Dans le Jardin des mots

Archive pour la catégorie 'Critique littéraire'

« Symphonie matinale », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 11:44 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Symphonie matinale

 

Palavas s’éveillait dans un concert ailé

Les goélands dansaient un ballet étoilé

La mer allait, venait dans une valse bleue

Déposant à ses pieds en offrande immaculée

Le feston d’une fine dentelle satin

Qui s’immolait avec grâce dans le matin.

L’écume s’effaçait pour renaître à nouveau

Déposant sous ses pas dans un doux renouveau

L’offrande généreuse d’une tendre aurore

Dont le souvenir bienheureux perdure encore…

 

Monique-Marie Ihry – 6 mars 2014  -

 

* * *

 Ce poème dépeint apparemment  un paysage  naturel réel dans la station balnéaire méditerranéenne  de Palavas-les-Flots  sise dans le Sud de la France. Mais si l’on essaie de voir un peu plus loin que le « dit »  pour creuser un peu dans « le non-dit »  exprimé malgré tout involontairement  par l’inconscient de la locutrice, on y découvrira la même structure de son monde poétique spécifique régi par ces trois dualités constantes : le haut/le bas, le haut/le Moi et  le bas/le Moi. Le haut est représenté ici par le goéland,  symbole du prince charmant parti pour le paradis céleste, le bas par la mer  source de la vie  et le Moi, l’âme de la poétesse  meurtrie par la perte du prince et qui cherche désespérément une échappatoire ou même une consolation,  par le biais de l’oubli et la beauté enivrante environnante, aidée dans cette tentative par l’accord total entre l’effet bénéfique du haut sur le bas et  celui de l’harmonie entre le haut et le bas sur le Moi  sous forme d’une symphonie  visuelle (les mouvements des goélands, des vagues et des écumes) et peut-être sonore extrêmement exaltante. Ce qui montre que  dans toute description du monde extérieur il y a nécessairement une projection inconsciente de soi. Et quelle belle projection nous est illustrée dans ce poème !

 

 Mohamed Salah Ben Amor

« Orée d’une éternité », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 11:37 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

ENCRE 29 (3)

Orée d’une éternité

 

Je vis éclore sur ses lèvres

Les prémices d’un bleu sourire,

Rose en porcelaine de Sèvres,

Délicatesse d’un porphyre…

Je crus accéder aux cieux.

Poussée par les ailes de l’aube,

Portée par l’air mélodieux

Que la lyre aux âmes dérobe,

Délivrée d’une cécité,

Un espoir embrasa mon cœur.

J’entendis s’élever un chœur

À l’orée d’une éternité…

 

Monique-Marie Ihry – 25 avril 2013 -

Extrait du recueil de poésie Délices, Éditions Mille-Poètes en Méditerranée, Narbonne, 2013

Illustration de l’auteure

* * *

Dans un écrit littéraire, qu’il soit poétique ou en prose, ce ne sont pas les sens dénotatifs, référentiels et apparents qui intéressent  le lecteur averti mais les sens symboliques inconscients qui  lui font découvrir  le tréfonds de l’auteur. À  ce niveau-là, la locutrice se présente dans ce texte de deux manières différentes : tantôt comme objet/patiente/rhème respectivement  au sens grammatical, sémantique et pragmatique de chacun de ces termes (poussée – portée – délivrée – embrasa mon cœur), tantôt en position d’observatrice ou de réceptrice passive  (je vis éclore j’entendis s’élever), c’est à dire dans une  situation semblable à celle d’un bébé dans son  berceau ou d’un passager dans une barque. Pour ce qui est de la première position, elle fait référence au sentiment d’être protégée contre les imprévus de la vie et d’être choyée par son entourage immédiat. Quant à la seconde, elle indique le passage d’une rive  malsaine ou  peu accommodante (délivrée d’une cécité)  à une autre édénique et enchanteresse (accéder aux cieux  s’élever un chœur à l’orée d’une éternité les ailes de l’aube l’air mélodieux – espoir) où elle jouit de ce qui lui a toujours tourné le dos : l’Amour  (Je vis éclore sur tes lèvres / Les prémices d’un bleu sourire, / Rose en porcelaine de Sèvres, / Délicatesse d’un porphyre). Ainsi, c’est une partie d’elle-même  ou, si l’on veut,  sa « vieille peau » qu’elle laisse sur l’autre rive pour  en endosser une autre tout à fait nouvelle.

Pour ce qui est du style, la poète est, comme d’habitude, toujours égale à elle-même  avec la forte présence de son cachet spécifique qui allie un néoromantisme exquis et un existentialisme croyant très profond.

Mohamed Salah Ben Amor

 

 

 

« D’un souffle », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 11:32 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

 

Très las, il s’assoupit dans un souffle serein.

Son corps voluptueux reposait sur le drap

De soie rose. Il mettait en valeur son teint

Perle de rosée au velours très délicat.

 

J’eus soudain envie de lui offrir un baiser,

De caresser ses hanches, son corps désirable,

Mais décidai de le laisser se reposer

Sous le regard heureux de mon amour affable.

 

Je veillais sur son repos lorsque vint l’aurore,

Il pencha sur mon cœur un regard amoureux,

Me couvrit de baisers dont il me plaît encore

À me remémorer lorsqu’en mon cœur il pleut…

 

Monique-Marie Ihry – 27 avril 2013 -

Extrait du recueil de poésie Délices, Éditions Mille-Poètes en Méditerranée, Narbonne, 2013, réédition juin 2018

* * *

 

Dans ce poème d’amour, deux remarques retiennent notamment notre attention : la première, au niveau du thème, est la différence énorme entre le comportement de la femme et celui de l’homme en amour. Cela se voit dans la maîtrise qu’exerce la locutrice sur son désir lorsque son compagnon est en train de dormir,  tandis que celui-ci ne se fait pas prier  pour passer directement à l’action et entrer dans le vif du sujet. Freud a expliqué cette différence par le fait que l’un des caractères spécifiques de la nature féminine est la réceptivité à laquelle il  a opposé l’intrusion chez le mâle. Et de ces deux modes de comportement résulte la complémentarité et l’harmonie entre les deux sexes.

Au niveau stylistique, ce texte vaut surtout par son rythme  mental généré par cette opposition pertinente entre les comportements des deux partenaires et par le tableau horizontal englobant les deux images de l’homme et des draps,  brossé à coups de pinceaux  par le biais d’une description visuelle. D’autre part, une intertextualité minime avec  l’un des plus fameux poèmes de Verlaine  se fait sentir  dans le dernier vers « À me remémorer lorsqu’en mon cœur il pleut » qui  me rappelle ces  deux autres vers de Monique-Marie :

Vous étiez beau Monsieur sur le pas de la gare

Lorsque je vous  vis un jour  au seuil de mon cœur[1]

 

Verlaine avait dit :

 

Il pleure dans mon cœur  

Comme il pleut sur la ville 

 

Artistiquement parlant, ce poème est un vrai bijou !

 


[1] Rendez-vous manqués, IchraQ Éditions, 2011, p. 17.

« Juste un baiser », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 11:26 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour | Pas de commentaires »

Encore un baiser sur mes lèvres déposé

Dans la rosée de cette aube, un baiser de rose

Posé doucement sur mes paupières closes

Offertes à ta ferveur dans un hiver rosé

 

Un baiser étoilé sur mon cœur embrasé

Un délicat souffle de lune que je n’ose

Espérer encore, un tendre murmure en prose

Poétisé dans le crépuscule apaisé

 

Juste encore un baiser sur mes lèvres en attente

Un message de vie, une douce promesse

Un poème prosé, délicate caresse

 

Sur le silence installé de mon âme aimante

Un ultime baiser qui consacre l’instant

Défie les temps défunts d’un amour pénitent

 

©  Monique-Marie Ihry    – 1er mars 2012  -

 

