Dans le Jardin des mots

Archive pour la catégorie 'Poèmes en français'

Un printemps assassin, pandémie

Posté : 23 novembre, 2020 @ 11:28 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, féminisme, poèmes d'amour, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

 COUVERTURE 1ere UN PRINTEMPS ASSASSIN

Un printemps assassin, pandémie

Monique-Marie IHRY, Recueil de poésie, Collection Plume d’ivoire n° 13, Cap de l’Étang Éditions, 2020

* * *

Ce recueil a été écrit entre le 17 mars et le 11 mai 2020 durant la première période de confinement, près d’une grande fenêtre ouvrant sur un monde en suspens…

Nous ne savions pas alors que nous serions peut-être confinés à nouveau et que la vie de nos enfants pouvait encore être menacée par un virus dont nous avions malgré nous fait la connaissance, mais que nous ne connaissions ‒ hélas ‒ pas assez pour nous débarrasser de la menace qu’il représentait.

Outre le fait de bouleverser nos habitudes, la pandémie est venue s’installer, imposant l’incertitude, l’inquiétude, le deuil pour tant d’autres.  Certains adoptèrent des comportements responsables en restant le plus possible chez eux, mais d’autres s’en moquèrent, sortant à outrance dans les rues, refusant de porter leur masque, imposant aux autres l’inconscience de leur égoïsme assassin.

Pendant ce temps, le printemps affichait l’ineffable de sa beauté, la mer occitane continuait ses allées et venues sous un ciel sans nuages, et la poète redoublant d’inspiration épanchait ces vers sur un cahier déjà bien rempli d’émotions, de rêves et d’espérance entremêlés.

Ier novembre

Posté : 1 novembre, 2020 @ 2:05 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

SOUS-BOIS 80 X 40

1er novembre

 

Novembre et son cortège de chrysanthèmes,

requiem fleuri, hommage aux défunts,

à ceux que l’on a tant aimés et qui ne sont plus,

nuages obscurs charriés par le vent de l’est

crachant leur pluie sur les palmiers en berne,

mer agitée vomissant ses bateaux vers le large,

 

plages désertées fouettées par les vagues

 

du NON-RETOUR,

 

vague à l’âme dans la grisaille de l’aube :

 

AMERTUME !

 

 

©  Monique-Marie Ihry    –  24 novembre 2019  -

(toile de l’auteure  » Sous-bois  » (2017) – huile sur lin 80 x 40 cm -)

 

D’une larme

Posté : 25 septembre, 2020 @ 9:39 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

bailarin détail

D’une larme

 

Dans le grand cimetière où repose ton âme

Flânent de grands cyprès, un tilleul protecteur.

Posé sur une branche, un pic-vert orateur

Chante un air d’antan, gazouille et fait sa gamme.

 

La campagne ignorant le lundi qui se pâme

Émet des craquements, un bruit évocateur    

Émanant d’une brume absente de senteur,

Et l’on entend au loin du cerf le puissant brame.

 

L’animal égaré appelle une âme sœur,

Il pense apercevoir son aura, sa rousseur

Dans le flou souvenir qui bientôt s’évapore.

 

Sur le tombeau gelé de l’amant endormi,

Une rose agonise au soir couchant, gémit,  

S’étiole et s’éteint d’un larmoiement sonore.

 

 

©  Monique-Marie IHRY  – 19 septembre 2020 –

(toile de l’auteure : « Bailarin » 92 x 73 cm, détail)

Extrait n° XXIX de « Inquiétudes sentimentales » (1917) de la poète Chilienne Teresa Wilms Montt traduit en français par Monique-Marie Ihry

Posté : 8 août, 2020 @ 2:23 dans Poemas en español, poèmes d'amour, Poèmes en français, Traduction | Pas de commentaires »

teresa coudes tete de cote

 

