Dans le Jardin des mots

« Orée d’une éternité », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

ENCRE 29 (3)

Orée d’une éternité

 

Je vis éclore sur ses lèvres

Les prémices d’un bleu sourire,

Rose en porcelaine de Sèvres,

Délicatesse d’un porphyre…

Je crus accéder aux cieux.

Poussée par les ailes de l’aube,

Portée par l’air mélodieux

Que la lyre aux âmes dérobe,

Délivrée d’une cécité,

Un espoir embrasa mon cœur.

J’entendis s’élever un chœur

À l’orée d’une éternité…

 

Monique-Marie Ihry – 25 avril 2013 -

Extrait du recueil de poésie Délices, Éditions Mille-Poètes en Méditerranée, Narbonne, 2013

Illustration de l’auteure

* * *

Dans un écrit littéraire, qu’il soit poétique ou en prose, ce ne sont pas les sens dénotatifs, référentiels et apparents qui intéressent  le lecteur averti mais les sens symboliques inconscients qui  lui font découvrir  le tréfonds de l’auteur. À  ce niveau-là, la locutrice se présente dans ce texte de deux manières différentes : tantôt comme objet/patiente/rhème respectivement  au sens grammatical, sémantique et pragmatique de chacun de ces termes (poussée – portée – délivrée – embrasa mon cœur), tantôt en position d’observatrice ou de réceptrice passive  (je vis éclore j’entendis s’élever), c’est à dire dans une  situation semblable à celle d’un bébé dans son  berceau ou d’un passager dans une barque. Pour ce qui est de la première position, elle fait référence au sentiment d’être protégée contre les imprévus de la vie et d’être choyée par son entourage immédiat. Quant à la seconde, elle indique le passage d’une rive  malsaine ou  peu accommodante (délivrée d’une cécité)  à une autre édénique et enchanteresse (accéder aux cieux  s’élever un chœur à l’orée d’une éternité les ailes de l’aube l’air mélodieux – espoir) où elle jouit de ce qui lui a toujours tourné le dos : l’Amour  (Je vis éclore sur tes lèvres / Les prémices d’un bleu sourire, / Rose en porcelaine de Sèvres, / Délicatesse d’un porphyre). Ainsi, c’est une partie d’elle-même  ou, si l’on veut,  sa « vieille peau » qu’elle laisse sur l’autre rive pour  en endosser une autre tout à fait nouvelle.

Pour ce qui est du style, la poète est, comme d’habitude, toujours égale à elle-même  avec la forte présence de son cachet spécifique qui allie un néoromantisme exquis et un existentialisme croyant très profond.

Mohamed Salah Ben Amor

 

 

 

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire