Dans le Jardin des mots

Poésie et prose, prose et poésie, au gré des mots, au fil du temps…

Archive pour août, 2014

Pourquoi peint-on en couleur ou pourquoi l’on peint en noir et blanc ?

Posté : 14 août, 2014 @ 4:48 dans Réflexions diverses | 2 commentaires »

 bailarina triste+++ 54  65

 Bailarina triste -  huile sur toile peinte par l’auteure, 54/65 cm  -

 

   Il vient tout naturellement à l’esprit que l’on ne peut peindre qu’en utilisant des couleurs. Il est évident que l’on retranscrit les images s’offrant à notre regard, que ce soit la tendresse d’un visage coloré, la beauté épanouie de la campagne, tout comme l’azur des flots de la Méditerranée. Mais l’acte de peindre, tel  celui de composer, vont parfois au-delà de la réalité. L’artiste se projette dans ses rêves,  recrée le monde et le peint à sa propre image, celui de ses fantasmes projetés sur la toile créative de ses pensées. Ainsi naît la création artistique, laquelle prend de ce fait un certain recul par rapport à la réalité ambiante. Le poète transgresse les couleurs usant de métaphores intemporelles, le peintre outrepasse les normes, il reformule les formes et compose des mélanges inattendus. Les formes s’affirment, les couleurs imposent leur aura, s’emparent arbitrairement de la pensée, la maîtrisent, imposent de nouvelles lois.

   Dans ce contexte précis, la palette surréaliste du ressenti élira par exemple un bleu azur inattendu afin de mettre en valeur la virilité intrinsèque d’un tronc d’arbre. Dans la même idée, le carmin de joues souriantes d’un enfant dominera le visage rayonnant qu’il pare. La chevelure d’une jolie femme pourra prendre arbitrairement des proportions démesurées, allant jusqu’à devenir le point de mire d’un portrait. Un bateau errant dans une mer bouleversée disparaîtra dans le tumulte de vagues déchaînées prêtes à l’engloutir à jamais, à tel point qu’on ne le verra qu’à peine sur la toile, dissimulé par le ressentiment chagrin de l’artiste tourmenté qui le peint.

   Le photographe a longtemps saisi des images en noir et blanc. Il ne pouvait faire autrement, car l’évolution de la science ne lui avait pas encore octroyé l’opportunité de retranscrire les couleurs de la réalité.  Puis, la technique évoluant, la photographie a été en mesure de calquer le monde en recopiant fidèlement tous les camaïeux  que la nature pouvait offrir à notre regard émerveillé. Les portraits ont acquis dès lors leur lettres de noblesse, allant jusqu’à rivaliser avec certaines œuvres des grands maîtres. Il est bien entendu que peinture et photographie sont deux arts que l’on ne peut comparer en aucune façon. Nous évoquons ici deux  techniques différentes permettant de retranscrire ce qui est offert à notre vue. Saluons au passage le génie de Diego Velásquez qui a su retranscrire fidèlement le regard sournois du Pape Pio V avec autant de véracité que ne l’aurait fait un appareil photo. Je le soupçonne même d’avoir en l’occurrence un peu exagéré à dessein… Le talent d’un vrai portraitiste n’est-il pas de faire ressortir la personnalité du personnage auquel il est sommé de donner vie ? Cela ne plaît pas toujours, mais c’est ainsi.

   On assiste actuellement à un retour de la photographie en noir et blanc. Cette dernière impose d’emblée à nos yeux le caractère des objets qu’elle entend valoriser. Les contrastes donnent du relief à l’œuvre, soulignent les détails, mettent en exergue la personnalité d’un individu qu’ils figent pour l’éternité, les objets affirment leur volonté d’exister avec force, la nature décline des contrastes suscitant l’émotion qui ne demande quant à elle qu’à surgir de notre cœur en émoi.

   Un jour la mélancolie l’emportait sur la joie de vivre, il m’est arrivé de peindre pour la première fois dans un dégradé monochrome de noir et de blanc. La danseuse dont les contours s’imposaient avec vigueur sur ma toile fut soudain saisie entre deux entrechats dans son mouvement, les ombres et dégradés cernaient son corps en action, le tableau prenait forme comme par magie.  Il me semblait que j’allais la voir surgir dans un pas de deux fendant littéralement ma toile. À mesure que je peignais, le titre de cette œuvre projetée s’imposa à moi. J’avais décidé de l’intituler Bailarina triste. J’eus très rapidement le désir incontrôlable d’ouvrir les bras à cette danseuse dominée elle aussi par la mélancolie afin de la consoler  de la peine évidente se dégageant de ses mouvements gracieux. L’archet d’un violoncelle invisible gémissait des notes s’échappant de son cœur voilé. L’émotion était intense, je m’en souviens encore.

