Dans le Jardin des mots

Archive pour la catégorie 'Poemas en español'

Extrait n° XXIX de « Inquiétudes sentimentales » (1917) de la poète Chilienne Teresa Wilms Montt traduit en français par Monique-Marie Ihry

Posté : 8 août, 2020 @ 2:23 dans Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français, Traduction | Pas de commentaires »

teresa coudes tete de cote

 

     Extrait n° XXIX du recueil de prose poétique « Inquiétudes sentimentales » de la poète Chilienne Teresa Wilms Montt (1893-1921) paru en 1917 sous le pseudonyme Thérèse Wilms dans lequel elle évoque la profonde douleur liée à la séparation. Un tribunal familial arbitraire l’avait enfermée dans un couvent dont elle réussit à s’échapper après de longs mois de réclusion, et lui avait par ailleurs retiré définitivement la garde de ses deux petites filles. Cette profonde douleur la hanta jusqu’à la fin de sa courte vie. Elle put les revoir brièvement par la suite lors d’un voyage à Paris après longues 5 années de séparation, mais elles repartirent toutes les deux avec leurs grands-parents au Chili, la laissant seule et désespérée au bord d’un gouffre sans fond dans lequel elle se précipita peu de temps après, à l’approche des fêtes de Noël.

     La poésie de Teresa Wilms Montt ne peut nous laisser indifférents. L’émotion est intense. Ce recueil intimiste bilingue paru aux Éditions Cap de l’Étang traduit en français et préfacé par la poète Monique-Marie Ihry nous donne l’occasion de découvrir une poète au verbe délicat, sensible à la douleur des siens, ainsi que celles liées aux injustices, ayant également côtoyé et dénoncé dans des articles de journaux la misère régissant une société inégalitaire dans la seconde décennie du XX° siècle latino-américain. Teresa Wilms Montt : une femme acquise aux causes nécessaires, dont le féminisme.

 

XXIX

 

   J’ouvre le rideau du passé et je me souviens… Elle est malade ; elle a de la fièvre et délire.

   Sa petite main brûlante abandonnée sur la mienne a le doux abandon d’un oiseau dans son nid.

   Le petit corps endolori tremble comme une feuille au vent.

   Elle ne désire rien. Ses yeux bleus, comme deux miracles du ciel, regardent dans le vague, dans l’oubli du monde extérieur ; ils sont peut-être dans le lit des zéphyrs où ils virent le jour.

   J’ai déployé sur son petit lit toute ma tendresse, qui l’a enveloppée avec la douceur d’un sanglot.

   Maintenant, elle me regarde et son regard de rêve a la clarté céleste de l’émotion.

   Ces yeux puissants élèvent mon âme, depuis l’abîme de leur amertume jusqu’à l’orée de la vie ; de cette vie dont je ne veux, de cette vie que je méprise.

   « Je suis là, me disent-ils, vis pour moi ».

   Je n’ai pas écouté ce sublime appel et j’ai perdu pour toujours ces yeux apaisant mon âme, comme le pansement atténue la douleur de la plaie.

   La vie s’écoule, ma vie tronquée de pantin mendiant d’amour ; et elle, la divine créature, arrachée à mes bras par la griffe féroce du destin, ignore ma douleur.

   Elle aussi souffre sans le savoir, parce que le deuil fait du plus grand amour une ombre invisible et glacée dans son cœur.

   Deux mots, les plus grands qu’ait créés le langage, pourraient nous unir : mais personne ne les prononcera parce que l’indifférence a rendu les cœurs muets. Elle et moi, séparées par le monde et unies dans l’amour divin de l’âme, nous mourrons dans l’attente d’une miséricorde. 

XXIX

   Descorro la cortina del pasado y recuerdo…. Está enferma; está con fiebre y delira.

   Su manito ardiente, abandonada sobre la mía, tiene la dulce confianza de un pájaro en su nido.

   El cuerpecito dolorido sufre los temblores de una hoja al viento.

   Nada quiere. Sus ojos azules, como dos milagros del cielo, miran lejos, olvidados del mundo exterior; están tal vez en el lecho de los zafiros, lugar donde nacieron.

   He desparramado sobre su camita, todas mis ternuras, que la han cubierto con una tibieza de sollozo.

   Ahora me mira, y su mirada de ensueño tiene la claridad celeste de la emoción.

   Esos ojos poderosos elevan mi alma, desde el fondo de su amargura a la superficie de la vida; de la vida que no quiero, de la vida que desprecio.