Critique du Pr. Mohamed Salah Ben Amor :

Ce qui retient  tout particulièrement l’attention dans ce sonnet est, en premier lieu, l’accumulation de comparants surprenants imaginés par la poétesse pour décrire le baiser (un délicat souffle de lune ‒ un tendre murmure en prose poétisé ‒  un message de vie ‒ une douce promesse ‒ un poème prosé ‒  délicate caresse, …). Un autre point non moins fort est l’usage massif de sonorités sous forme d’assonances répétant le mot baiser ou résonnant comme des échos (déposées rosée baiser posé  poétisé apaisé baiser prosé, …). Et, à  notre avis, la poétesse n’aurait jamais pu réussir à élever son texte à ce haut degré de poéticité si elle n’était pas partie d’une expérience réelle vécue.

 

« Lorsque le jour épouse le crépuscule » commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 5 mai, 2018 @ 11:11 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes courts, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Lorsque le jour épouse le crépuscule
que la nuit semble enfin capturer
dans ses filets
une infime étoile de vie,
le monde s’endort
confiant son sort à l’horloge du temps,
remet à demain ses espoirs latents,
essaie de clore un instant son regard
sur l’injustice, la misère en ce monde,
prie pour que cessent enfin les guerres
et tente de croire à nouveau
en l’Homme…

© Monique-Marie Ihry – 20 février 2015

 

Commentaire du Pr. Mohamed Salah Ben Amor :

 

Partant de la dualité : jour/nuit dont les éléments s’opposent sur plusieurs plans, l’auteure de ce poème fait pencher la balance au profit du deuxième cité, en le faisant occuper presque la totalité de l’espace sémantique du texte ( de « que la nuit semble enfin… »au 2ème vers  à l’ultime vers), et ce en raison de sa manière de voir le monde en tant que femme , sachant que la nuit est un espace temporel propice à l’éveil des facultés spécifiquement féminines telles que la réceptivité et l’intuition et en tant que poète , du fait que la nuit est un symbole archétypal   connotant l’inconscient donc  lui offre l’occasion de plonger profondément dans son intérieur. Et le résultat de cette fuite en arrière est une vision panoramique du monde  mettant à nu la réalité amère qui y règne et qui prend  de plus en plus un aspect cauchemardesque (injustice, misère, guerres).Mais grâce à son regard foncièrement optimiste, la poète se ressaisit et ne se laisse pas gagner par le désespoir , ce qui se traduit par cette clôture  rassurante qui laisse malgré tout  la porte ouverte à la possibilité de jours meilleurs « prie pour que cessent enfin les guerres/et tente de croire à nouveau).Un poème concis mais plein de significations profondes et pertinentes.

Aux confins de la nuit (commenté par le Pr Mohamed Salah Ben Amor)

Posté : 1 septembre, 2017 @ 4:00 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Aux confins de la nuit


L’été repliait son manteau fleuri de sève,
L’automne déployait son jupon flamboyant
Sur le massif en deuil, désolé, larmoyant
Dans le balai d’un soir où la mort plante un glaive.

C’était la fin d’un jour, un amour qui s’achève
Et dans la tombe ouverte à l’automne assaillant
Des feuilles défuntes, réunies, sommeillant
Gémissaient en silence en plainte sourde et brève.

Dans le noir crépuscule aux confins de la nuit
Une lune voilée aux accents de tristesse
Entamait un refrain de profonde détresse.

