Dans le Jardin des mots

Archive pour la catégorie 'Critique littéraire'

 » Ne vous en déplaise ! » (commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben amor)

Posté : 8 mai, 2014 @ 4:17 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français, Réflexions diverses | Pas de commentaires »

On me reproche parfois

D’écrire « à l’eau de rose ».

Il se trouve que j’ose

Et c’est là bien mon droit !

Je fais fi des critiques

Me moque des critiqueux

Ceux qui ont fait le vœu

De sombre poétique

Car j’ai prêté serment

Sur l’autel de la vie

De parfaire l’envie

Sous des cieux plus cléments

De chanter les aurores

Où éclot belle rose,

Et c’est ainsi que j’ose

Vous la conter encore !

 

On me reproche aussi

D’écrire avec des rimes…

À ceux que ça déprime

Et de moi se soucient

Je leur clame haut et fort

Qu’au Diable ils s’en aillent

Et qu’ensemble ils rejoignent

La horde des moqueurs…

Je chante donc la rose,

L’agrémente de rime.

C’est ainsi que j’exprime

Ma pensée et que j’ose

M’opposer aux critiques

Qui souhaitent me changer

En toutou obligé.

Je suis « académique »

Et j’entends le rester

Et je conte la rose

Et je persiste et j’ose

Ainsi me transporter

 

Ne vous en déplaise !

 

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Critique du Professeur Mohamed Salah Ben Amor

« Si je me rappelle bien, c’est la première fois que l’auteure de ce poème écrit dans le genre satirique et évoque l’existence de détracteurs qui lui reprochent aussi bien le choix de ses thèmes que son style. Et si elle le fait, c’est que son écriture  a été réellement  l’objet  de diatribes de la part de certains esprits agressifs dans  son entourage culturel. Pour tranquilliser notre poète, je lui signale que le nombre d’articles qui ont été écrits contre ma personne jusqu’à ce jour et parus dans les journaux et revues  a dépassé les deux cent vingt. Et la plupart de ces articles émanent de poètes et d’écrivains dont les écrits ne me convainquent pas. Mais je ne me suis jamais senti  offensé ou blessé par ces attaques parce que je crois que l’essence même de l’art- Et la littérature en est un – est la pluralité de visions et de styles et que cette pluralité donne lieu nécessairement à des controverses qui peuvent  évoluer en des polémiques violentes .En plus de cela, je pense que  le meilleur produit artistique est celui qui surprend ou choque même  et non celui qui suscite l’indifférence et passe inaperçu. Examinons maintenant les critiques  dont notre poète a été la cible. La première est qu’elle écrit« à l’eau de rose » et n’aborde pas les thèmes de la misère humaine. Répondons aux auteurs de cette réprimande que l’écriture littéraire est de trois sortes : elle est tragique au cas où il y a une rupture entre l’âme de l’écrivain et l’univers, épique s’il y a une contradiction entre ces deux parties  et lyrique lorsqu’elles sont unies par un rapport de concordance .Et c’est ce dernier genre d’écriture qu’affectionne notre poète, tout simplement parce qu’il sied à son caractère et à sa situation .Quant au deuxième reproche qui est de pas suivre le courant de rénovation par l’adoption du poème en prose , disons tout de suite que cette critique  est aujourd’hui dépassée  à l’ère des sciences cognitives, neuroscientifiques et génétiques qui ont montré que la source la plus influente dans l’acte de création artistique est  la sensibilité  de l’artiste ,que celle-ci est innée et qu’elle varie entre deux extrêmes :le conservatisme et la novation. Ce qui est donc de plus normal que d’avoir une âme  classique. Par conséquence, le critère le plus objectif pour évaluer une œuvre d’art est de n’y tenir compte que de ses spécificités par rapport aux règles qui régissent le genre auquel elle appartient .Et de ce point de vue, disons, sans exagération aucune, que la poésie de Monique-Marie est bien conforme à son goût et à son vécu et qu’elle est l’une des meilleures dans le genre classique . »

« Posée sur un nuage », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 27 mars, 2014 @ 10:55 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

posée sur un nuage mohamed

 

 [...]

Elle oublia les coups, enterra sa souffrance

Dans l’abîme du cœur où se noient en fracas

Les larmes de l’outrage, puis voua au trépas

Les armes du chagrin et leur vile attirance.

 

Sur l’onde d’un poème, elle embrassa l’espoir,

Sur les flots de la mer, d’une rime nouvelle

Inspirée par l’amour, s’enfuit à tire-d’aile…

Elle vola longtemps au-delà de l’amer

Par-delà la douleur des frimas de sa chair,

Il lui fallait survivre à ce grand désespoir.

 

                        II

 

Elle vola bien loin, s’évadant de l’outrage,

Entra en poésie où régnait un soleil

Qui réchauffait l’azur comme un cœur sans pareil.

Elle écrivit longtemps, posée sur un nuage.

 

Du haut de son rêve, perdue dans un mirage,

Loin de l’ignominie, de ses nuits sans sommeil,

Bénie par la lune et son précieux conseil

Elle chantait l’aube sous un heureux ramage.

 

Les rimes à ses pieds s’écoulaient vers la mer,

Petits bateaux légers fuyant le temps amer

Où s’étiole la fleur sous le joug de l’immonde.

 

Du haut d’un nuage, protégée de ce monde

Elle recomposait les rives d’un azur,

Bercée par la rime d’un poème futur…

 

©  Monique-Marie Ihry  - mars 2014  -

 

Extrait du recueil « Telle la feuille au vent d’hiver » paru en 2017 aux Éditions Cap de l’Étang

* * *

 

« Dans ce nouveau poème, l’auteure nous décrit, par le biais de la voix de sa locutrice, à travers un discours exalté et empreint de bonheur, une véritable résurrection qui lui a permis de se libérer définitivement du fardeau d’un passé douloureux et sombre qui pesait lourdement sur son âme. Et le mot résurrection a bien sa place ici eu égard  à la dichotomie principale sur laquelle a été  bâti le poème : un passé personnel malheureux révolu/et une page nouvelle lumineuse et éclatante qui s’ouvre, une  opposition qui a été conjuguée, dans un but suggestif, avec une autre dualité d’ordre spatial : haut sublime et reposant/bas dégradé et hostile.

Cette structure bien ordonnée a été étoffée tout au long du texte par une série continue d’images, toutes générées par les quatre éléments constitutifs de ces deux dualités. Du passé obscur nous extrayons, à titre d’exemple, cette longue image (enterra sa souffrance / Dans l’abîme du cœur où se noient en fracas / Les larmes de l’outrage, puis voua au trépas / Les armes du chagrin et leur vile attirance). Concernant le bas gangréné, citons les deux images suivantes : Elle vola bien loin, s’évadant de l’outrage, ‒ Du haut de son rêve, perdue dans un mirage, / Loin de l’ignominie, de ses nuits sans sommeil. Le haut sublimé est représenté par cette quatrième image : Sur l’onde d’un poème, elle embrassa l’espoir – Du haut d’un nuage, protégée de ce monde / Elle recomposait les rives d’un azur, / Bercée par la rime d’un poème futur…).  Sémiotiquement, le symbole de la hauteur signifie un désir d’élévation spirituelle qui ne coïncide pas nécessairement avec une tentative de fuite du réel. Bien au contraire, les propos de la locutrice révèlent un  grand épanouissement de l’âme et une sensation de bonheur extrême dont l’effet est l’ouverture sur tout ce qui est beau dans le monde.