   « Aquí estoy, me dicen; vive para mí ».

   No escuché esa sublime exhortación, y perdí para siempre esos ojos que suavizaban mi alma, como el vendaje amortigua el ardor de la llaga.

   Pasa la vida, mi vida trunca de fantoche pordiosero de amor; y ella, la criatura divina, arrancada de mis brazos por la garra feroz del destino, ignora mi dolor.

   Ella también sufre sin saberlo, porque el duelo hace del más grande amor una sombra invisible y helada en su corazón.

   Dos palabras, las más enormes que ha creado el lenguaje, podrían unirnos; pero nadie las pronunciará porque la indiferencia ha enmudecido los corazones. Ella y yo, separadas por el mundo y unidas por el sublime amor del alma, moriremos aguardando piedad.

 

 

* Monique-Marie Ihry est lauréate 2019 du Grand Prix de traduction François-Victor Hugo de la Société des Poètes Français dont elle fait partie pour sa traduction de ” Langueur ” de la poète Argentine Alfonsina STORNI.

 

 

COUVERTURE INQUIETUDES SENTIMENTALES 1ere 23 juillet TERESA W M

 » Il se pourrait… / Bien pudiera ser… « , poème de la poète féministe Alfonsina STORNI (1919)

Posté : 8 mars, 2020 @ 10:18 dans féminisme, Poemas en español, Poèmes en français, Traduction | Pas de commentaires »

Adieu  48 56 cm mm ihry

8 mars, en cet unique jour annuel consacré au respect du droit des femmes en tant qu’être humain à part entière, je vous propose ce poème que j’ai traduit en français dans un ouvrage à paraître, poème de la poète féministe Argentine Alfonsina STORNI issu de son recueil « Irrémédiablement » paru en 1919. Le thème ? la condition féminine dans une société régie depuis toujours par le patriarcat.

 

IL SE POURRAIT… 

 

Il se pourrait que tout ce dont j’ai hérité

Ne soit rien d’autre que ce qui n’a jamais pu exister,

Ne soit rien d’autre que quelque chose d’interdit et de réprimé

De famille en famille, de femme en femme.

 

On dit que dans ma famille, mesuré

Était tout ce qui devait être fait…

On dit que les femmes du côté maternel

Ont été silencieuses… Ah, il se pourrait que cela soit vrai…

 

Il est arrivé à ma mère d’avoir le caprice

De vouloir se libérer, mais une profonde amertume

Montait dans son regard et, dans l’ombre, elle pleurait.

 

Et tout ce qui la blessait, la contraignait, la mutilait,

Tout ce qui, dans son âme enfermé se trouvait,

Je pense, sans le vouloir, l’avoir libéré.

 

BIEN PUDIERA SER…

 

Pudiera ser que todo lo que aquí he recogido

No fuera más que aquello que nunca pudo ser,

No fuera más que algo vedado y reprimido

De familia en familia, de mujer en mujer.

 

Dicen que en los solares de mi gente, medido

Estaba todo aquello que se debía hacer…

Dicen que silenciosas las mujeres han sido

De mi casa materna… Ah, bien pudiera ser…

 

A veces en mi madre apuntaron antojos

De liberarse, pero, se le subió a los ojos

Una honda amargura, y en la sombra lloró.

 

Y todo eso mordiente, vencido, mutilado,

Todo eso que se hallaba en su alma encerrado,

Pienso que sin quererlo lo he libertado yo.

 

*  *  *  *  *  *  *

(Toile de l’auteure intitulée « Adieu » huile sur toile 55 x 46 cm / Óleo sobre tela )

TÚ ME QUIERES BLANCA / TU ME DÉSIRES IMMACULÉE

Posté : 25 février, 2020 @ 4:44 dans féminisme, Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français, Traduction | Pas de commentaires »

alfonsina collier gris

Voici un extrait d’un recueil à paraître prochainement. Il s’agit ici du poème « TÚ ME QUIERES BLANCA / TU ME DÉSIRES IMMACULÉE » de la poète argentine Alfonsina STORNI, extrait de l’ouvrage  » Le doux mal  » publié en 1918. C’est un poème très connu mettant en avant une revendication féministe bien légitime.