L’été était parti, l’amour s’était enfui
Et dans mon cœur rompu aux refrains d’une larme
Se perdaient mes rêves dans le vide et son charme…
© Monique-Marie Ihry – 2 mai 2014 -

* * *

 

« L’une des constantes principales de la poésie de l’auteure de ce texte est l’utilisation symbolique massive des éléments naturels que l’on voit présents dans presque tous les vers. Néanmoins, c’est sur des éléments temporels que s’est focalisée, cette fois, son attention et sur lesquels elle a érigé la fondation de son poème .Ces éléments ont été distribués sous forme de deux dualités dont l‘une , étant plus vaste ( Eté/Automne ), englobe l’autre, plus restreinte ( Jour/Nuit) .D’autre part , elles n’ont pas été appréhendées dans leur dimension concrète mais dans la phase minime de transition où l’automne commence à prendre la relève de l’été, laquelle est une sorte de passage lourd et pénible à supporter par les âmes sensibles comme celle de l’auteure, du fait de leur prédisposition à la mélancolie et aux appréhensions du futur immédiat .D’où ce flot d’images évoquant la tristesse , le regret, l’angoisse et dont la plupart ont été conçues sur la base de la personnification (massif en deuil, désolé, larmoyant – la mort plante un glaive – dans la tombe ouverte à l’automne assaillant des feuilles défuntes – lune voilée aux accents de tristesse – un refrain de profonde détresse ).Mais , il n’y s’agit que d’une simple projection de l’état d’âme de la poétesse sur le paysage naturel qu’elle décrit dans ce laps de temps bien déterminé.Et elle le dit d’ailleurs expressément : (dans mon cœur rompu aux refrains d’une larme se perdaient mes rêves dans le vide et son charme ).Et le mot « charme » qui peut apparaître ici, à première vue, comme un intrus montre que la beauté n’est nullement liée à la joie et que bien de paysages tristes sont esthétiquement fascinants. Nous avons encore beaucoup à dire sur ce poème mais notre commentaire s’est trop allongé. Arrêtons-nous donc et invitons les lecteurs à dégager le reste. »

Création (texte commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor)

Posté : 30 juillet, 2017 @ 5:11 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

 CRITIQUE DE MON TEXTE  » Création  » PAR LE PR. MOHAMED SALAH BEN AMOR, Critique littéraire tunisien  (23.07.2012)
 » D’habitude , je ne me fie pas à ce que disent les écrivains et poètes sur leurs écrits , étant convaincu que la distance entre le vouloir dire et le dire est énorme .Cependant  , l’annonce que fait l’auteure  dans ce texte  théorique de la parution  de son prochain recueil  excite ma curiosité d’y voir clair  , vu ma connaissance approfondie de  son expérience poétique précédente  .Plusieurs approches esthétiques  semblent  avoir été suivies  ou du moins tracées dans ce nouvel ouvrage .D’abord le néo-réalisme qui consiste à partir du réel sans  le photographier à la manière des naturalistes  ou à s’y calfeutrer comme  dans le réalisme socialiste prôné par Jdanov (ne pas s’enfermer dans une reproduction fidèle de la réalité objective telle qu’elle se présente à notre regard ) mais  en le sassant  de fond en comble afin d’en dégager  les traits les plus pertinents et les plus significatifs . Ensuite la théorie de la forme ( gestaltisme  ou psychologie de la forme ) dont la mise en application en art est de ( partir d’une  base à l’image du  miroir que nous renvoie parfois la nature, les objets du quotidien ou bien les êtres vivants, s’inspirer de leurs formes pour obtenir en quelques traits une base tangible). Tertio , le romantisme déjà  fortement présent dans les écrits précédents de l’auteure et dont la place demeure  , à l’en croire  , essentielle  (s’imprégner ensuite de la blondeur complice du soleil, de la douce mélodie des oiseaux, de la parure que revêt une prairie printanière offerte à notre présent ). Cet amalgame de tendances s’explique par la chute des courants littéraires qui avait suivi la chute des idéologies à la deuxième moitié des années quatre-vingt , une chute que certains écrivains et poètes ont exploitée ,  à bon escient  , en puisant dans ces courants tous les éléments qu’ils trouvent les mieux adaptés à leur goût , humeur et personnalité   , étant donné que pour tout écrivain moderne qui se respecte la singularité du style reste  l’objectif le plus primordial à atteindre . Attendons la sortie de ce nouveau recueil pour  voir  ce qui a été  vraiment concrétisé de ces trois grandes lignes . « 
Mohamed Salah Ben Amor
critique littéraire tunisien

 

Création

par Monique-Marie Ihry

 

Tenter d’accéder aux voix du Cosmos pour composer avec la grandeur du monde, aller en soi, dans l’abîme de son moi intérieur afin de mieux exprimer la véracité spontanée de son être, s’écarter du joug carcéral des conventions qui ont régenté notre vie, accepter de se détourner du chemin unique édicté par la norme et ses apôtres de rigueur endimanchés, ne pas s’enfermer dans une reproduction fidèle de la réalité objective telle qu’elle se présente à notre regard mais partir d’une base à l’image du  miroir que nous renvoie parfois la nature, les objets du quotidien ou bien les êtres vivants, s’inspirer de leurs formes pour obtenir en quelques traits une base tangible, tirer ensuite de ces fondations nécessaires une essence issue des profondeurs de l’expérience des bonheurs vécus ou des malheurs subis, de l’empreinte des cicatrices superficielles ou profondes qui saignent encore ou pleurent sur notre quotidien, vivre intensément au-delà de son vouloir tous ces ressentis obligés, s’imprégner ensuite de la blondeur complice du soleil, de la douce mélodie des oiseaux, de la parure que revêt une prairie printanière offerte à notre présent

 ET,

tenter de revivre à la vie, à l’heure où l’aube éclot sous les perles de rosée du jardin fleuri de nos espérances. 

Ressourcée par l’énergie d’un silence solidaire, nourrie par l’exaltation solitaire propice à la création en cours, s’ouvrir au chant symphonique du monde…

 

©  Monique-Marie Ihry    

 

Lectures de poésie mondiale par le Professeur Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 30 décembre, 2016 @ 8:00 dans Critique littéraire, Poèmes en français | Pas de commentaires »

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Voici le dernier ouvrage publié par le Professeur et critique littéraire tunisien Mohamed Salah Ben Amor. 52 poèmes provenant de poètes appartenant aux 5 continents y sont commentés. J’ai pour ma part le bonheur d’y figurer avec mon poème  » Le chant du cygne « . Merci à lui !
Un très bel ouvrage.

http://online.fliphtml5.com/bmvk/pniu/#p=1

 

 

Article paru dans la revue  » Culminance « 

Posté : 27 février, 2016 @ 5:33 dans Critique littéraire, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Au banquet de la vie par : MONIQUE-MARIE IHRY-poétesse française – Montpelier – France

17 février 2016

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MONIQUE-MARIE IHRY-poétesse française – Montpellier – France

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  I
J’ai à peine consommé au banquet de la vie
Je n’ai point tout à fait mis fin à cette envie
De m’éveiller chaque matin
Dès le chant de l’aurore abreuvée d’espérance
Emportée par les mots, oubliant ma souffrance
Portée par mes rimes satin.

Il sera toujours temps de replier mon aile
Quand l’aube venue ma dernière chandelle
Viendra en silence mourir
Éteignant cet espoir qui animait mon âme
M’emportant vers mon sort comme une vieille femme
Que l’hiver soudain vient flétrir.
II
Je pars pour un voyage aux confins de la mort.
Mes bagages sont prêts, je m’incline sur ce sort
Que Satan lui-même m’impose.
Je n’ai que trop vécu, souvenirs trop pesants,
Des boulets que l’on traîne au désespoir des ans
Imposant une vie morose.

Le voyage sera court, je vais vers mon destin
Il n’est plus de demain, je pars vers l’incertain
Voguer sur l’onde du mystère
Dans la brume du soir, où le soleil se meurt
Où les jours sont des nuits, où règne la laideur
Dans un antre crépusculaire.

Nul besoin de bagage aux confins de la mort,
Sur ce triste rivage, arrivée à bon port
Satan me tendra une rose
Aux épines dressées qui tacheront de sang
Mon âme virginale, me livrant au croissant
D’une faux affutée, éclose.
III
Adieu mes livres, mon crayon, mes cahiers
Je dois abandonner tous les plaisirs premiers
Qui édulcorèrent ma vie.
Je ne verrai plus l’aube et sa douce senteur
Ni la rosée des bois, son parfum enchanteur
Enivrant ma lente survie.