   Cette première toile en noir et blanc s’est donc imposée à moi pour la première fois en à peine une heure et demie. Elle fait partie des œuvres dont je ne suis pas encore prête à me séparer. Elle vibre en moi. Il est évident que cette femme volant, virevoltant et d’épanchant sur le parquet ciré n’est autre que moi-même, cette jeune fille qui dansait à longueur de journée en cachette sur le parquet de sa chambre, portée par une musique virtuelle berçant la mélancolie de son âme adolescente. 

   Il semble, à vrai dire, que je n’ai pas encore terminé de panser les plaies de cette période douloureuse. C’est sans doute pour cette raison que je continue à peindre inlassablement une série de chaussons et de danseuses concentrées à outrance dans leur expression artistique opprimée. Les chaussons explosent dans l’effort, allant parfois jusqu’à se déchirer. Les justes au corps épousent les formes qui s’expriment avec une grâce que je voudrais innée, infinie, ineffable. Les muscles des bras tendent vers l’infini de vains espoirs à mesure que la musique du cœur exhume les déchirures inhérentes à l’esprit. La musique est là, en toile de fond. Le piano distille des notes parfois enjouées, parfois baignées d’un clair obscur. La mélodie s’emporte, portant les corps en mouvement au-delà d’eux-mêmes. Un violon entre en scène, un violoncelle le rejoint avec véhémence et l’émotion s’installe, encore et toujours…

   Depuis la création de cette toile, j’ai peint de nombreux tableaux en monochromes en y ajoutant parfois un soupçon de couleur. Je commence en fait par un ton foncé que je le décline ensuite en dégradés venant cerner, orner mes personnages, ourler mes objets en les faisant naître, paradoxalement.

   Cependant, j’éprouve souvent ce besoin absolu et impérieux de voir jaillir de mes toiles un arc-en-en-ciel de couleurs. La couleur fait en fait partie de la vie, de ma vie. On ne saurait se passer de ces rayons de soleil qui colorent nos espérances et flattent rêves les plus fous.

   Il se trouve que les toiles que je vends le plus sont absentes de couleur. La demande pour mes monochromes s’avère être en effet la plus importante. Il me vient parfois à l’esprit que cette forme d’expression engendre chez l’amateur d’art davantage d’émotions que la peinture dite « traditionnelle ».  Je ne prétends pas par ces mots affirmer que seul le choix des couleurs ou des non-couleurs engendrerait une émotion. Les formes élues, leur mouvement, leur ordonnancement sur la toile sont un tout indissociable qui confère une unité de sens, métaphore la pensée émouvant le récepteur du message que l’artiste entend délivrer.

   En faisant le choix de demeurer dans un état d’esprit que je qualifierais « monochrome », je semble en accord avec les personnes appréciant ma peinture. Mais n’est-on pas apprécié uniquement par des êtres avec qui on partage une même forme de sensibilité ?

   Cette remarque est également valable pour l’écriture. Ce mode d’expression en prose ou en vers qui a recours aux mots, ne peut séduire le lecteur que si celui-ci adhère à l’ordonnancement des idées couchées sur la page qu’il est en train d’explorer, au rythme de ses mots, aux couleurs suggérées par les métaphores, aux peintures des scènes décrites, à l’action générée par les verbes choisis, aux temps du récit, à la véhémence des dialogues et la non-monotonie de certains monologues, en un mot au verbe de l’auteur.

 

©  Monique-Marie Ihry    -  14 août 2014

 

 

Extrait n° 6 du roman  » Bellucio « 

Posté : 8 août, 2014 @ 12:01 dans Extraits de romans déjà parus, roman | Pas de commentaires »

Chapitre 4

 

1

[…]

Jacques Bellucio cultivait en réalité une sainte horreur des célébrations en tout genre. Cela le rendait nerveux et c’était plus fort que lui. Il tenait impérieusement à détruire la moindre étincelle de bonheur pouvant épanouir le cœur des êtres qui l’entouraient, on ne pouvait être heureux que par ses soins et uniquement lorsqu’il l’avait désiré, ce qui revenait à dire jamais. Se souciait-il des souhaits des autres ? Cela n’avait jamais été son problème. Les quelques mois de bonheur forcé qui avaient précédé cette malheureuse scène avaient été si pénibles pour lui à élaborer dans une douleur consciencieuse, avec cette patience calculée qu’il ne possédait en l’occurrence pas, mais ils représentaient en soi un mal nécessaire à un heureux dénouement ultérieur attendu. Laure était par ailleurs tombée enceinte, ce qui avait conforté Jacques dans l’espoir d’un inévitable mariage prochain.

Il n’avait de cesse de penser également qu’il finirait par obtenir l’usufruit de cette belle demeure qu’il venait tout juste de commencer à restaurer selon ses propres goûts…

 

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Extrait n° 5 du roman  » Bellucio « 

Posté : 8 août, 2014 @ 11:57 dans Extraits de romans déjà parus, roman | Pas de commentaires »

Chapitre 3

 

7

 

Laure de Montpeyrou portait ce soir-là une élégante robe fourreau de satin noir. Elle avait jeté négligemment sur ses épaules une étole de renard bleu qui laissait deviner un décolleté des plus avenants. Le chauffeur de taxi qui les avait véhiculés ne put s’empêcher de penser que ces deux-là formaient un couple assez assorti, bien qu’il lui sembla que le beau brun ténébreux posait à la dérobée sur la femme  l’accompagnant un regard prédateur qui en disait bien long sur les intentions  fomentées à son égard.

Laure s’assit avec une grâce naturelle. Ses cheveux étaient relevés en chignon. Quelques mèches décidément rebelles s’en échappaient formant de délicates volutes qui venaient souligner au passage la grâce parfaite de l’ovale de son visage. Un collier d’émeraudes délicat dont les pierres étaient serties de petits diamants assortis à des pendants d’oreille discrets lui conférait digne élégance. Elle rayonnait de vie recouvrée. Son cœur battait à l’unisson des rêves qu’elle avait commencé à composer depuis quelques semaines. Elle se sentait redevenir femme et osait espérer que son charme ne laisserait pas Jacques indifférent.

L’homme considéra un instant le solitaire  brillant de mille feux à l’annulaire de la jeune femme.

« Un caillou comme ça, pensa-t-il, ça doit bien peser cinq ans de loyer, sans compter ce qu’elle porte au cou et aux oreilles…

–          Quel plaisir d’être avec vous ce soir ! s’exclama la jeune femme d’une voix cristalline.

–  Si je puis me permettre, vous êtes absolument radieuse, ma chère !

[…]

 

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Extrait n° 4 du roman  » Bellucio « 

Posté : 8 août, 2014 @ 11:15 dans Extraits de romans déjà parus, roman | Pas de commentaires »

Chapitre 3

6

 

Les récépissés des lettres recommandées s’amoncelaient dans la boîte à lettres de Jacques. Il n’allait jamais les chercher, car il savait que ces courriers émanaient pour la plupart de son ancienne logeuse, laquelle avait fini par retrouver sa trace et s’impatientait de ne plus être payée depuis plusieurs mois déjà.

Lorsqu’il voulut allumer son four pour y faire réchauffer un pâté lorrain qu’il avait acheté chez son boucher, celui-ci refusa de se mettre en route. Une visite rapide au compteur de gaz le renseigna d’emblée sur le côté critique de la situation. Par acquis de conscience il alluma le plafonnier, mais ce fut sans succès. Il était par conséquent certain que les plombs n’avaient pas sauté. En fait, plus aucune lampe ne s’allumait dans l’appartement. On lui avait donc encore une nouvelle fois coupé l’électricité. Il lui fallait trouver une solution rapidement.

Aussi décida-t-il de mener une cour encore plus assidue à sa collègue Laure de Montpeyrou. Jusqu’à présent, il avait bien mené sa barque. Elle avait mordu à l’hameçon au-delà de ses espérances. Il descendit téléphoner dans une cabine téléphonique située au coin de sa rue. Laure, qui était chez elle, décrocha le combiné aussitôt.