TÚ ME QUIERES BLANCA / TU ME DÉSIRES IMMACULÉ

 

Alfonsina STORNI, Le doux mal (1918), traduction de Monique-Marie IHRY

(Extrait du recueil de poésie El dulce daňo/ Le doux mal à paraître courant mars 2020 aux Éditions Cap de l’Étang dans une collection bilingue)

 

TU ME DÉSIRES IMMACULÉE

 

 

Tu me désires telle l’aube,

Tu me désires d’écumes,

Tu me désires de nacre.

Tu veux que je sois un lys

Et surtout, chaste.

Avec un parfum délicat,

Une corolle close.

 

Qu’aucun rayon de lune

Ne m’ait caressée.

Qu’aucune marguerite

Ne se dise mon égale.

Tu me désires comme la neige,

Tu me désires immaculée,

Tu me désires comme l’aube.

 

Toi qui as eu tous

Les calices à portée de main,

Les lèvres violettes

De fruits et de miels.

Toi qui, au festin,

Étais couvert de feuilles de vigne,

Tu as compromis ton corps

En festoyant avec Bacchus.

Toi qui dans les jardins

Noirs du Mensonge,

Vêtu de rouge,

Tu t’es précipité vers ta Ruine.

Toi dont le corps

Reste intact

Par je ne sais encore

Quel miracle,

Tu me veux immaculée

(Que Dieu te le pardonne)

Tu me veux chaste

(Que Dieu te le pardonne)

Tu me veux comme l’aube !

 

Enfuis-toi vers les bois ;

Pars à la montagne ;

Lave-toi la bouche ;

Vis dans des cabanes ;

Touche avec tes mains

La terre mouillée ;

Alimente ton corps

Avec la racine amère ;

Bois l’eau des roches ;

Dors sur le givre ;

Lave tes vêtements

Avec du salpêtre et de l’eau :

Parle aux oiseaux

Et lève-toi à l’aube.

 

Et quand tes chairs

Seront revenues normales,

Et quand tu auras penché

Sur elles ton âme

Qui, dans les alcôves

S’est retrouvée enchevêtrée,

Alors, bonhomme,

Tu pourras exiger que je sois immaculée,

Tu pourras exiger que je sois comme la neige,

Tu pourras exiger que je sois chaste.

 

*  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *

 

TÚ ME QUIERES BLANCA

 

Tú me quieres alba,

Me quieres de espumas,

Me quieres de nácar.

Que sea azucena

Sobre todas, casta.

De perfume tenue.

Corola cerrada.

 

Ni un rayo de luna

Filtrado me haya.

Ni una margarita

Se diga mi hermana.

Tú me quieres nívea,

Tú me quieres blanca,

Tú me quieres alba.

 

Tú que hubiste todas

Las copas a mano,

De frutos y mieles

Los labios morados.

Tú que en el banquete

Cubierto de pámpanos

Dejaste las carnes

Festejando a Baco.

Tú que en los jardines

Negros del Engaño

Vestido de rojo

Corriste al Estrago.

Tú que el esqueleto

Conservas intacto

No sé todavía

Por cuáles milagros,

Me pretendes blanca

(Dios te lo perdone)

Me pretendes casta

(Dios te lo perdone)

Me pretendes alba!

 

Huye hacia los bosques;

Vete a la montaña;

Límpiate la boca;

Vive en las cabañas;

Toca con las manos

La tierra mojada;

Alimenta el cuerpo

Con raíz amarga;

Bebe de las rocas;

Duerme sobre escarcha;

Renueva tejidos

Con salitre y agua;

Habla con los pájaros

Y lévate al alba.

 

Y cuando las carnes

Te sean tornadas,

Y cuando hayas puesto

En ellas el alma

Que por las alcobas

Se quedó enredada,

Entonces, buen hombre,

Preténdeme blanca,

Preténdeme nívea,

Preténdeme casta.

 

 

Cuando tú ya no estés / Lorsque tu ne seras plus (ANFORA NOVA)

Posté : 20 janvier, 2020 @ 7:35 dans Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Florero primaveral M.M. IHRY 65 81

Florero primaveral -Oleo sobre lino 81 x 65 cm-

Cuando tú ya no estés

 

Hace algunos meses apenas, yo osaba abrigar este pensamiento:

«Cuando tú ya no estés, los árboles del parque continuarán creciendo y nuestras rosas perfumarán aún los senderos del jardín. Yo me encontraré a veces llorando en la sala oscura de un cine, pensando en los proyectos queridos que no tuvimos tiempo de realizar ayer, en estas obras que ya no podremos admirar juntos, en nuestros niños que verán el día bajo la luz febril de mi alegría recuperada.