Adieu mon amour, mon amant, mon ami
Dans le soir triomphant le soleil a faibli
Et le jour se métamorphose.
Dans l’affreux crépuscule la lune va mourant,
Mon cœur au son du soir capitule, se rend
Il est temps de faire une pause.

Une pause bien longue empreinte de rancœur
Un aller sans retour vers un monde sans fleur
Où n’éclot que la verte épine
Où l’aurore n’est que noire car le soleil n’est plus
Où la vie est un leurre et les rêves superflus,
Dans les cieux la mort assassine.
IV
Je n’ai rien consommé au banquet de la vie
Et voilà que s’éteint mon élan de survie.
Dans le silence de la nuit
Ma dernière chandelle avorte au son du glas.
Je ne reverrai plus au jardin les lilas,
Ton sourire et le jour s’enfuit…

Il est temps de partir, de replier mon aile
Tel un oiseau blessé au gémissement frêle.
J’abandonne ma plume aux vents
Et me laisse emporter par le Diable et sa fougue
Au mystère des cieux, les mains liées au joug
De l’enfer, ses sables mouvants…

© Monique-Marie Ihry – 9 septembre 2015 –
(Extrait d’un recueil de poésie en cours d’écriture)

Commentaire de Mohamed Salah Ben Amor :

 » Que s’est-il passé? Est-ce bien Monique-Marie Ihry qui a écrit ces vers ? Ou bien elle nous parle par la voix d’une autre ? Ou encore c’est elle qui les a écrits mais dans un moment passager de désespoir comme cela arrive à chacun d’entre nous ? Depuis quatre ans déjà, elle nous a habitués à afficher dans ses poèmes un bonheur sans nuage et un optimisme sans faille, s’abandonnant de toute son âme au plaisir de la vie et regardant l’avenir d’un œil serein et confiant. Mais voila que l’horizon s’obscurcit contre toute attente et l’univers tout entier se métamorphose en un lieu funèbre sur lequel pèse une atmosphère de deuil et de larmes !


Quoi qu’il en soit, ce poème montre à quel point le poète lyrique – Et Monique-Marie en est l’une des meilleures représentantes – est fragile et friable et il suffit d’un rien pour qu’il change d’un état à un autre tout à fait contraire, d’un accord harmonieux avec l’univers à une rupture totale avec lui comme on le constante dans le cas présent .Le grand poète tunisien de tous les temps Aboulkacem Chebbi ( 1909 -1934 )qui nous a gratifiés d’un bon nombre de poèmes reluisants dans lesquels il a chanté la vie ( le titre de son unique recueil portait justement le titre de Chants de la vie) n’-t-il pas écrit aussi ces vers tragiques sous l’effet d’un pressentiment de départ imminent ?:

Calmez-vous ô blessures ! Taisez-vous ô chagrins !
L’époque des lamentations et le temps de la folie Sont révolus
Le matin a point derrière les siècles
Et le rugissement des eaux derrière les ténèbres
Le matin et le printemps de la vie m’ont appelé
Et leur appel m’a fait trembler le cœur
Qu’il est irrésistible cet appel !
Il n’est plus question pour moi de rester dans ces lieux
Adieu ! Adieu !Ô montagnes des tourments !
Ô défilés de l’enfer ! Ô collines de la tristesse !
Ma barque a pris le large dans les eaux profondes de l’océan
J’ai levé la voile, adieu ! Adieu !
Mais si le contexte de l’énonciation est le même, Chebbi, à la différence de Monique-Marie, voit dans ce départ une délivrance du gouffre terrestre tandis qu’elle l’appréhende comme une perdition irréversible et que l’au-delà se réduit à ses yeux uniquement à l’Enfer.
Cependant, connaissant parfaitement les caractéristiques de l’âme lyrique dont surtout le changement constant de l’humeur, nous ne serons point surpris de voir notre poétesse dans ses prochains écrits renouveler sa confiance en soi et en l’avenir et reprendre goût à la vie.
Stylistiquement, ce poème, grâce au ton de sincérité dont il est empreint, à ses images finement fignolées et à ses sonorités bien rythmées a atteint comme la plupart de ceux qui l’ont précédé un haut degré de poéticité. « 