     Extrait n° XXIX du recueil de prose poétique « Inquiétudes sentimentales » de la poète Chilienne Teresa Wilms Montt (1893-1921) paru en 1917 sous le pseudonyme Thérèse Wilms dans lequel elle évoque la profonde douleur liée à la séparation. Un tribunal familial arbitraire l’avait enfermée dans un couvent dont elle réussit à s’échapper après de longs mois de réclusion, et lui avait par ailleurs retiré définitivement la garde de ses deux petites filles. Cette profonde douleur la hanta jusqu’à la fin de sa courte vie. Elle put les revoir brièvement par la suite lors d’un voyage à Paris après longues 5 années de séparation, mais elles repartirent toutes les deux avec leurs grands-parents au Chili, la laissant seule et désespérée au bord d’un gouffre sans fond dans lequel elle se précipita peu de temps après, à l’approche des fêtes de Noël.

     La poésie de Teresa Wilms Montt ne peut nous laisser indifférents. L’émotion est intense. Ce recueil intimiste bilingue paru aux Éditions Cap de l’Étang traduit en français et préfacé par la poète Monique-Marie Ihry nous donne l’occasion de découvrir une poète au verbe délicat, sensible à la douleur des siens, ainsi que celles liées aux injustices, ayant également côtoyé et dénoncé dans des articles de journaux la misère régissant une société inégalitaire dans la seconde décennie du XX° siècle latino-américain. Teresa Wilms Montt : une femme acquise aux causes nécessaires, dont le féminisme.

 

XXIX

 

   J’ouvre le rideau du passé et je me souviens… Elle est malade ; elle a de la fièvre et délire.

   Sa petite main brûlante abandonnée sur la mienne a le doux abandon d’un oiseau dans son nid.

   Le petit corps endolori tremble comme une feuille au vent.

   Elle ne désire rien. Ses yeux bleus, comme deux miracles du ciel, regardent dans le vague, dans l’oubli du monde extérieur ; ils sont peut-être dans le lit des zéphyrs où ils virent le jour.

   J’ai déployé sur son petit lit toute ma tendresse, qui l’a enveloppée avec la douceur d’un sanglot.

   Maintenant, elle me regarde et son regard de rêve a la clarté céleste de l’émotion.

   Ces yeux puissants élèvent mon âme, depuis l’abîme de leur amertume jusqu’à l’orée de la vie ; de cette vie dont je ne veux, de cette vie que je méprise.

   « Je suis là, me disent-ils, vis pour moi ».

   Je n’ai pas écouté ce sublime appel et j’ai perdu pour toujours ces yeux apaisant mon âme, comme le pansement atténue la douleur de la plaie.

   La vie s’écoule, ma vie tronquée de pantin mendiant d’amour ; et elle, la divine créature, arrachée à mes bras par la griffe féroce du destin, ignore ma douleur.

   Elle aussi souffre sans le savoir, parce que le deuil fait du plus grand amour une ombre invisible et glacée dans son cœur.

   Deux mots, les plus grands qu’ait créés le langage, pourraient nous unir : mais personne ne les prononcera parce que l’indifférence a rendu les cœurs muets. Elle et moi, séparées par le monde et unies dans l’amour divin de l’âme, nous mourrons dans l’attente d’une miséricorde. 

XXIX

   Descorro la cortina del pasado y recuerdo…. Está enferma; está con fiebre y delira.

   Su manito ardiente, abandonada sobre la mía, tiene la dulce confianza de un pájaro en su nido.

   El cuerpecito dolorido sufre los temblores de una hoja al viento.

   Nada quiere. Sus ojos azules, como dos milagros del cielo, miran lejos, olvidados del mundo exterior; están tal vez en el lecho de los zafiros, lugar donde nacieron.

   He desparramado sobre su camita, todas mis ternuras, que la han cubierto con una tibieza de sollozo.

   Ahora me mira, y su mirada de ensueño tiene la claridad celeste de la emoción.