Cuando tú ya no estés, los árboles del parque sin embargo terminarán muriendo en noviembre, el otoño se revestirá de ámbar y de crepúsculo, y el manto del invierno enterrará el vestido blanco de rosas de la aurora.

Un día, paralizada de cansancio, abandonaré la página infinita de mi soledad y partiré para encontrarme contigo en una bella mañana de luna, cuando el horizonte congelado por el hielo alcance el cielo, un día de invierno cuando las farolas de nuestra calle ya no puedan iluminar mi memoria dolorida, un día donde, como los árboles de nuestro parque, yo haya dejado de creer que, en la oscuridad del recuerdo, aún me es posible intentar sobrevivir sin ti».

Llegó para mí el momento de dejar el otoño de mi vida para quedarme en el infinito de tu corazón…

 

©  Monique-Marie IHRY, poetisa francesa

 

“Cuando tú ya no estés”, una oda al amor y a la naturaleza, cuando el otoño del alma nos ofrece el misterio de su belleza magistral, cuando el pincel de un pintor, ávido de belleza, percibe en la armonía de un reflejo aterciopelado el misterio divino ante el cual se resigna…

para la revista literaria Ánfora Nova y la celebración de sus treinta años.

(poema traducido al espaňol por la poeta y critica literaria Ana Herrera)

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Lorsque tu ne seras plus

Il y a quelques mois à peine, j’osais caresser cette pensée :

« Lorsque tu ne seras plus, les arbres du parc continueront à croître et nos roses embaumeront encore les allées du jardin. Je me retrouverai parfois à pleurer dans la salle obscure d’un cinéma, songeant aux projets chers que nous n’avons pas eu le temps de réaliser hier, à ces œuvres que nous ne pourrons plus admirer ensemble, à nos petits enfants qui verront le jour sous la lueur fébrile de ma joie recouvrée.

Lorsque tu ne seras plus, les arbres du parc finiront cependant par mourir en novembre, l’automne se revêtira d’ambre et de crépuscule, et le linceul de l’hiver ensevelira la robe blanche des roses de l’aurore.

Un jour, paralysée de lassitude, j’abandonnerai la page infinie de ma solitude et partirai te rejoindre par un beau matin de lune, quand l’horizon par la glace figé rejoint le ciel, un jour d’hiver où les réverbères de notre rue ne parviendront plus à éclairer ma mémoire endolorie, un jour où, tout comme les arbres de notre parc, j’aurai cessé de croire que, dans l’obscur du souvenir, il m’est encore possible de tenter de survivre sans toi ».

Le temps est venu pour moi de quitter l’automne de ma vie pour rejoindre l’infini de ton cœur…

 

© Monique-Marie Ihry

Ce poème fait partie du recueil de poésie « La dernière pavane » traduit en espagnol par Ana Herrera

La version espagnole se trouve dans la revue  » Literatura y compromiso  » éditée par l’éditeur ÁNFORA NOVA dirigée par José María Molina Caballero pour la célébration de ses trente ans d’existence. Une cérémonie en cet honneur a eu lieu le 18 janvier 2020 à la Chambre des députés de Courdoue en Espagne (Palacio de la Merced) où j’ai été conviée pour l’occasion.

 

(more…)

La dernière pavane / El último baile

Posté : 19 novembre, 2019 @ 4:55 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poemas en español, Poèmes en français, Prose poétique | Pas de commentaires »

La dernière pavane

 

La valse des jours exécutait son ballet ultime, comme les feuilles des platanes dansant une dernière pavane sur les allées glissantes du grand parc de novembre. Les branches étiraient leurs membres frileux dans la brume installée.

Les écureuils avaient déserté les branches. Les oiseaux se terraient, cachés sous une rare feuille opportune attendant le vain évènement d’une aurore, et les jours sans amour dans leur costume funèbre défilaient ensemble avec lenteur, comme des nuages en procession dans le cortège des ténèbres d’un cœur à l’abandon.

 

(Poème extrait du recueil de prose poétique du même nom traduit à la suite en espagnol par Ana Herrera)

 

 COUVERTURE 1ere LA DERNIERE PAVANE

El último baile  

 

El vals de los días ejecutaba su último ballet, como las hojas de los plataneros danzaban un último baile en los caminos resbaladizos del gran parque de noviembre. Las ramas estiraban sus miembros friolentos en la bruma emergente instalada.

