Dans le Jardin des mots

Même les monstres savent aimer (extrait)

Classé dans : Récits — 25 février, 2015 @ 15 03 06 02062

 

Alphonse de Lamartine avait écrit « Objets inanimé, avez-vous donc une âme[1] ? ». Les plantes ne rentrant pas dans cette catégorie, la question de savoir si les plantes vertes avaient réellement une âme devenait par conséquent tout à fait surfaite. Et pourtant…

Je faisais mes adieux à la vie, cette vie qui m’avait été octroyée par ma mère, malgré elle. J’avais avait été meurtrie tant de fois au plus profond de mon âme par la fange des outrages, des coups, ses reproches, son mépris, mais je partais sereine, l’âme empreinte de douce poésie.

Mère n’était plus, par les vers sans doute rongée. Je m’en allais subir le même sort, l’âme cependant infiniment riche de tant d’amour, celui que je m’étais évertuée à semer autour de moi sur les allées jonchées de feuilles mortes, sur les sentiers endurcis par le givre implacable de l’hiver, noyée dans l’aridité du désert de la peine, celle qui n’a plus de larmes pour en avoir trop déversées sur les rives d’un cahier ridé au tracé lourd de la plainte, brisé au crissement du crayon épanchant sa détresse sur les sillons profonds et stériles de lignes sans appel…

J’avais semé l’amour dans mon entourage autant que faire se peut, parfois maladroitement, parfois avec bonheur. On m’avait offert en retour des sourires, baume souverain au printemps de vains espoirs, et je m’en allais guidée par la main de l’ange, portée par les ailes de l’oiseau bleu vers d’autres rivages baignés de lumière.

Il était temps pour moi de faire mes adieux aux verts prés condamnés de l’innocence, à ces jardins flétris par la mélancolie d’un automne, aux plaintes glacées de l’hiver. Je m’en allais le cœur apaisé par la magie du pardon, bercée d’une rime légère, bénie par le chant mélodieux que la mer offre au soir et versée de sereine poésie, ce cadeau si précieux offert par la vie dès mon plus jeune âge, malgré les rigueurs d’un sein maternel abreuvé à la source sacralisée de l’aigreur.

[...]

© Monique-Marie IHRY

Extrait du récit intitulé :   » Même les monstres savent aimer », à paraître


[1] Harmonies poétiques et religieuses, Livre III, Extrait de « Harmonie I, Milly ou la terre natale », Alphonse de Lamartine, 1830.

2 commentaires »

  1. petitjean dit :

    MONIQUE MARIE TU ES UNE MERVEILLEUSE POETESSE J ATTENDS DE LIRE LA SUITE

    BISES bises bises MAGGY

  2. Merci Maggy ! Je t’embrasse.

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