   Esos ojos poderosos elevan mi alma, desde el fondo de su amargura a la superficie de la vida; de la vida que no quiero, de la vida que desprecio.

   « Aquí estoy, me dicen; vive para mí ».

   No escuché esa sublime exhortación, y perdí para siempre esos ojos que suavizaban mi alma, como el vendaje amortigua el ardor de la llaga.

   Pasa la vida, mi vida trunca de fantoche pordiosero de amor; y ella, la criatura divina, arrancada de mis brazos por la garra feroz del destino, ignora mi dolor.

   Ella también sufre sin saberlo, porque el duelo hace del más grande amor una sombra invisible y helada en su corazón.

   Dos palabras, las más enormes que ha creado el lenguaje, podrían unirnos; pero nadie las pronunciará porque la indiferencia ha enmudecido los corazones. Ella y yo, separadas por el mundo y unidas por el sublime amor del alma, moriremos aguardando piedad.

 

 

* Monique-Marie Ihry est lauréate 2019 du Grand Prix de traduction François-Victor Hugo de la Société des Poètes Français dont elle fait partie pour sa traduction de ” Langueur ” de la poète Argentine Alfonsina STORNI.

 

 

COUVERTURE INQUIETUDES SENTIMENTALES 1ere 23 juillet TERESA W M

Ad vitam

Posté : 3 août, 2020 @ 12:46 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

copla 60  60

Ad vitam

 

Il paraissait las, soucieux.

Rien ne semblait en mesure de tempérer

les pensées séquestrant son sourire quotidien.

L’amour était emmuré dans son cœur

soumis au martyre d’une réflexion délétère.

Le souvenir le tenait prisonnier,

lui faisant revivre l’horreur

et rien, ni mes attentions ni mes mots

ne pouvaient l’extraire de sa douleur

cadenassée par les chaînes d’une rancœur

nourrissant longuement les divers maux

de l’âme.

Les coups, les injures, l’abominable,

fendaient encore de grands sillons son front.

Sa mémoire y avait un jour semé

les germes féconds d’une souffrance

tenace, indélébile, meurtrière,

qu’un ressentiment rebelle à la délivrance

semblait préserver ad vitam.

 

© Monique-Marie Ihry — 24 juillet 2020 —

(toile de l’auteure : « Pareja I » (2015) -  huile sur lin 60 x 60 cm -)

 

 

L’après-midi

Posté : 28 juillet, 2020 @ 2:26 dans Poèmes en français | Pas de commentaires »

CANAL DU MIDI XIII 41 X 33

L’après-midi      

 

 

Une barque s’abandonne

au doux balancement des flots.

L’après-midi somnole,

tout se tait.

Le silence est d’or et de brise légère.

Tout semble bénit, éternel.

Les libellules exécutent un ballet irisé

sur la robe ambrée de l’onde.

Se mirant dans le reflet de l’eau,

elles font une révérence et puis s’en vont,

dessinant au-dessus de la rivière

d’harmonieuses courbes éthérées.

C’est dimanche et c’est repos.

La barque esquisse une révérence

sur l’onde mordorée,

somnole et s’abandonne

au paisible balancement des flots

et, sur la rive encore ensommeillée,

des iris jaunes l’un contre l’autre serrés

se mirent dans le reflet de l’eau

assoupie, semble-t-il, pour l’éternité…

 

 

© Monique-Marie Ihry  - 13 juillet 2020 -

(toile de l’auteure : Canal du Midi XIII (2019) – huile sur toile 41 x 33 cm -

 

Sous X (Chanson)

Posté : 17 juillet, 2020 @ 7:23 dans Chanson, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Adieu  48 56 cm mm ihry

Sous X   (Chanson)

*

Ne pas savoir où aller,

ne plus savoir qui l’on est,

parce qu’on est né par hasard

un soir sur le quai de l’oubli.