Las ardillas habían abandonado las ramas. Los pájaros se escondían, ocultos bajo una extraña hoja oportuna, esperando el vano acontecimiento de una aurora, y los días sin amor, en su traje fúnebre, desfilaban juntos con lentitud, como las nubes en procesión en el cortejo de las tinieblas de un corazón abandonado.

 

* * * * * * *

 

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« Ma sœur », poème d’Alfonsina Storni traduit en français par Monique-Marie Ihry

Posté : 23 octobre, 2019 @ 6:59 dans Poemas en español, Poèmes en français | Pas de commentaires »

COUVERTURE LANGUEUR PRIX

MA SŒUR  

 

Il est dix heures du soir ; dans la chambre obscure

Ma sœur est endormie, ses mains sur la poitrine ;

Son visage est très pâle et sa couche très blanche.

Comme si elle le comprenait, la lumière n’éclaire presque pas.

 

Elle s’enfonce dans le lit comme le font les fruits

Roses, dans un profond matelas d’herbe tendre.

L’air entre dans sa poitrine et la soulève chastement

Avec un rythme mesurant les minutes éphémères.

 

Je la borde doucement avec les couvertures banches

Et je protège du vent ses deux mains divines ;

Sur la pointe des pieds je ferme toutes les portes,

J’entrebâille les volets et tire les rideaux.

 

Il y a beaucoup de bruit dehors, tant de bruit étouffe.

Les hommes se querellent, les femmes murmurent,

Montent des paroles de haine, les cris de marchands :

Vous les voix, arrêtez-vous. Ne venez pas jusqu’à son nid.

 

Ma sœur, tel un ver habile, est en train de tisser

Son cocon de soie : son cocon est un rêve.

Avec un fil d’or elle tisse le flocon soyeux :

Sa vie est un printemps. Moi, je suis déjà l’été.

 

Elle n’a que quinze automnes derrière elle,

Et c’est pour cela que ses yeux sont aussi limpides et clairs ;

Elle croit que les cigognes descendent depuis des pays étranges,

Avec des enfants blonds aux petits pieds rouges.

 

Qui désire entrer maintenant ? Oh, c’est toi le bon vent ?

Tu veux la regarder ? Entre. Mais avant, sur mon front

Réchauffe-toi un instant ; ne vas pas tout à coup

Refroidir le doux rêve que je devine sur le sien.

 

Comme toi, ils aimeraient bien entrer et se mettre

À regarder cette blancheur, ces joues pimpantes,

Ces petites oreilles, ces traits fins.

Tu les verrais, toi le vent, pleurer et se mettre à genoux.

 

Ah, si vous l’aimez un jour, soyez bons, parce qu’elle fuit

La lumière qui la blesse. Mesurez vos paroles.

Et vos intentions. Son âme se modèle comme la cire,

Mais comme la cire un frôlement la détruit.

 

Faites comme cette étoile qui, la nuit, la regarde

En filtrant son regard à travers un voile cristallin :

Cette étoile lui effleure les cils et tourne,

Pour ne pas la réveiller, silencieusement dans le ciel.

 

Volez, s’il vous est possible, dans son verger enneigé :

Pitié pour son âme ! Elle est immaculée.

Pitié pour son âme ! Moi je sais tout, il est vrai.

Mais elle, elle est comme le ciel : elle ne sait rien.

 

Alfonsina STORNI

Traduction en français de Monique-Marie Ihry

Extrait du recueil de poésie de la poète argentine Alfonsina Storni Langueur/ Languidez paru en 1920, ouvrage ayant remporté le 2ème prix de National de Littérature en Argentine.

En vente sur amazon.fr

 

* * * * * * *

 

MI HERMANA

 

Son las diez de la noche; en el cuarto en penumbra
Mi hermana está dormida, las manos sobre el pecho;
Es muy blanca su cara y es muy blanco su lecho.
Como si comprendiera la luz casi no alumbra.

En el lecho se hunde a modo de los frutos
Rosados, en el hondo colchón de suave pasto.
Entra el aire a su pecho y levántalo casto
Con su ritmo midiendo los fugaces minutos.

La arropo dulcemente con las blancas cubiertas 
Y protejo del aire sus dos manos divinas;
Caminando en puntillas cierro todas las puertas,
Entorno los postigos y corro las cortinas.

Hay mucho ruido afuera, ahoga tanto ruido.
Los hombres se querellan, murmuran las mujeres,
Suben palabras de odio, gritos de mercaderes:
Oh, voces, deteneos. No entréis hasta su nido.