[…]

 

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Extrait n° 3 du roman  » Bellucio « 

Posté : 8 août, 2014 @ 11:11 dans Extraits de romans déjà parus, roman | Pas de commentaires »

Chapitre 3

4

 

Jacques s’était résolu à changer à nouveau de domicile car son propriétaire non rémunéré depuis plusieurs mois se montrait au fil du temps de plus en plus agressif. Il avait fini par dénicher enfin une autre chambre de bonne à louer pour une somme modique dans une rue mal famée de la vieille ville appelée Rue du Maure qui trompe. Le timbre de la sonnette résonna très fort dans l’unique et minuscule pièce et fit sursauter Jacques dans son sommeil. Il décida de ne pas répondre.

La sonnette se mit à tinter de plus belle. Comme personne ne daignait bouger à l’intérieur de l’appartement, on sonna avec une insistance décuplée.

« Police. Ouvrez cette porte ! »

Jacques traîna les pieds jusqu’à la porte. Il était d’une humeur qui ne laissait rien présager de bon.

Le Commissaire Makri entra sans ménagement dans l’unique pièce, intimant au bellâtre de s’habiller afin d’être plus décent. Jacques refusa de se soumettre, arguant qu’entre hommes, il n’y avait en l’occurrence pas de mal.

« Vous êtes toujours aussi récalcitrant envers les forces de l’ordre ?

–          Toujours quand je n’ai pas eu le temps de prendre un bon café, répondit Jacques avec bel aplomb.

[…]

 

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Extrait n° 2 du roman  » Bellucio « 

Posté : 8 août, 2014 @ 11:06 dans Extraits de romans déjà parus, roman | Pas de commentaires »

Chapitre 2

 

13

[…]

 

Les policiers s’en allèrent et Miguel commença vraiment à prendre peur. Il ne savait pas au juste pourquoi il s’était empressé de mentir. Les policiers allaient certainement se rendre à l’adresse qui était indiquée sur ses papiers d’identité et commencer à mener leur propre enquête. Trop tard, il ne pouvait pas revenir en arrière.

Il convenait de faire vite. Il appela l’université et demanda à parler à son compagnon. On lui affirma qu’il était en cours. On ne pouvait par conséquent le déranger. Il laissa un message indiquant qu’il fallait que M. Bellucio rappelle à son domicile le plus rapidement possible.

Miguel s’assit dans l’unique fauteuil de l’appartement. Il était très inquiet. Jacques avait-il une nouvelle dette de jeu en souffrance ? C’était fort probable. Il allait donc falloir à nouveau faire face à une situation qui devenait désespérément répétitive. Il osa espérer qu’un jour il finirait par cesser de jouer. Il prit un verre de liqueur de mirabelle pour se calmer et alluma un cigare. Le temps ne passait désespérément pas et le téléphone s’obstinait dans un mutisme entêté.

N’y tenant plus, il se décida à se rendre Boulevard Albert 1er et demanda qu’on lui ouvre le bureau de Jacques. Une femme de service s’exécuta avec quelques réticences. Miguel s’assit. Trente minutes plus tard, la porte s’ouvrit enfin et Jacques pénétra dans la pièce.

« Qu’est-ce que tu fous ici ?

–          On ne t’a pas parlé du message que je t’avais laissé ?

–          Si, mais j’ai eu une réunion importante juste après mon cours et je ne pouvais me libérer. Qu’est-ce qu’il y a de si urgent pour que t’oses me déranger à la fac ? En plus, je t’ai déjà dit que je ne voulais absolument pas que tu te montres ici !

Jacques était hors de lui. Ses yeux irradiaient d’une lueur empreinte de cruauté. Jamais Miguel n’avait encore eu à affronter un tel regard, Jacques exhibant là un aspect de sa personnalité ignoré jusqu’alors pas son compagnon.

–          Calme-toi, si je suis là, c’est qu’il s’est passé quelque chose d’inquiétant.

–          Parle ! hurla Jacques de plus belle.

–          La Police est venue à l’appartement en début d’après-midi.

–          Les flics !!!

–          Ils m’ont posé des questions à ton sujet.

–          Quelles questions ???

–          Ils voulaient juste savoir quand tu allais revenir. Je me suis empressé de leur dire que tu n’étais pas là et que je ne savais pas quand tu reviendrais.

–          Tu as bien fait, on va gagner du temps.

–          Gagner du temps, pour quoi faire ?