 


« Au chant des vagues », commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 23 mai, 2014 @ 6:24 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, poèmes d'amour, Poèmes en français | Pas de commentaires »

Au chant des vagues 

 

Viens et prends cette main, allons au chant des vagues

Célébrer notre amour, libérons-nous du temps.

Ensemble et dévêtus profitons de l’instant,

Jetons-nous dans la mer, allons au creux des vagues.

 

Allons chanter la vie et berçons notre amour

Sur l’onde de flots blonds dans l’horizon d’un rêve

Abreuvons-nous du soir, buvons à notre sève

Enivrons-nous avant que s’achève le jour

 

Demain il fera nuit car la Terre divague

L’amour sera fini car nous ne serons plus

Et c’est bien regrettable… Il aurait mieux valu

Que la mer continue à jouer de la vague.

 

Allons chanter la vie et versons notre amour

Dans cette coupe azur aux confins de ce rêve,

Délivrons-nous du soir, acceptons cette trêve,

Enivrons-nous de tout, c’est la mort qui accourt !

 

* * *

 

« Dans ce poème de Monique-Marie il y a du nouveau : une influence bien claire, bien qu’elle soit peut-être insoupçonnée et involontaire, du grand poète persan Omar Khayyam ( 1048 – 1131 ) qui résume sa philosophie dans l’un de ses fameux quatrains en ces mots :

« Puisque tu ignores ce que te réserve demain, Efforce-toi d’être heureux aujourd’hui. Prends une urne de vin, vas t’asseoir au clair de lune, et bois, en te disant que la lune te cherchera peut-être vainement, demain. »

Ce à quoi correspond curieusement la conception de la vie chez notre poétesse, conception qu’elle exprime dans la dernière strophe où l’on trouve les mêmes éléments contextuels :  (clair de lune / soir – une urne de vin / coupe azur – bois / Enivrons-nous) ainsi que le même sens symbolique de cette évasion vers le plaisir de l’instant vécu et l’anticipation des beaux moments avant l’arrivée du jour fatidique où l’on fera nos adieux à ce monde :

Allons chanter la vie et versons notre amour

Dans cette coupe azur aux confins de ce rêve,

Délivrons-nous du soir, acceptons cette trêve,

Enivrons-nous de tout, c’est la mort qui accourt !

à cette différence, bien entendu, qu’Al Khayyam recommande expressément l’enivrement par le vin, tandis que notre poétesse propose de se lancer à corps perdu dans la quête de l’extase par le biais de l’Amour. Ce qui est en soi une différence capitale, car si le vin fait plonger l’individu  dans un monde  fermé, l’amour quant à lui, s’il est partagé  –  et il ne peut que l’être dans les circonstances décrites  par l’auteure  – suppose l’existence d’un échange entre deux partenaires, donc un monde bilatéral  où ne peuvent se mouvoir que deux êtres en harmonie totale. Le rêve est là pour pousser la béatitude à l’extrême. D’autre part, un autre élément toujours présent dans l’imaginaire de cette auteure est le retour inconscient aux sources lointaines de la vie représentées cette fois par la mer (allons au chant des vagues – Jetons-nous dans la mer, allons au creux des vagues), un retour qui trahirait, à vrai dire, un désir camouflé de retourner au paradis perdu qu’est la matrice de la mère.

Stylistiquement,  le cachet de la poétesse est, comme d’habitude, clair et net : un lyrisme romantique très expressif  mêlé à une sensibilité esthétique classique. Un autre joyau Monique-Marie ! »

 

Mohamed Salah Ben Amor

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