Mi hermana está tejiendo como un hábil gusano
Su capullo de seda: su capullo es un sueño.
Ella con hilo de oro teje el copo sedeño:
Primavera es su vida. Yo ya soy el verano.

Cuenta sólo con quince octubres en los ojos,
Y por eso los ojos son tan limpios y claros;
Cree que las cigüeñas, desde países raros,
Bajan con rubios niños de piececitos rojos.

¿Quién quiere entrar ahora? Oh ¿eres tú, buen viento?
¿Quieres mirarla? Pasa. Pero antes, en mi frente
Entíbiate un instante; no vayas de repente
A enfriar el manso sueño que en la suya presiento.

Como tú, bien quiseran entrar ellos y estarse
Mirando esa blancura, esas pulcras mejillas,
Esas finas ojeras, esas líneas sencillas.
Tú los verías, viento, llorar y arrodillarse.

Ah, si la amáis un día sed buenos, porque huye
De la luz si la hiere. Cuidad vuestra palabra.
Y la intención. Su alma, como cera se labra,
Pero como a la cera el roce la destruye.

Haced como esa estrella que de noche la mira
Filtrando el ojo por un cristalino velo:
Esa estrella le roza las pestañas y gira,
Para no despertarla, silenciosa en el cielo.

Volad si os es posible por su nevado huerto:
¡Piedad para su alma! Ella es inmaculada.
¡Piedad para su alma! Yo lo sé todo, es cierto.
Pero ella es como el cielo: ella no sabe nada.

Alfonsina Storni (“Languidez”)

Roses sans épines / Rosas sin espinas

Posté : 15 juin, 2019 @ 8:08 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poemas en español, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Roses sans épines

Elle voulait seulement atteindre ce balcon de l’univers

où l’air revêt l’arôme des roses sans épines.

On lui a dit que la porte était fermée.

Elle a gravi une à une les marches,

son reflet affiché dans le miroir de toutes ses lunes.

Fort heureusement elle avait une clef

magique oxydant tous les mensonges.

 

LORSQUE POINT L AURORE ANA

 

 

Rosas sin espinas

 

Solo quería llegar a ese balcón del universo

donde el aire huele a rosas sin espinas.

Le dijeron que la puerta estaba cerrada.

Subió los peldaños de uno en uno,

retratada en el espejo de todas sus lunas.

Afortunadamente llevaba una llave

de ilusiones que oxidaba todas las mentiras.

 

© Ana HERRERA, extrait du recueil de poésie « Les oiseaux de neige / Pájaros de nieve« , traduction en français de Monique-Marie IHRY, Collection Bilingue n° 3, Cap de L’étang Editions, 2019

Les illustrations sont de Monique-Marie IHRY.

 

COUVERTURE 1ère LES OISEAUX DE NEIGE

Tatoue-moi / Márcame, poème d’Ana HERRERA traduit en français par Monique-Marie IHRY

Posté : 9 juin, 2019 @ 10:51 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

carnet secret 1

Tatoue-moi     

 

Tatoue-moi ton absence avec des semences d’amour

dans le délire désert de mon univers,

sur les feuilles qui tremblent au vent

tout près de ma porte,

sur les années que dessine le temps

sur ma nudité,

sur ma nudité mise à nu pour toujours.

Sur l’image de tes mains oubliées

près de mon chevet,

sur le visage gris de l’aube intolérante.

Tatoue-moi ton absence

dans l’éclat permanent de mon désir

projeté entre mes jambes,

dans chaque cellule oxygénée par mon corps,

pour que je ne puisse jamais,

jamais plus, au cours des siècles à venir,

me dégager de l’aura de ton regard.

 

                    * * * 

Márcame

 

Márcame tu ausencia con semillas de amor

en el delirio hueco de mis aires,

en las hojas que tiemblan con el viento

muy cerca de mi puerta,

en los años que el tiempo balancea

en mi desnudez,

en mi desnudez desnuda para siempre.

En el matiz de tus manos olvidadas

junto a la cabecera de mi cama,

en el semblante gris de la mañana intolerante.

Márcame tu ausencia

en el fulgor intacto del deseo

que se extiende entre mis piernas,

en cada célula que mi cuerpo oxigena,

para que no pueda nunca,

nunca jamás, en el tropel de los siglos, 

desprenderme del aura en tu mirada.