[…]

 

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Extrait n° 1 du roman  » Bellucio  »

Posté : 8 août, 2014 @ 11:00 dans Extraits de romans déjà parus | Pas de commentaires »

Chapitre 2

          1

 

« Miguel, tengo sed[1].

–          Ne pleure pas mon chéri. J’ai envoyé Pablo chercher maman chez les patrons pour lesquels elle travaille. Je suis certain que les Vicario vont la laisser venir te voir.

–          Miguel, tu peux pas savoir comme j’ai froid…

–          Duérmete, duérmete, que mamá está llegando[2]. »

Nous sommes dans un quartier pauvre de la ville de Mexico. Miguel a tout juste sept ans. Son petit frère est tombé malade quinze longs jours auparavant. On n’a pas pu avoir recours à un médecin car il n’y avait pas assez d’argent pour rémunérer ses soins. En désespoir de cause, on a fini par appeler la veille Teódula Fuentes qui habite dans une maison voisine. Elle est venue avec ses remèdes et ses potions prier conjointement les dieux des ancêtres et celui des catholiques du Mexique. La vieille femme a fait ce qu’elle a pu, tout en sachant qu’il n’y avait plus rien à espérer. Le petit garçon était selon toute vraisemblance à l’article de la mort. Dolores, qui était revenue de son travail le dimanche précédent, avait dû repartir après quelques heures passées en compagnie de ses enfants en les abandonnant malgré elle aux bons soins de la vieille indienne ; elle ne pouvait pas se permettre de perdre cette maigre source de revenus qui servait tant bien que mal à nourrir les enfants qu’elle élevait seule depuis le décès de son mari Ignacio. Elle était repartie la mort dans l’âme vers les Lomas de Chapultepec où habitaient les patrons exigeants qui l’employaient.

La vieille indienne au visage parcheminé par les ans avait promis de rester veiller sur l’enfant malade. Mais le pauvre petit s’était mis à délirer à nouveau et son état s’était considérablement aggravé. Le médecin appelé aux frais de la vieille femme avait fini par venir, mais il était trop tard pour sauver la vie compromise de cet enfant. Le sort l’avait donc condamné pour cause de pauvreté, comme cela arrivait hélas encore trop souvent dans ce Mexico des années cinquante… La malnutrition avait concouru à affaiblir ce corps affaibli sans défenses et on ne pouvait hélas plus rien pour lui, sinon prier et prier encore…

Miguel Rosales, qui était encore très jeune à l’époque, était cependant reparti lui-même chercher sa mère chez les Vicario. Il avait dû traverser ces longs faubourgs peuplés par l’actuelle bourgeoisie qui avait supplanté l’authentique aristocratie précédente, et ce juste après la Révolution mexicaine. Les descendants directs des colons espagnols avaient dû céder leur place à la toute puissante économie libérale nouvellement en vogue. Les villas somptueuses de ce quartier avaient été repeuplées par des gens issus du peuple pour la plupart. Ces derniers étaient devenus des nouveaux riches, forts de leur exploitation récente et usurpatrice sur leurs frères indiens soumis de ce fait à une nouvelle forme d’esclavage déguisé. L’histoire semblait se répéter. L’avènement d’une révolution conduisant presque rituellement aux mêmes travers, une aristocratie tombe, l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle oligarchie la remplace et abuse de ses pouvoirs à son tour, et parfois même de façon plus outrancière que la précédente, ce qui fait que les gens du peuple dans leur grande majorité ont tout simplement changé de maîtres entre temps.

[…]

(more…)

Au bouquet fané

Posté : 7 août, 2014 @ 3:19 dans Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

expo capestang bouquet rose

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Bouquet rose I  -  Huile sur toile 30/60 cm réalisée par l’auteure  -

 

Au bouquet fané  

 

Notre histoire ressemble à ces menus

mi-effacés

mi-lisibles

entre deux festins programmés

sur l’ardoise d’un restaurant

C’est en somme comme

un destin effacé

sans toutefois l’être

Ta présence n’est plus

au creux de l’oreiller

mais l’on y devine encore

ton visage ensommeillé,

ces baisers ensoleillés de l’aurore,

bouquet désormais fané

aux fleurs enlacées

mi-visibles

mi-effacées

prêtes à s’envoler flétries

dans la plainte, ce soir

du vent…

 

©  Monique-Marie Ihry    -  7 août 2014  -

Extrait d’un recueil de poésie en cours d’élaboration,

reproduction interdite

 

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