Un autre joyau Monique-Marie, nous en redemandons ! »

 

Mohamed Salah Ben Amor  

 

Critique littéraire de mon recueil de poésie  » Rendez-vous manqués  » par le Pr Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 29 septembre, 2013 @ 11:37 dans Critique littéraire, poèmes d'amour | Pas de commentaires »

 

L’amour, la mort dans l’imaginaire poétique de Monique-Marie Ihry

Critique du recueil de poésie Rendez-vous manqués paru aux Éditions IchraQ, Tunis, 2011

 

Monique-Marie Ihry est une poète française contemporaine. Elle a publié en 2011 à Tunis un recueil intitulé Rendez-vous manqués qui peut bien être le premier à être consacré totalement par une poète française ou même européenne, voire de l’Occident tout entier, à l’éloge de son amant défunt. Étant donné que nous avions eu l’honneur de suivre de près l’éclosion de cette expérience originale et de donner nos appréciations sur la plupart des poèmes qu’elle a générés au moment de leur naissance avant de préparer le recueil pour l’édition à la maison Ichraq (Levant), nous allons essayer, dans cette modeste étude, de nous approcher de l’univers poétique de l’auteure et d’en déceler les éléments constitutifs les plus pertinents.

L’ensemble des poèmes réunis dans ce recueil sont dominés, du fait de la nature du thème particulier autour duquel ils gravitent – à savoir l’éloge de l’amant défunt – par le couple : amour/mort, deux notions qui sont apparemment contradictoires. Ceci est dû au fait que l’amour, selon Sigmund Freud, qui n’est à l’origine que du désir sexuel, incite l’individu à s’attacher à l’existence vivante et à la renforcer par la fertilisation et la procréation ; tandis que la mort anéantit quant à elle cette existence vivante et la réduit à néant. Et c’est pour cela que leur présence réunie dans la conscience humaine déclenche nécessairement une crise aiguë qui prend généralement deux dimensions : l’une psychologique et l’autre métaphysique. C’est de cette crise qu’est née l’expérience poétique de Monique-Marie Ihry, puisque c’est elle qui l’a fait venir de la prose à l’écriture poétique.

Comment cette expérience poétique a-t-elle donc pris forme ? Quels sont les fruits qu’elle a portés ? Ce sont les deux questions dont les réponses intéressent tout particulièrement le critique, parce que le cas de Monique-Marie en tant qu’individu est l’un des cas humains des plus répandus en tous lieux et tous temps, sans que cela ne donne forcément naissance à une expérience artistique. En effet, ce qui différencie le créateur de l’homme ordinaire n’est pas l’aptitude à transformer le réel en fictif, car cette faculté est commune à tout individu normal de l’espèce humaine, mais plutôt la capacité de créer un monde imaginaire sublime répondant aux deux conditions de l’originalité et de la cohérence. C’est justement ce monde, issu de la singularité de l’histoire individuelle et façonné par les dons de l’artiste et ses compétences hors-pair, qui suscite conjointement l’intérêt du critique et du lecteur avisé. C’est, pour plus de précision, un univers intérieur qui revêt la forme d’un système de représentations constituant une sorte de rêve dans lequel se réfugie le créateur de temps à autre pour alléger, ne serait-ce que momentanément, les pressions qu’exerce sur lui la réalité externe. Et c’est en plongeant profondément dans cet imaginaire qu’il en tire la quintessence de ses œuvres artistiques.

Comment  nous  apparaît donc le monde poétique de Monique-Marie Ihry ? Quelles sont ses composantes et ses spécificités ?
Cet univers poétique, tel qu’il se manifeste au lecteur à travers ce recueil, se compose de deux niveaux superposés diamétralement opposés : le premier revêt l’aspect d’un gouffre terrestre affreux semblable à l’enfer. Celui d’en haut est quant à lui extrêmement beau, majestueux et lumineux. Dans le niveau d’en bas s’est installée la poète et dans le niveau supérieur a pris place l’âme du bien-aimé.

Mais avant de tenter de dégager les éléments constitutifs de cet imaginaire, jetons un regard sur la plateforme référentielle qui l’a généré. Il s’agit d’une histoire d’amour foudroyante vécue par la poète au cours des derniers jours de la vie d’un homme qu’elle rencontra par hasard et qui tomba lui aussi amoureux d’elle. Cependant, le destin a décidé de le rappeler rapidement auprès de son créateur.

Essayons d’abord de décrire les aspects généraux du niveau d’en bas avant de passer à la tâche la plus difficile qui est de mettre à nu son mode de fonctionnement dans la génération de l’imaginaire de la poète.

I.  La plateforme réaliste de l’expérience de la poète : l’histoire d’un coup de foudre qui tourne à la tragédie

Les débuts de ce coup de foudre vécu par la poète demeurent, après la lecture du recueil, assez incertains. En effet, pas moins de trois versions sont données par la locutrice sur ce point. L’une d’entre elles serait-elle vraie alors que les deux autres ne seraient-elles  que fictives ? Ou bien encore y a t-il entre les trois un lien invisible qui échappe au lecteur ?

Voici les trois versions en question :

I.1. La première version 

Dans la préface de l’ouvrage, l’auteure a exposé les circonstances dans lesquelles elle a connu pour la première fois son futur amant. Cela s’est passé un jour au téléphone lorsqu’une voix masculine anonyme la contacta en l’appelant par son prénom. Alors qu’elle était sous l’effet de la séduction de cette voix, l’homme coupa brusquement la communication sans se présenter. Une année plus tard jour pour jour, quelqu’un a sonné à la porte de son appartement, et en ouvrant, elle s’est trouvée devant « un homme grand, souriant arborant un charme rieur et engageant, qui tenait dans ses mains viriles à souhait un bouquet de roses incarnat à l’odeur enivrante[1] ». Et tout de suite sans la moindre présentation, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre comme s’ils se connaissaient et s’aimaient depuis longtemps. Monique-Marie finit son histoire en ces termes : « J’avais devant moi un homme qui avait surgi d’un mystère virtuel le plus complet, avec qui j’allais passer les quelques mois qui lui restaient à vivre… [2] ».

I.2. La seconde version

Dans un poème intitulé Rencontre, l’auteure raconte qu’elle a vu son amant pour la première fois dans une gare :

Vous étiez beau Monsieur sur le pas de la gare

Lorsque je vous vis un jour au seuil de mon cœur [3].

I.3.  La troisième version

Dans un autre poème intitulé Champs-Elysées  qui est ici en l’occurrence le nom d’un café et non le fameux quartier parisien, l’auteure écrit qu’elle a rencontré son futur amant dans ce café. Serait-ce la seconde rencontre faisant suite à celle de la gare alors qu’il ne s’était pas rendu compte de sa présence au milieu de la foule ? Aucune précision n’est apportée à ce sujet dans tout le poème. Voici ce qu’elle a écrit :
Je vous aperçus enfin aux Champs-Élysées

Un soir où luisent les espoirs des cœurs transis

Où l’on désirerait voir se réaliser

La quintessence inouïe d’une poésie

 

Vous regardiez dans le vague de vos pensées

Je m’assis à la terrasse de ce café

Commandai un thé de cette voix cadencée

Qui vous fit alors sursauter, me regarder [4]

 

Cette histoire d’amour réelle, fortement tragique et bouleversante est profondément ancrée dans la mémoire de la locutrice. Et, puisque c’est de l’histoire en question que la totalité des poèmes du recueil sont issus, on peut dire qu’elle fait dès lors partie de l’imaginaire de la poète où elle apparaît sous forme de réminiscences-éclairs lumineuses pour les unes, et sombres pour les autres, et qui sont également semblables à des empreintes légères et éparses, ou pour être plus précis, à une série de flashbacks extrêmement rapides ressemblant aux tremblements secondaires qui suivent la secousse principale violente et brusque.