 

(- Poème extrait du recueil illustré d’Ana HERRERA Les oiseaux de neige / Pájaros de nieve, traduit en français par Monique-Marie IHRY, Collection Bilingue n° 3, Cap de l’Étang Editions 2019, en vente sur amazon.fr et amazon.es

- Les illustrations de ce recueil sont de Monique-Marie IHRY)

 

COUVERTURE 1ère LES OISEAUX DE NEIGE

 

CRITIQUE LITTÉRAIRE : « La dernière pavane » / « El útimo baile » par Ana Herrera

Posté : 28 mai, 2019 @ 10:53 dans Critique littéraire, Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Crítica literaria de La dernière pavane -El último baile-, de Monique-Marie IHRY

 

El clamor de la naturaleza en un tiempo de amor y muerte

 

“Nuestro amor fue, desgraciadamente, como una flor frágil y efímera en el verde prado de la inocencia”. La dernière pavane.

He tenido la suerte y el inmenso placer de traducir este hermoso libro escrito en lengua francesa, y en cada una de sus páginas he encontrado un universo de colores presente en sus palabras, en sus personificaciones, en sus bellas metáforas y comparaciones, en las sensaciones sinestésicas que nos ofrece la descripción de la naturaleza a través de sus estaciones temporales, en sus sentimientos y emociones, en la pasión que la autora pone al escribir.

Se abre este magnífico poemario en prosa poética, La dernière pavane -El último baile, de Monique-Marie Ihry, con un texto que lleva por título “Aniversario”. Un texto que celebra el nacimiento de un amor y al mismo tiempo llora la muerte de la persona amada. Momentos de felicidad y dolor simbolizados en la calle de una ciudad lorenesa, en un día de lluvia otoñal y al amparo de un paraguas.

Pregunta un dicho popular: ¿Qué pasa cuando se abrazan el amor y la muerte? Nos responde en este caso la voz poética: “Y cae la lluvia, lluvia incesante sobre mi corazón tan enamorado como antes…”.

El Canal del Midi, con sus plataneros y sus viñas, sus flamencos rosas, sus pintores y pescadores de caña, sus barcos silenciosos, sus dorados ramajes, hace honor a un otoño que despliega su belleza y perturba la mirada: “Es la dorada estación en la que la aurora se desviste, cuando el viento susurra al alba dentro de poco desnuda la canción de los amores y cae una hoja”.

El recuerdo de aquel amor de juventud queda unido para siempre al renacimiento de la primavera, mientras que el otoño con sus “arbustos tristes y desnudos” se convierte en la imagen de la ausencia: “El amor, los besos se han callado”. Pero queda ese parque y ese banco donde el yo poético encuentra consuelo: “Me dirijo hacia el parque, me siento en nuestro banco y saboreo estos últimos instantes serenos en tu feliz recuerdo, amor mío”.

Las rosas y las dalias, las hojas, los lirios, los crisantemos, los árboles, las ramas, los tilos, los álamos adormecidos, los pinos marítimos, el roble, las ardillas, los pájaros, el alba, el crepúsculo, los rayos de sol, las nubes, la luna, el mar, el campanario de la iglesia con su toque de muertos, el campo solitario, los caminos, los trigos, el cielo, el viento, la laguna, la bruma, la lluvia, el lodo, los dorados, el gris, el frío,  las lágrimas, los días, las almas, el corazón, los brazos, el baile, la lira, la flauta, el frío, la escarcha, el último suspiro, el último beso, septiembre y noviembre, la nostalgia y la melancolía, la pena, la esperanza y la desesperanza, la soledad, los recuerdos, los poemas, el libro, la contemplación de la belleza, la muerte y el amor…, se convierten en elementos imprescindibles en el juego poético de esta exquisita voz.

Y siempre cuenta, la poeta, un otoño más, un otoño que se lleva “ese tiempo orlado que se fue para siempre”. Los tópicos literarios del “Tempus fugit” y “Ubi sunt” se desgranan entre las líneas magistrales del poemario. Las estaciones pasan, corren, vuelan, pero sigue “la interminable noche en el vacío infinito de la ausencia”.

“Navegaban las aguas tranquilas del canal del Midi” y reluce la sonrisa del recuerdo en el sujeto poético: “Era un domingo contigo, mi amor”.

