coups, ses reproches, son mépris, mais je partais cependant sereine, l’âme empreinte de douce poésie.

Comme beaucoup de vieilles femmes inutiles ayant sévi tout au long de leur vie en tant que mères abusives, la mienne avait fini par rendre enfin son âme. La question était de savoir qui viendrait l’accueillir dans les hautes sphères du vaste inconnu de l’au-delà. Quoiqu’il en soit, une fois rongée par les vers, elle n’aurait plus guère l’occasion de nuire à qui que ce soit… Je la savais cependant capable de tout, et pour cause.

Je m’en allais subir le même sort. Je partais cependant le cœur riche de tant d’amour, celui que je m’étais évertuée à semer autour de moi sur  les allées jonchées de feuilles mortes, sur les sentiers endurcis par le givre implacable de l’hiver, noyée dans l’aridité du désert de la peine, rompue à cette douleur qui n’a plus de larmes pour en avoir trop déversées, épanchant quotidiennement ma détresse sur les sillons profonds et stériles de lignes sans appel…

Il était temps pour moi de faire mes adieux aux verts prés condamnés de l’innocence, à ces jardins flétris par la mélancolie d’un automne, aux plaintes glacées de l’hiver. Au cours des ans, j’avais eu l’occasion de côtoyer de façon assidue − voire éphémère − des spécimens plutôt spéciaux de la gent féminine dont l’attitude aurait dû forger mon caractère et me rendre plus forte. Il n’en était rien. Lorsque la bonté fait partie de vous, l’on comprend difficilement pourquoi certains s’évertuent à vous gâcher l’existence. De plus, il peut arriver que l’on développe en soi une sensibilité excessive qui accentue davantage la douleur… Les peines de la vie s’effacent rarement, elles laissent en vous des cicatrices aussi tenaces qu’irréversibles.

J’avais donné quant à moi de l’amour à mon entourage autant que faire se peut, parfois maladroitement, souvent avec bonheur. On m’avait offert en retour des sourires, baume souverain au printemps de vains espoirs. Je partais guidée par la main de l’ange, portée par les ailes de l’oiseau bleu vers d’autres rivages baignés de lumière.

Je m’en allais cœur apaisé par la magie du pardon, bercée d’une rime légère, bénie par le chant mélodieux que la mer offre au soir et versée de sereine poésie, ce cadeau si précieux offert par la vie dès mon plus jeune âge, malgré les rigueurs d’un sein maternel abreuvé à la source sacralisée de l’aigreur.

 

© Monique-Marie Ihry    – 26 avril 2017 -

Plante verte ou non plante verte ? telle était la question (extrait)

Posté : 25 février, 2015 @ 3:06 dans Récits | 2 commentaires »

plante verte

Alphonse de Lamartine avait écrit « Objets inanimé, avez-vous donc une âme[1] ? ». Les plantes ne rentrant pas dans cette catégorie, la question de savoir si les plantes vertes avaient réellement une âme devenait par conséquent tout à fait surfaite. Et pourtant…

Je faisais mes adieux à la vie, cette vie qui m’avait été octroyée par ma mère, malgré elle. J’avais avait été meurtrie tant de fois au plus profond de mon âme par la fange des outrages, des coups, ses reproches, son mépris, mais je partais sereine, l’âme empreinte de douce poésie.

Mère n’était plus, par les vers sans doute rongée. Je m’en allais subir le même sort, l’âme cependant infiniment riche de tant d’amour, celui que je m’étais évertuée à semer autour de moi sur les allées jonchées de feuilles mortes, sur les sentiers endurcis par le givre implacable de l’hiver, noyée dans l’aridité du désert de la peine, celle qui n’a plus de larmes pour en avoir trop déversées sur les rives d’un cahier ridé au tracé lourd de la plainte, brisé au crissement du crayon épanchant sa détresse sur les sillons profonds et stériles de lignes sans appel…

J’avais semé l’amour dans mon entourage autant que faire se peut, parfois maladroitement, parfois avec bonheur. On m’avait offert en retour des sourires, baume souverain au printemps de vains espoirs, et je m’en allais guidée par la main de l’ange, portée par les ailes de l’oiseau bleu vers d’autres rivages baignés de lumière.

Il était temps pour moi de faire mes adieux aux verts prés condamnés de l’innocence, à ces jardins flétris par la mélancolie d’un automne, aux plaintes glacées de l’hiver. Je m’en allais le cœur apaisé par la magie du pardon, bercée d’une rime légère, bénie par le chant mélodieux que la mer offre au soir et versée de sereine poésie, ce cadeau si précieux offert par la vie dès mon plus jeune âge, malgré les rigueurs d’un sein maternel abreuvé à la source sacralisée de l’aigreur.

[...]

© Monique-Marie IHRY

Extrait du récit intitulé :   » Plante verte ou non plante verte ? telle était la question », à paraître


[1] Harmonies poétiques et religieuses, Livre III, Extrait de « Harmonie I, Milly ou la terre natale », Alphonse de Lamartine, 1830.

 

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