Quant au reste de l’imaginaire, il se compose d’un faisceau de songes très diversifiés qui se forment brusquement à partir de petits détails faisant partie intégrante du niveau d’en bas et dans lesquels la locutrice plonge de tout son être dès leur apparition au milieu d’un cadre spatio-temporel à caractère mythique, sans que cette fuite en arrière ne lui permette toujours de recouvrer son équilibre psychique perdu.

Cela revient à dire que l’acte poétique dans ce recueil s’accomplit dans deux sens opposés. Il est soit rétrospectif, et dans ce cas il prend l’une des deux formes suivantes : la première est l’évocation délibérée du passé pour revivre les moments heureux que la poète a passés auprès de son amant défunt. La seconde est l’assaut que livre le passé lui-même sur la mémoire de la locutrice en l’imprégnant d’images funèbres qui lui rappellent le départ définitif de l’être aimé. Quant au second sens qu’emprunte l’acte poétique, c’est celui de la production en imaginant un monde magnifié où la poète retrouve son amoureux décédé et passe des moments fictifs avec lui. Nous voyons ici que le premier sens est la direction menant vers le gouffre terrestre, alors que le second conduit soit à ce gouffre, soit au niveau d’en haut où loge l’âme du défunt.

Tentons à présent de relever les modes de fonctionnement des deux niveaux de l’imaginaire poétique de Monique-Marie Ihry.

II. L’imaginaire de la poète et son mode de fonctionnement dans la production du sens 

Comme nous l’avons montré, l’imaginaire de la poète a une structure à deux niveaux. Prenant elle-même place dans le niveau d’en bas, l’âme de son amant défunt s’établit dans celui d’en haut. La locutrice s’est évertuée à bâtir cet édifice pierre par pierre tout au long du recueil depuis le départ définitif du bien-aimé vers l’au-delà, et ce poussée bien entendu par la passion qu’elle lui voue mais aussi par sa croyance religieuse chrétienne selon laquelle, comme toutes les croyances monothéistes d’ailleurs, l’âme du décédé monte au ciel où elle s’installe dans l’attente du jour de la résurrection et du dernier jugement.

Sous quels aspects apparaissent chacun des deux niveaux de cet imaginaire ?

II.1. Le niveau inférieur de l’imaginaire et les conditions de la poète en son intérieur

Le niveau bas de l’imaginaire de la poète est constitué lui-aussi de deux zones qui sont en l’occurrence juxtaposées et non superposées. La première est incluse dans le passé sous forme d’un souvenir où se mêlent les quelques moments heureux qu’elle a vécus en compagnie de son amant et l’état de déprime totale qui a suivi sa mort. La seconde est située dans le présent et revêt l’aspect d’un gouffre terrestre.

Cette structure double rend possible le passage du Moi de la poète, d’une façon alternative, et ce par le biais de quatre états affectifs différents à savoir : la sensation d’abandon et de solitude doublée de l’endurance de la privation causée par l’absence du bien-aimé, le rappel des moments courts mais heureux passés à ses côtés, dans le psychisme de la poète la hantise de l’image sombre de la fin tragique du défunt, et enfin la quête de refuge dans le rêve mais au sein de ce niveau-bas et non en dehors de ses limites, à la recherche d’un échappatoire susceptible d’atténuer le mal dont elle souffre.

II.1.1. Le premier état : la privation du bien-aimé

La poète a consacré à la description de ce premier état affectif un bon nombre de poèmes comme le montrent ces fragments :

 

Mais cet automne n’est qu’un illustre imposteur

 Les couleurs de mon âme ressemblent au néant

 Cette pluie étoilée ne conduit au bonheur

 

 L’absence est cruelle, réels étaient mes rêves

 L’automne semble s’est installé tout à fait

 Dans les méandres de ces souvenirs surfaits

 (Bonheurs perdus,  pp. 41-42.)

 

 Le soleil s’est éteint dans le ciel ce matin

 L’horizon de mon cœur s’est teinté de chagrin

 Les boutons de rose se meurent avant d’éclore

 Les fantômes nocturnes s’installent à l’aurore.

 

(Silences, p. 43.)

 

La Terre semble s’être arrêtée de voler

 Les êtres dorment, les oiseaux en leur envolée

 Ont déserté notre Monde le temps d’un rêve

 

La nuit s’est installée, la vie s’en est allée

 Les angoisses prennent possession des allées

 Sinueuses de mon âme brune esseulée

 

(Rêves de vie, pp. 45-46.)

II.1.2.  Le deuxième état : le rappel du passé heureux auprès du bien-aimé

Bien que la période où la poète avait atteint le sommet du bonheur n’ait duré que quelques mois, la récurrence du recours à cet espace temporel restreint dans l’ensemble des poèmes du recueil est très élevée et ce, du fait qu’elle est à ses yeux la phase la plus éclatante et la plus précieuse de sa vie. C’est pour cette raison que cet état affectif est décrit le plus souvent comme une extase enivrante fortement ressentie par la poète tel que l’on peut le constater dans ces vers :

 

Un oiseau poète gazouille allègrement

 À la vue attendrie de ce trouble opérant.

 Je m’abreuve à la source de tes yeux dorés

 Et me perds dans leur blonde douceur vénérée.

 

(Ballade à la source de ton regard, p. 29.)

II.1.3. Le troisième état : Le souvenir de la mort du bien-aimé

La référence à cet état est également très récurrente dans le recueil. Il est cependant rarement mentionné seul. Il est toujours précédé ou suivi d’un état d’extase, peut-être parce que le psychisme de la poète a été perturbé violemment par le choc qu’elle est a reçu lors du décès de son bien-aimé. En voici un exemple :

Tu étais là, vivant,

 Radieux et heureux amant.

 Soudain, pris en otage

 Dans la fleur de l’âge

 Tu n’as pu lutter

 Contre tant d’adversité.

 La maladie par méprise

 N’en a fait qu’à sa guise

 

(Lune en pleurs, p. 65.)

 

II.1.4. Le quatrième état : la compensation par le rêve

L’échappatoire auquel la poète a de temps à autre recours ici est le rêve de rencontrer son amant défunt, mais sur terre et non dans le ciel. Citons à titre d’exemple son texte en prose poétique intitulé Douce apparition automnale [5] dans lequel elle raconte qu’elle a rencontré son amant défunt au fond d’une forêt à proximité de chez elle :

« Tu surgis comme par magie au milieu de cette paisible atmosphère automnale. Tu étais là, magnifique, dressé devant moi dans ton habit de lumière à me contempler. J’étais échevelée et vêtue sobrement pour la circonstance. Mais tu me trouvas malgré tout aussi belle que dans tes songes. Tu me tendis les bras. Je courus m’y blottir, enfin ! »

 

II.2. Le niveau supérieur de l’imaginaire et les modes de contact avec lui

II.2.1.  le caractère précieux du niveau supérieur et ses qualités nobles

Étant donné que le niveau d’en haut abrite l’âme du bien-aimé, la présence de ce lieu est presque constante dans les premiers vers de chaque poème comme le montrent les exemples suivants :

Le ciel semblait d’or

(Temps,  p. 19.)