Ne plus savoir où se rendre,

parce qu’on n’est né de personne

et lorsque minuit résonne,

se dire qu’on a survécu

un jour de plus à l’agonie…

*

La question étant de savoir

pourquoi l’on s’entête à survivre chaque jour,

funambule sur le fil de l’existence,

dans le vertige permanent d’un espérance

ne venant jamais apaiser la souffrance

d’être né un jour par hasard

sur le quai de l’ignominie,

un soir où personne ne désirait

votre venue…

*

Ne plus savoir où aller,

ne pas savoir qui l’on est,

né par hasard, à deux pas d’une gare,

sur un quai, sur un trottoir,

un soir par hasard,

et aussi vite délaissé… !

*

© Monique-Marie Ihry   - 14 juillet 2020 -

(toile de l’auteure intitulée  » Adieu  » (2015) – huile sur lin 55 x 46 cm -)

La ronde des mots

Posté : 30 juin, 2020 @ 11:33 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

La ronde des mots

 

Les mots sont une danse au petit pas léger,

Quelques flocons d’espoir lorsqu’il vient à neiger

Dans le cœur en frimas d’un langoureux vertige,

Des mots pour oublier le vide d’un vestige.

 

Alors semons des mots tels des grains, des cailloux,

Des petits et des longs et puis de grands filous,

Des mots faits de velours que doucement l’on brode

Ou bien des vers en fête écrits avec méthode,

 

Des mots comme les flots sur l’océan rêveur,

Des phrases loin des maux contées avec ferveur,

Des vers qui lentement composent une pavane

Au gré de songes doux à l’ombre d’un platane.

 

Dans la ronde des mots que la lyre offre au soir

Il y a ces vers bleus exempts de désespoir,

Ceux que j’écris pour toi sur l’horizon poète

Et que dansent les fleurs dans la campagne en fête.

 

 

  © Monique-Marie Ihry

Texte déposé, reproduction interdite

Joli mois de mai

Posté : 1 mai, 2020 @ 1:59 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

paradisdesrosesblanches.jpg

Joli mois de mai

Me croiriez-vous si je vous disais rêver
de vous voir sur le pas de ma porte arriver
le regard ébloui d’un bouquet de muguet
venant ainsi sacrer cet heureux mois de mai,
si je vous disais que depuis des lustres j’aime
ce beau sourire empreint d’une bonté extrême ?

Tendez-moi ce bouquet de joli mois de mai
je m’ouvrirai à son parfum comme il vous sied.
Mille baisers d’espoir je vous adresse en vers,
mille vers énamourés je compose ce soir,
hommage à ce regard dans lesquels je me perds…

 

©  Monique-Marie Ihry  -  1er mai 2015 –

Extrait d’un recueil de poésie de l’auteure

 

Au jour le jour…

Posté : 8 mars, 2020 @ 5:53 dans féminisme, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Au jour le jour

 

Il est mort hier

sans avoir confessé

son manque de respect,

sa violence,

ses injures,

sans avoir imploré,

ne serait-ce qu’une seule fois

son pardon.

Dieu quant à lui

ne lui pardonnera pas

ses crimes,

il ne le peut !

L’homme aux poings d’acier

part donc pour l’Enfer

rejoindre Satan et ses disciples.

 

Adieu bourreau !

 

Elle s’interdit toute émotion,

mais la rage la prend.

À nouveau elle se souvient.

On n’oublie pas les outrages,

on espère cicatriser un jour,

tourner la page,

on quémande un instant de paix

sur le long chemin escarpé

de la douleur.

On trébuche souvent,

on pleure, on se relève,

on croit mourir,

mais l’on survit

au jour le jour

et l’on n’oublie

 

JAMAIS !

 

© Monique-Marie Ihry    – 21 janvier 2016 -

(Extrait de mon recueil  » Telle la feuille au vent d’hiver, Coll. Plume d’ivoire n° 2, Cap de l’Étang Éditions, 2017)

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