El broche de oro de estas páginas de luz lo pone un magnífico poema, “Cuando tú ya no estés”, donde la autora, en su pena, recorre los espacios que ya no pisarán juntos, para seguir cantando: “Un día, paralizada de cansancio, abandonaré la página infinita de mi soledad y partiré para encontrarme contigo en una bella mañana de luna”. La muerte, que desencadena la ausencia, se encargará de reunir a los amantes por siempre en una nueva primavera.

Es importante destacar asimismo la magnífica ilustración que Monique-Marie IRHY nos ofrece en la portada, fruto de su creación y de su brillante ingenio como ilustradora y pintora. Una ilustración interior, en blanco y negro, complementa de manera sublime su dominio de la palabra.

Naturaleza, amor y muerte fueron las luces que iluminaron el Romanticismo del XIX. Así lo expresaban poetas y escritores como Bécquer en sus “Rimas” y “Leyendas”, Espronceda en la “Canción del pirata” y el “Canto a Teresa”, el Duque de Rivas en “ Don Álvaro o la fuerza del sino”, Zorrilla y su inmortal “Tenorio”, Rosalía de Castro, Larra, …, citando a los de España, y otros como Rousseau, Madame de Stael,  Chateaubriand, Lamartine, Vigny, Nerval, Gautier, Victor Hugo, Musset, Dumas, Leopardi, Manzoni, Wordsworth, Coleridge, Lord Byron, Shelley, Keats, Walter Scott, Goethe, Schiller, Hölderlin, Novalis, Heine, Blake, Oscar Wild,  Emily Brontë, Jane Austen, Allan Poe, Pushkin, Jorge Isaacs, Esteban Echeverría, José Mármol…,  grandes genios de la literatura del mundo. La literatura universal y atemporal está impregnada de romanticismo, recordemos sí no a Shakespeare, Hartzenbusch o Fernando de Rojas en la declaración sublime de Calisto a Melibea: “Melibeo soy, y a Melibea adoro, y en Melibea creo, y a Melibea amo”.

Naturaleza, amor y muerte impregnan también las páginas de este poemario que nos atrapa en su oscuridad y su esplendor. Mis más sinceras felicitaciones a la autora.

 

Ana Herrera

 COUVERTURE 1ere LA DERNIERE PAVANE

 

 

Dos palabras / Deux mots

Posté : 14 mai, 2019 @ 4:05 dans Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Hundirme en el refugio último del alma

para regresar a la luz de tu mirada,

para regresar a la cuna de tu amor,

y nacer como una flor

al alba de la primavera.

Oír, por fin tu voz suave

diciéndome que soy la Única.

Sentir el deseo sacudirme,

perderme de nuevo en el laberinto de tu deseo,

vibrar de la fiebre encendiendo mi febril corazón,

modelar el tiempo con el untuoso contacto de tu piel,

y,  culebrear tu cuerpo con besos de pluma,

y…

no despertarme nunca,

porque mi blanca cuna de noviazgo hecha bruma

ahora mismo es un lecho de hojas secas,

de rosas agonizantes y pesadillas,

y…  

que los días sin el calor de tu cuerpo de bronce

son lentos, tan lentos como un largo abismo

de dolor.

 

Quiero renacer como la amapola de la primavera

en el alba florida de tu corazón,

al oír esas dos únicas palabras:

 

“¡Te quiero!”

  

© Monique-Marie IHRY – el 10 de mayo de 2019 

ENCRE 29 (3)

Sombrer dans le refuge ultime de l’âme

pour recouvrer les feux de ton regard,

pour rejoindre le berceau de ton amour,

et renaître comme une fleur

à l’aube du printemps.

Percevoir enfin ta douce voix

me disant que je suis l’Unique.

Sentir le désir m’ébranler,

me perdre à nouveau dans le labyrinthe de ton désir,

vibrer de la fièvre animant mon fébrile cœur,

sculpter le temps en frôlant le velours de ta peau,

et, comme un serpent onduler sur ton corps

avec des baisers de plume,

et…

ne jamais ne réveiller,

parce que mon berceau de fiançailles nimbé de brume

n’est plus qu’un lit de feuilles sèches,

de roses à l’agonie et de cauchemars,

et…

que les jours sans la chaleur de ton corps de bronze

demeurent lents, aussi lents qu’un abîme infini

de douleur.

 

Je veux renaître comme le coquelicot du printemps

dans l’aube fleurie de ton cœur,

en entendant ces deux seuls mots :

 

« Je t’aime ! »

© Monique-Marie IHRY – 10 mai 2019 

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