 

Ta voix, ode d’amour dans un ciel majuscule,

(Mélodie d’un soir,  p. 15.)

 

Mélancolie de lune, noblesse éthérée,

(Perles de lune,  p. 35.)

 

Pluies d’étoiles sur la toile brune du ciel

(Bonheurs éperdus, p. 41.)

 

Le temps se permet de suspendre son envol

Notre Lune fait une pause dans le ciel

(Rêve de vie,  p. 45.)

 

La pluie projette sur la fenêtre ses larmes

(Larmes d’hiver, p. 47.)

 

La lune verse des larmes de nostalgie,

Les étoiles semblent s’éteindre petit à petit

Dans le ciel obscur à toute vie.

(Lune en pleurs, p. 64.)

 

Le soleil se décida enfin à briller,

(Février,  p. 70.)

 

Le ciel nuageux en partance pour l’Orient

Dans l’auguste firmament

(Chevalier de lumière, p 74.)

 

La nuit a les couleurs de ton regard

Un halo de brume envahit le ciel

(Crépuscule p. 91.)

 

Mon blond prince est parti rejoindre les étoiles

Dans une lumière céleste azurée

(Prince poète,  p. 101.)

Cette présence très marquée du niveau d’en haut qui résulte bien entendu de l’attachement de la locutrice à l’âme du bien-aimé est fréquemment associée en outre à la notion de hauteur, aux notions de valeur, de noblesse ainsi qu’aux objets et aux phénomènes naturels qu’il abrite et que la poète personnifie par ailleurs en leur attribuant des sentiments humains tels que la tristesse (la lune et la pluie pleurent) et l’affabilité :

Les perles du ciel, sur ma fenêtre posées

Déposent en chœur les roses de tendres baisers

De lune, que la brune nuit offre à mon cœur.

(Perles de lune,  p.  36.)

Toutes ces qualités dont le niveau d’en haut regorge l’incitent à rêver d’y monter. Elle dit dans ce sens, s’adressant à son bien-aimé :

Que ne donnerai-je pour cet instant magique

Lovés tous les deux dans un monde féérique

 

(Que ne donnerais-je, p. 49.)

 

Bien entendu, Il n’est pas aisé de déterminer ici avec précision l’origine de cette vision sacralisée du ciel. Relèverait-t-elle de la simple foi religieuse, étant donné que le ciel pour le croyant dans les religions monothéistes abrite le royaume du créateur et que c’est pour cette raison qu’il possède les qualités les plus sublimes et les plus nobles ? Ou serait-elle plutôt d’ordre psychologique, c’est à dire une simple projection de l’image idéale du bien-aimé ancrée dans l’esprit de la locutrice par effet de contigüité sur le nouveau lieu où il a été transféré ? Ou bien encore, les deux causes ont-elles contribué ensemble à la genèse cette vision ?

II.2.2. Positions de la locutrice par rapport au niveau d’en haut : jonction/disjonction
Quelle que soit la vraie origine de cette vision, la préoccupation de la poète au sujet de son bien-aimé prend deux formes différentes : l’une est sa tentative répétée et persévérante de le contacter dans son monde supérieur, et l’autre est de s’abstenir de le tourmenter après son départ de ce monde éphémère.

II.2.2.1.  Modes de contact avec l’âme du bien-aimé dans le ciel

  • 1er  mode : Contact au niveau du désir et du souhait

La locutrice essaie de réaliser ce genre de contact sans la participation du bien-aimé. C’est ce qu’illustrent clairement ces deux exemples :

Que ne donnerais-je pour un baiser de toi

Pour ce plaisir inouï d’être dans tes bras

Blottie comme autrefois

Loin de ce monde tangible si près de toi

Près de l’infiniment grand, infiniment toi

Dans une même foi

(Que ne donnerais-je, p. 49.)

 

S’il m’était donné de faire un vœu en ce jour

Je me transformerais en papillon d’un soir

Voguerais sur la toile d’un ciel de velours

Jusqu’à ta couche, bercée de tendres espoirs

(Ballade en si, p. 25.)

  • 2ème  mode : le contact mental et spirituel

Ce mode est semblable à celui que pratiquent les soufis dans leurs tentatives d’accéder à l’être suprême et de s’unir à lui. On peut l’observer par exemple dans le poème intitulé Conversation [6] où elle dit :

- Je t’attends depuis des lustres, reviendras-tu ?

À t’espérer je me morfonds, je n’en puis plus.

Et il lui répond :

- Ma chérie, laisse-moi encore un peu de temps

Juste le temps qu’il convient de donner au temps [7].

 

Dans le poème Conversation aimable, c’est elle qui s’adresse à lui du début jusqu’à la fin :

Mon ami, mon bel amant,

Ce soir en pensée

Je vous adresse

Une kyrielle de folles caresses.

Je vous envoie également

Des millions de baisers

Tendres et embrasés [8].

Mais quel que soit le genre de contact utilisé, son caractère illusoire aidant, il ne dure que quelques instants. Et par conséquent, la locutrice se retrouve d’emblée en face d’une réalité infernale souffrant d’un vide et endurant les affres de la pire privation. C’est ce que la poète exprime, à titre d’exemple, dans cette strophe :

Lorsqu’au petit matin vint éclore l’aurore

Sur la plage des songes d’un soir étoilé

La toile de mes rêves se retira alors

Déposant une rosée de cendres voilée [9]

II.2.2.2.  Abstention au contact de l’âme de l’amant défunt

Quant à sa décision de s’abstenir de tourmenter l’âme de son amant défunt qui est en soi contradictoire avec son attitude précédente, aucun indice dans la succession des poèmes tels qu’ils ont été classés dans le recueil indique si elle lui est postérieure donc définitive, ou si elle résulte d’un simple état d’âme passager et peut par conséquent être suivie d’un nouvel essai de contact du bien-aimé dans le but de communiquer avec lui. Mais, quelle que soit la nature de cette décision, et même si la locutrice ne la met pas à exécution, le fait même de la prendre indique qu’elle émane de sa foi. D’ailleurs quelques passages, bien qu’ils soient très peu nombreux, expriment  explicitement  cette attitude religieuse comme nous pouvons le lire dans les deux strophes suivantes :

Ton discours preux réveillant les cieux

Fut bref mais lumineux.

Tu me disais que tu désirais

Partir te reposer en paix

Au royaume de notre Seigneur,

De sa céleste beauté

Et de ses infinies bontés.

Ton âme se devait donc de cesser d’errer

Inlassablement entre rêves et réalité.

Il me fallait abandonner cette idée

De te retenir désormais au-delà de toute adversité [10].

 

Va, mon amour, pars en paix

Tu resteras à jamais dans mon cœur.

Je sais qu’un jour nous côtoierons

À nouveau notre tendre bonheur.

Les anges du ciel célébreront

Nos heureuses retrouvailles [11].

 

II.2.3.  Formes d’apparition du défunt amant à la poète
L’amant défunt apparaît à la poète depuis le refuge céleste où il est installé sous des formes très diverses se divisant en deux catégories d’après sa position par rapport à l’action, et ce selon qu’il soit actif (agent) ou passif (patient).


II.2.3.1. Les formes où il apparaît comme agent

Parmi les images où il prend cet aspect, citons celle du chevalier oriental du désert que la poète se représente comme suit :

Tel un impérieux chevalier du désert

Imposant, preux et fier

Sur une monture impatiente et docile,

Tu es apparu cette nuit dans un de mes rêves [12].

Et celle du prince poète :

Dans l’aérien crépuscule ainsi éclairé

Mon prince poète apparaît impérial

Il déroule un parchemin de félicité [13]

 

Les arpèges de la poésie de son âme

Charment d’une douce mélodie les cieux

Lesquels, dans la transcendance de cette gamme

Allument une à une les étoiles des lieux [14]

 

II.2.3.2.  Les formes où il apparaît comme patient

Ces formes revêtent la plupart du temps un aspect funèbre. Le bien-aimé y apparaît souvent résigné à la volonté du destin acceptant le sort que lui a réservé la fatalité. Et, dans ce contexte-ci, on remarque la récurrence de l’image qui le montre étendu dans une barque sans conducteur l’amenant vers une destinée tracée d’avance comme dans ces trois strophes :

Sur les rives de ma triste pensée

Aux aurores

Je vois passer cette barque presque paisible

Que j’avais déjà entraperçue

Il y a quelques semaines

Encore

Elle voguait à perdre haleine

Avec un seul passager à son bord

Qui ne pouvait être dès lors

Que toi…

(Incontournable destinée,  p. 81.)

 

Ton embarcation cercueil

Continue sa course lente sans écueil.

Elle chemine démente et désespérément

Vers le lointain paradis des absents

(Destinée, p. 59.)

Comme nous le constatons, il n’y a aucun point commun entre, d’un côté le chevalier fort et robuste ou le poète qui entonne les chants de la vie et loue la beauté de l’existence et, de l’autre, l’homme faible dépossédé de sa volonté qui subit les coups du destin sans avoir la force de réagir.

Quelle est donc la vraie image du bien-aimé dans l’esprit de la poète ? Cette image changerait-elle selon son état d’âme du moment et son oscillation continuelle entre l’espoir et le désespoir, la force et la faiblesse ?

Malgré tout, ces deux genres d’images ne sont point incompatibles parce qu’elles relèvent, en fait, de deux niveaux différents. L’un est sexuel et l’autre métaphysique. Sexuellement, du point de vue de la femme, le bien-aimé incarne le plus haut degré de beauté masculine, tandis que la dimension métaphysique concernant l’être humain en général, se traduit aussi bien dans le christianisme que dans les autres religions monothéistes, par la faiblesse de cet être vis-à-vis du destin, la nature éphémère de la vie sur terre, l’inéluctabilité de la mort et l’existence d’un bon Dieu au ciel qui appelle les humains auprès de lui quelle que soit la durée de leur vie. Il s’agit donc ici d’une image subjective se rapportant à un individu bien déterminé (l’amant) enchâssée dans une image très générale : celle de l’être humain sans spécification aucune.

 

III. Les caractéristiques poétiques des poèmes du recueil

Du point de vue stylistique, l’ensemble des poèmes réunis dans ce recueil sont dominés clairement par le ton romantique. Cela s’observe dans le recours massif aux êtres et objets de la nature et leur association faite par la locutrice à son état d’âme. Comme nous l’avions montré auparavant, cet accord entre le moi de la poète et la nature ainsi que sa vision chrétienne de l’univers et de l’existence, la rattachent sans aucun doute au romantisme français fondé par Germaine de Staël et René de Chateaubriand au début du XIXème siècle et, parmi leurs successeurs, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Musset et Alfred de Vigny.

Quant au niveau des techniques d’écriture mises en œuvre notamment dans la confection des images et l’usage du rythme interne, l’empreinte d’écoles plus modernes comme le symbolisme et le poème en prose est très nette. Pour nous en assurer, examinons à titre d’exemple, ces quelques fragments de poèmes :

  • Exemple 1 :

Ta voix, ode d’amour dans un ciel majuscule,

Étincelles en dentelle, mille et une perles,

Diadème de notes en écrin qui déferlent

Sur la portée de mon âme au cœur crépuscule [15]

Dans  cette  strophe,  notre  attention est  d’emblée  attirée par les mots « ciel » et « crépuscule » d’un côté et « âme » et « cœur » de l’autre, ainsi que par l’ascendant qu’ont les objets de la nature présents sur le Moi de la poète. Mais nous remarquons également le caractère précieux qu’elle a attribué au ciel en tant que contenant spatial élevé et sublime abritant l’âme du bien-aimé par opposition à son emplacement bas et dégradé sur terre, ce qui est sans doute le reflet de sa croyance religieuse.
Mais si nous faisons abstraction de ces deux caractéristiques générales et examinons attentivement la structure de l’image en soi, nous y découvrirons deux traits dominants. Le premier est qu’elle constitue une image dynamique qui se meut entre deux limites : la voix de l’amant en tant qu’agent, et le moi de la poète en tant que patient. Le second est que c’est une image composée, ceci du fait qu’elle englobe une comparaison dont le comparé (la voix) a quatre comparants : l’ode, les étincelles, les perles et le diadème de notes, et que par ailleurs ces comparants se rattachent à deux sens : l’ouïe (ode – note) et la vue (étincelles – perles – diadème). Un troisième trait est à signaler mais il concerne le rythme et non l’image : c’est le recours à l’asyndète à la place de conjonctions de coordination afin de lier les quatre comparants dont la succession produit une musicalité cadencée. Ceci est bien entendu le fruit des capacités créatives de l’auteure.

  • Exemple 2 :

Rayon de lumière, caresse du matin,

Oasis au centre de ce désert sans fin,

Mélodieuse lyre sur l’air du destin,

Votre sourire chavira mon cœur, enclin [16].

Cette strophe concorde pleinement avec la précédente bien que nous l’ayons tirée d’un autre poème, et ce d’abord par le biais de la présence explicite du destin, ensuite par le souffle romantique auquel renvoient les mots « rayon » (de lumière ), « matin » , « oasis » et « désert  » empruntés au lexique de la nature. De plus, l’image est construite sur une dichotomie semblable : agent/patient (le sourire de l’amant/le cœur de la poète) entre lesquels se déplace un mouvement à sens unique jusqu’à ce qu’il soit couronné par une fin surprenante.

D’autre part, cette image est également composée, car elle englobe une comparaison dont le comparé (le sourire) a également quatre comparants (le rayon de lumière – la caresse du matin – l’oasis – la lyre). Et la seule différence ici est que les comparants ont précédé le comparé.

La conformité entre ces deux images tirées de deux contextes éloignés et différents laisserait à penser que la poète possède un style spécifique dans le façonnement de l’image poétique. Ce qui reste bien sûr à démontrer en examinant un corpus suffisamment large.

Il en est de même pour le rythme interne qui est engendré également ici par la succession de quatre comparants sans conjonction de coordination.

  • Exemple 3 :

Mille perles scintillent dans mon cœur rosé,

Parent la nuit de mélodieux diamants,

Diadèmes ambrés de mes pensées embrasées

Qui se réclament de toi, bel et tendre amant [17].

La poète nous a habitués à ce que ses images soient construites verticalement de haut en bas. Mais dans celle qu’elle a conçue dans ce passage, elle suit le sens opposé en prenant comme point de départ son cœur et comme arrivée son bien-aimé, même si c’est au niveau du souhait et non du réel. Cependant, cette image, du fait qu’elle est à la fois dynamique (visuellement par le rayonnement et olfactivement par l’odeur de l’ambre) et composée (elle est constituée de deux niveaux : l’un est abstrait, celui des sentiments et de l’esprit et l’autre est concret, en font partie la lumière et l’odeur) concorde totalement avec le procédé dont use l’auteure dans la conception de l’image poétique.

  • Exemple 4 :

Le soleil s’est éteint dans le ciel ce matin

L’horizon de mon cœur s’est teinté de chagrin

Les boutons de rose se meurent avant d’éclore

Les fantômes nocturnes s’installent à l’aurore [18].

Cette strophe comporte quatre images simples successives. Néanmoins, elles ne sont en réalité, du point de vue de l’Art abstrait, que des touches colorées à sens identique ou semblable, bien qu’elles soient en fait de différentes formes et de différentes couleurs. Et c’est pour cette raison qu’elles évoquent ensemble une ambiance générale marquée par l’assombrissement, la mort et la tristesse sur fond de paysage naturel en accord total avec l’état d’âme de la poète, ce qui confirme encore une fois sa sensibilité romantique.

Notre attention est attirée également par la structure interne de cette image qui est presque identique à celle des images examinées précédemment. Cela s’observe en premier lieu dans son caractère actif et dynamique qui lui permet de passer brusquement d’un état à un autre qui lui est contraire, ensuite dans sa forme complexe, du fait qu’elle est composée de sous-images simples successives se répartissant sur deux niveaux : abstrait (le Moi de la poète) et concret (le milieu externe).

 

Conclusion 
Monique-Marie Ihry est venue, semble-t-il, à la poésie à la suite d’une expérience amoureuse profonde et sincère malgré son caractère soudain et bref puisqu’elle ne dura que quelques mois. Ceci l’a amenée à entreprendre une expérience poétique qui pourrait être la première en son genre dans la poésie française, voire occidentale moderne. Et si cela s’avérait vrai, elle serait historiquement la seconde poète après la grande poète arabe ancienne Al Khansaa décédée entre 634 et 644 qui se consacra à l’éloge d’un être cher défunt bien qu’il fut son frère et non son amant.

D’autre part, Monique-Marie Ihry, en puisant sa poésie directement dans son expérience réellement vécue dans l’arène de la vie, a fait revenir la littérature selon l’expression de Tzvetan Todorov « au cœur de l’humanité », et la poésie tout particulièrement à son essence première qui est d’après Paul Valéry « l’expression artistique d’une expérience vécue », alors que la poésie a été réduite ou presque ces dernières années à des jeux linguistiques artificiels et insipides.

Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher, à la fin de la lecture de ce recueil, de nous poser la question suivante : quelle sera la prochaine étape de cette poète après s’être convaincue d’accepter le fait accompli et avoir décidé de laisser l’âme de son défunt amant reposer en paix auprès de son créateur ? Peut-on dire qu’en publiant ce recueil, elle est arrivée au terme de cette expérience poétique amoureuse sans précédent ?

                           Mohamed Salah Ben Amor


[1] Monique-Marie Ihry, Rendez-vous manqués, 2001, pp. 12-13.

[2] Ibid. p. 13.

[3] Ibid. p. 17.

[4] Ibid. p. 103.

 

[5] Ibid. p. 87.

[6] Conversation, p. 38.

[7] Ibid., p. 38.

[8] Conversation aimable, p. 32.

[9] Songes d’un soir, p. 34.

[10] Chevalier de lumière, pp. 75‒76.

[11] Ibid,  p. 79.

[12] Ibid,  p. 74.

[13] Prince poète, p. 101.

[14] Ibid.,  p. 101.

[15] Mélodie d’un soir,  p. 15.

[16] Rencontre,  p. 17.

[17] Perles de lune, p. 35.

[18] Silences,  p. 43.

 

« Rimes d’autrefois » poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 23 août, 2013 @ 10:11 dans Critique littéraire, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

 

 

 

 Ce poème que j’ai écrit dernièrement a été traduit en arabe par le Dr Mohamed Salah Ben Amor et publié dans une revue américaine. Qu’il en soit vivement remercié !

Rimes d’autrefois  

 

Sur tes lèvres j’entrevois un au revoir,

un léger frémissement sur l’onde du soir.

Le ciel perle quelques larmes

qui gémissent entre les arbres.

Il se fait tard, il se fait froid,

je sais que nous n’irons plus au bois

cueillir les sarments colorés de la vie.

 

Les roses de mélancolie

referment leur corolle de fête,

il ne reste en notre jardin

que ces orfèvres et défunts matins

où fleurissaient des mots poètes,

ces vers, ces douces rimes

que jadis ensemble nous écrivîmes…

 

© Monique-Marie Ihry    -  21 août 2013 -

 

* * *

« Comme l’ont sans doute remarqué les amis de cette poétesse, ses textes sont devenus de plus en plus espacés dans le temps. Mais il n’y a rien d’étonnant, du fait qu’elle dispose d’un autre moyen d’expression artistique aussi efficace que la poésie : la peinture. Néanmoins, ce retour au très vieil art linguistique après quelques mois d’absence ne peut que retenir l’attention par la rupture qu’il crée avec la série de poèmes qui l’ont précédée, et ce eu égard à l’extrême bonheur qu’elle affichait  et l’atmosphère paradisiaque qu’elle décrivait dans ses vers. Un événement quelconque se serait-il entre temps passé pour provoquer ce revirement inattendu ? À notre humble avis, il n’en est rien ! Il ne s’agit que de l’écho d’un malheureux souvenir lointain enfoui quelque part dans l’inconscient venant d’être réveillé par un stimulus externe, en l’occurrence l’arrivée de l’automne, cette saison particulière à laquelle l’âme de notre poétesse a toujours été sensible. La preuve en est le bon nombre de poèmes qu’elle avait consacré à cette saison dans son premier recueil intitulé : Rendez-vous manqués. Entendons-nous bien, le processus de cette vague de mélancolie qui l’envahit ici est progressif (du passé vers le présent) et non régressif (du présent vers le passé), d’où son caractère purement spontané et involontaire qui n’est pas sans nous rappeler les fameux « sanglots longs de l’automne » de Verlaine.

Sur le plan stylistique, et bien que la poétesse ait mis en exergue le mot « rimes » au pluriel qui renvoie au rythme sonore,  c’est sur la texture imagée qu’elle a concentré l’essentiel de ses efforts. Ce qui s’est traduit par le choix et l’assemblage d’une multitude de  très petits détails (Sur tes lèvres j’entrevois un au revoir / Un léger frémissement sur l’onde du soir / Le ciel perle quelques larmes / Qui gémissent entre les arbres / Il se fait tard Il se fait froid) évoquant la morosité et la grisaille.  Et c’est là  que se situe le point fort et pertinent du poème, car c’est grâce à lui que ce dernier acquiert une dimension profondément humaine : le lyrisme inné de l’homme face à la nature dont il fait partie. »

 

Mohamed Salah Ben Amor

« J’irai au bois » commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 avril, 2013 @ 9:14 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | 1 commentaire »

 

SOUS-BOIS 80 X 40

 

Je voudrais de mes mains toucher l’immatériel

Quitter ce monde vain, rejoindre l’arc-en-ciel

Colombe me poser sur un nuage rose

Frôler cette étoile où mon bel aimé repose

Mes rêves s’évadent au-delà du réel

Il me faut cependant en simple ménestrel

Composer ce présent à la rime morose

Semer des mots d’espoir dans mon jardin en prose

Quand viendra le printemps éclore l’espérance

Qui germait dans sa sève au plus profond du cœur

Les grands maux de l’hiver feront leur révérence

J’irai au bois cueillir le bouquet d’un poème

Orchestré par la vie, l’amour d’une bohème

Où l’on fait fi des maux, où le verbe est vainqueur

 

 

©  Monique-Marie Ihry    -  14 mars 2013  -

Toile de l’auteure « Sous-bois » (2016) – huile sur toile 80 x 40 cm -

Poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

 

 »Écrit tout dernièrement, étant daté du 14 mars 2013, ce poème qui s’inscrit dans la même orientation romantique de l’auteure que l’on peut considérer comme la principale constante dans son expérience poétique, nous apporte néanmoins une nouveauté. En effet, si une coupure totale s’était   apparemment produite entre sa première étape que représente son  recueil Rendez-vous-manqués (Tunis, 2011) où la présence du ciel et de l’au-delà est prépondérante, et la suivante que couvrent les poèmes réunis dans  le second recueil intitulé Le cœur d’Ana (Narbonne, 2013) où l’âme de la poète s’est réconciliée avec le paradis terrestre, il nous est dévoilé dans ce poème que les liens qui les lient au passé n’ont  pas été complètement rompus  et qu’elle garde de ses épreuves  précédentes une certaine nostalgie  (Je voudrais de mes mains toucher l’immatériel / Quitter ce monde vain, rejoindre l’arc-en-ciel /  Colombe me poser sur un nuage rose / Et frôler cette étoile où mon bel aimé repose). Mais, il ne s’agit probablement ici que d’un restant de nostalgie qui lui traverse l’âme et l’esprit, tel un souvenir  furtif pour s’estomper tout de suite après et laisser son attention fixée sur ses préoccupations terrestres  (Il me faut cependant en simple ménestrel / Composer ce présent à la rime morose / Semer des mots d’espoir dans mon jardin en prose). Et d’un coup, le désir de quitter ce monde vain cède la place à l’espoir (Quand viendra le printemps éclore l’espérance /  Qui germait dans sa sève au plus profond du cœur / Les grands maux de l’hiver feront leur révérence). Et voilà notre poète qui revient à nouveau à son heureuse ambiance d’ici-bas (J’irai au bois cueillir le bouquet d’un poème / Orchestré par la vie, l’amour d’une bohème / Où l’on fait fi des maux, où le verbe est vainqueur) ; ce qui veut dire que la coupure entre les deux étapes était irréversible.

Sur le plan du style, l’auteure a usé de toutes ses capacités imaginatives et sa sensibilité esthétique   pour nous gratifier d’une série d’images étincelantes empreintes  de nostalgie et de  douce mélancolie (de mes mains toucher l’immatériel ‒ colombe me poser sur un nuage rose ‒  frôler cette étoile où mon bel aimé repose – il me faut cependant en simple ménestrel composer ce présent à la rime morose semer ‒ des mots d’espoir dans mon jardin en prose  – j’irai au bois cueillir le bouquet d’un poème orchestré par la vie, l’amour d’une bohème). »

 

« Trêve », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 24 novembre, 2012 @ 7:13 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

roses blanches senza

Trêve  

 

Le cygne fendait l’eau, majestueux et beau

Dans le crépuscule s’éveillaient les étoiles

Dissipant peu à peu les brumes de leur voile

L’ange dans les cieux semblait bénir les flots

 

Au loin l’on entendait des chevaux les sabots

Le bruit de leur course dans le soir automnal

Finit par agonir de ses pas en rafale

Dans le silence azur d’une nuit sans tombeaux

 

Le cygne blanc nageait au rythme de la lune

Dont le chant bienveillant aux notes opportunes

Charmait l’onde sereine et comblait d’infini

 

Le monde s’endormait dans la blonde harmonie

D’une paix recouvrée, remettait à demain

L’enfer de la guerre, ses fers, son venin

 

©  Monique-Marie Ihry     -  24 novembre 2012  -

Texte déposé, reproduction interdite

Extrait du recueil de poésie Cueillir les roses de l’oubli, Éditions Mille-Poètes en Méditerranée, Narbonne, 2014

* * *

Commentaire :

« Ce poème confirme  la nouvelle orientation qu’a  pris l’écriture poétique de l’auteure et qui se poursuit depuis près de deux ans déjà, une orientation que l’on peut qualifier de romantisme détendu et épanoui où l’âme de la poétesse  jouit d’un équilibre interne total  et d’un accord parfait avec l’univers dont elle n’entrevoit que le côté reluisant,  générateur de  paix  et  de quiétude, source de bonheur  et de bien-être. Vu sous cet angle-là, ce poème comporte les principales caractéristiques de la nouvelle orientation. Ce qui s’est concrétisé, en premier lieu, dans  la structure binaire dont il a été doté et qui a été érigée sur la dichotomie générale  : positif/négatif  englobant un ensemble de sous-dualités (magnificence/désolation – crise/détente ‒ joie/morosité, etc.), puis dans le double regard porté par la poète sur l’univers : émerveillé d’un côté  (majestueux et beau     L’ange dans les cieux semblait bénir les flots   le chant bienveillant aux notes opportunes / Charmait l’onde sereine et comblait d’infini / Le monde s’endormait dans la blonde harmonie / D’une paix recouvrée… )  et repoussant de l’autre  (brumes tombeaux l’enfer de la guerre, ses fers, son venin) conjugué à un ton non moins double  également  exalté d’un côté, et  hostile  de l’autre concordant chacun avec l’un des deux registres opposés précédemment cités.

Les joyaux se succèdent Monique-Marie ! J’espère que la parution de ton nouveau recueil ne tardera plus longtemps  pour que nous puissions  voir  ces joyaux réunis et les savourer ensemble du regard et de l’esprit ! »

 

Mohamed Salah Ben Amor

« 1er novembre », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 3 novembre, 2012 @ 8:26 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes courts, Poèmes en français | Pas de commentaires »

1er  novembre 

Alors que l’on fleurit les tombes

Des êtres que l’on a aimés,

Germe la vie en toute rose.

©  Monique-Marie  Ihry    - 5 février 2012  –

Texte déposé

* * *

 

« Depuis des millénaires, l’être humain a constaté que l’une des  principales lois qui régissent l’univers est l’alternance de la plupart des phénomènes observés : la nuit et le jour, les saisons, le flux et le reflux, la crue et la sécheresse, l’abondance et la disette, la vivacité et le fléchissement… et,  parmi eux,  la vie et la mort. Et c’est cette dernière constatation  qui était à l’origine des idées de l’au-delà  et de la résurrection, lesquelles naquirent dans l’esprit des humains bien avant l’apparition des religions monothéistes, tout comme l’idée de la réincarnation chez certains peuples. D’où  la notion  de régénération et de renaissance aux sens propre et au sens figuré.  Et rien d’étonnant qu’une telle idée prenne forme dans l’esprit de l’auteure,  cette romantique née, connue pour sa prédilection pour le thème de la nature. Rien d’étonnant également qu’elle ne l’aborde pas en tant que fin en soi. En effet, absorbée comme elle l’est dans ses nouvelles préoccupations positives résultant du changement radical qui a touché sa vie, elle  ne fait que prendre cette idée comme point de départ  pour exprimer sa vision optimiste de l’avenir avec la conviction que même  la mort est incapable d’empêcher sa concrétisation.

Sur le plan du style, la seule image  complexe que comporte le texte est composée de deux constituants contraires  successifs : « l’on fleurit les tombes / Des êtres que l’on a aimés / Germe la vie en toute rose »  qui résument  ensemble toute la vie passée et présente de la locutrice.

Nous terminons ce commentaire par  cette  citation très significative  de Fleurette Levesque qui va dans le même sens : « La vie est un éternel recommencement ». »

Mohamed Salah Ben Amor

 

« Les rochers de l’aube », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 2 octobre, 2012 @ 9:35 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

soledad I 27  35

Toile :  » Soledad  » (2009) © Monique-Marie Ihry

Les rochers de l’aube

 

Sur les trottoirs frileux les feuilles se dérobent

Et partent rejoindre les caniveaux de l’aube.

La pluie va nus pieds sur les pavés de la rue

Rejoindre les larmes dont le flux s’est accru.

 

Le vent sur sa jument ivre fend la pénombre

Dénudant la robe des papillons de l’ombre,

Le cœur aux corolles flétries par la mémoire

S’effeuille peu à peu sur la page du soir.

Où sont ces blonds pays où brille notre amour,

Où court le fleuve azur des rêves de toujours

Lorsqu’ils ne s’échouent pas sur les rochers de l’aube ?

Où sont ces prés fleuris où les lys de leur robe

Venaient parer d’oubli le jour qui se dérobe

À force de beauté, sur les flots de l’amour ?

 

© Monique-Marie Ihry – 17 février 2012 -

 

* * *

 

« Sur le plan locutoire (ce qui a été dit), ce poème est composé de deux parties égales et distinctes : la première (les deux premières strophes) est constative, du fait qu’elle décrit formellement deux paysages visibles. La seconde  (le reste du texte) est performative, car elle a été conçue sous forme d’une série d’interrogations et n’est  donc, de ce fait, ni vraie ni fausse. Néanmoins,  sur le plan illocutoire, c’est-à-dire du vouloir dire,  tout le poème a été élaboré  dans l’intention d’exprimer l’état d’âme mélancolique de la locutrice (celle qui parle et qui ne s’identifie pas nécessairement à l’auteure). Cependant, si le premier niveau ne pose aucun problème  puisqu’il s’inscrit totalement dans la tendance romantico-symbolique de la poète,   surtout de par l’usage massif du lexique de la nature (aube feuilles   pluie vent  pénombre papillon ombre corolle  fleuve rocher pré   lys) et l’accord entre le moi et chaque aspect décrit de cette nature (la tristesse dans les  deux premières strophes/le bonheur souhaité dans les deux suivantes), le niveau illocutoire, en revanche, paraît être en contraste avec les derniers poèmes de l’auteure dans lesquels elle dépeint des ambiances de bien-être et d’optimisme. Que s’est-il passé ? Rien d’anormal ! En effet  et psychologiquement parlant, la mélancolie est de deux sortes : l’une est persistante et innée (ce qui n’est pas le cas ici) et l’autre est née de l’humeur du moment et passagère.

Sur le plan stylistique, enfin, le poème a été habilement construit en deux phases  égales et opposées  (le  réel/le souhaité –  le constatif/le performatif – le locutoire/l’illocutoire) et regorge d’images agréables dont certaines sont bouleversantes (La pluie va nus pieds sur les pavés de la rue / Rejoindre les larmes dont le flux s’est accru / Le vent sur sa jument ivre fend la pénombre / Dénudant la robe des papillons de l’ombre). Notons par ailleurs la régularité des rimes et des sonorités. »

 

Mohamed Salah Ben Amor

« Après-midi de mai », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 31 août, 2012 @ 2:03 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

soledad.jpg

(toile de l’auteure)

 

 

Elle avait ce je ne sais quoi

qui vous met les sens en émoi.

Sa bouche avait un ton cerise,

de celles que l’on cueille en mai.

Je la peins fort déshabillée,

lui fis la pose émerveillée

comme si elle regardait

l’ange dont elle était éprise.

Sa taille fine soulignée,

la chevelure dépeignée,

elle attendait son bien-aimé.

Dans l’après-midi  parfumé

l’amante avait un rendez-vous…

 

©  Monique-Marie Ihry    -  31 janvier 2012  - Poème extrait du recueil de poésie grivoise intitulé  » Délices   » en vente sur amazon.fr , réédition juin 2018

* * *

 Commentaire :

« Trois éléments attractifs contribuent, dans ce nouveau mini-poème, à fasciner le récepteur, qu’il soit lecteur ou auditeur pour le cas où il serait déclamé. Le premier est le sous-thème abordé appartenant au thème général de l’éternel féminin et qui est  le recours  par tous les moyens de la part des filles d’Ève  pour plaire  à l’homme,  par l’embellissement de  leur  aspect externe (la bouche avait un ton cerise   fort déshabillée   pose émerveillée  sa taille  fine  soulignée  la chevelure dépeignée), sachant que les individus de sexe masculin sont plutôt visuels en amour. Le second est expérimental et consiste à faire chuter  les frontières entre la poésie et la peinture (je la peins  lui fis, …) grâce au don double de l’auteure. Et cela s’est matérialisé  par l’exécution d’un tableau en mots ou, si l’on veut, par l’écriture d’un poème avec des traits et des couleurs mentales imaginées. Le troisième, enfin, est la narrativisation du poème  par l’usage de deux procédés utilisés dans  la littérature narrative  moderne : l’un est la description graduelle du personnage  empruntée au cinéma et l’autre est le  dévoilement, tout à la fin du poème, du petit secret de l’héroïne  qui est  d’avoir un rendez-vous.

Grâce à  la mise en fonction très mesurée et finement dirigée vers des objectifs esthétiques bien précis  de toutes ces techniques réunies, l’auteure nous a gratifiés encore une fois  d’un véritable joyau. »

Mohamed Salah Ben Amor

« Aurore », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 30 juillet, 2012 @ 10:15 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes courts, Poèmes en français | Pas de commentaires »

 

Aurore 

 

Les arbres nus, les massifs en fleurs,

la rose, l’oiseau,

tout renaissait dans la brume.

La nuit et ses cendres tiraient leur révérence

au jour dans le chant d’une aurore …

 

©  Monique-Marie Ihry    -  2012  -

 

* * *

 

« Dans ce haïku, le mot  « jour »  est le mot-clé ou plus précisément le focus  au sens pragmatique du terme, bien qu’il ait été mentionné au dernier vers. Et ce retardement est, sans aucun doute, délibéré et calculé afin d’exploiter le plus grand nombre d’éléments linguistiques utilisés  précédemment  pour  bien  le mettre en évidence, vu que le texte a été construit spécialement autour de lui.

Commençons donc par examiner les significations  de ce mot pour comprendre  dans quel but il a été retardé. Le jour  est l’un des symboles de la masculinité,  d’où les notions de vivacité, d’activité, d’intrusion, de clarté  et d’amour déclaré  qui lui sont  associées. Dans ce haïku-ci,  on le voit prendre la place de  son contraire « la nuit » qui représente la féminité avec la plupart de ses caractéristiques notamment la passivité, la réceptivité, l’intuitivité et l’amour secret. Néanmoins, cette passation n’est pas directe car elle a été accomplie après une phase intermédiaire, le temps relativement bref que dure  l’aube. Et cette phase est loin  d’être superflue parce qu’elle évoque une période marquée par le doute, la suspicion et la méfiance  qui sont des états d’âme presque propres aux femmes dans leur relation avec le sexe opposé. Enfin, si la succession de ces trois étapes (nuit – aube – jour) connote  effectivement une évolution positive et heureuse, il est à remarquer que l’on est  encore seulement au lever du jour. Ce qui veut dire qu’il reste un bon trajet à parcourir. Espérons que  la prochaine  étape confirmera tout l’optimisme affiché par la locutrice  en couronnant son poème par le lever du jour. »

 

Mohamed Salah Ben Amor

 

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