Dans le Jardin des mots

Archive pour le 7 décembre, 2013

Extrait n° 3 du roman  » Mythomania sur le Net « 

Posté : 7 décembre, 2013 @ 11:28 dans Extraits de romans déjà parus | Pas de commentaires »

Intelligences utiles, s’il en est (pp. 18-21)

 

 [...]

Le mensonge est un art qui requiert de l’intelligence. Il convient d’être très fort pour rester menteur sous peine d’être démasqué un beau jour. Il est des menteurs impénitents qui mentent comme ils respirent, sans réfléchir. C’est bien là leur problème. Mentir pour eux est un besoin vital. Ils aspirent à mentir sans cesse, le mensonge les inspire, ils s’en nourrissent à outrance.

 Mais au fait, pourquoi mentent-ils ? C’est souvent pathologique. Mais il faut avouer que le mari trompeur ou l’amant volage ont besoin de cette arme vile pour tourner les pages de leur agenda compliqué. Il est vrai que mener plusieurs vies parallèles ne s’avère pas en outre très aisé.

 Si l’on vous dit au cours d’une même longue phrase de justification attendue :

 « Non, je ne connais absolument pas cette femme. » Et puis dans la foulée :

- Non je ne lui parle plus du tout depuis très longtemps.

Puis encore, plus loin, au cours de la même conversation :

- Cette sirène baise bien [...] je n’ai jamais rien fait avec elle. »,

 pas besoin dans ce cas de se poser davantage de questions. Pour être un menteur plausible il faut savoir faire fonctionner ses neurones afin de ne pas se contredire aussi ouvertement. Mais peut-être qu’à force de se rendre d’un lit à l’autre, la fatigue et l’âge aidant, les connexions cérébrales se trouvent au final quelque peu handicapées. C’est de bonne guerre après tout !

 Il semblerait que Don Juan, Casanova ou Lord Byron aient été plus habiles en leur temps. Leur carrière volage s’est même vue décorée d’une postérité qui perdure encore. Vous m’aurez comprise, on ne parle pas ici d’intelligence du cœur. On évoque une intelligence adroite, celle qui excelle dans les bas fonds d’un esprit pervers.

 Une fois démasqué, l’apprenti menteur doit donc impérativement suivre quelques règles. Il est grand temps qu’il se reprenne. Conseillons-lui par exemple la prise à la hâte de quelques notes sur un carnet qui pourraient l’aider dans ses mensonges :

 « J’ai dit à Martine que j’étais au cinéma ce soir-là et que j’ai vu tel film.

- Pour Marie : je lui ai affirmé que cette sirène, je ne l’ai jamais rencontrée et je ne lui ai jamais écrit non plus. Je ne la tague jamais dans les articles que je publie sur Facebook. »

 Le petit carnet assorti de son crayon ­­­­- que l’on ne doit pas égarer – serait donc l’allié essentiel de mensonges en kyrielles que l’on commet lorsque l’on converse avec une amante éloignée avec qui on entreprendrait une relation épistolaire entre deux rencontres car on peut le consulter à loisir. L’idéal serait finalement un carnet répertoire qui permettrait d’aller très rapidement trouver les indices propices à une argumentation intelligente. Mais le problème survient toutefois lorsque l’on est au téléphone et que l’on ne sait plus où l’on a mis ce petit élément salvateur que l’on aurait pu consulter tout à son aise et à son gré dans une autre circonstance. Que dire alors d’une conversation de visu avec une maîtresse en cours que l’on rencontre par hasard à la sortie d’un hôtel et que l’on n’a manifestement pas l’inélégante opportunité de sortir ses notes salvatrices !

 Après réflexion, je n’ai finalement pas de solution magique qui pourrait venir en aide au menteur dragueur d’intelligence moyenne ou bien encore celui chez qui Alzheimer a commencé à faire quelques dégâts irréparables. On pourrait cependant lui conseiller de remplacer ce carnet par l’application agenda électronique contenue éventuellement dans son portable, mais ce n’est pas tout à fait le top lorsque l’on téléphone avec son portable en même temps. Verser une bonne dose de bromure dans le jus de fruit du petit déjeuner afin de calmer les ardeurs altruistes de ce menteur professionnel serait peut-être envisageable, si tant est que cet individu partage encore notre vie.

 Yiórgos était l’archétype même du menteur professionnel. Je me suis longtemps demandé s’il existait un remède à ces mensonges éhontés. En fait, il n’y en a guère. Le plus important serait en revanche d’essayer de repérer ce genre de mythomanes le plus rapidement possible et de s’en défaire aussi vite. Ce n’est pas toujours évident !

 Ces sites que l’on dits sociaux sont le reflet de notre société faite d’individus vrais et de « masques ». Le vrai se livre tel quel en toute spontanéité, et le masque arbore en permanence un esprit facétieux. Le contact dit masqué se construit très souvent une personnalité brillante, s’invente le personnage qu’il aimerait être dans une autre vie. Il se veut artiste talentueux à l’âme généreuse par exemple, il est directeur d’une multinationale ou se vente encore de participer activement à de nombreuses causes humanitaires. Il flaire, repère les failles des proies possibles attirées par le brio et l’humanisme qu’il arbore faussement à tour de bras et s’y engouffre petit à petit, insidieusement.

 Dans cette jungle Internet, le faible est celui qui pensait que tout le monde se montrait à son image sincère en toutes circonstances. Les réveils sont en l’occurrence toujours douloureux.

 Je serais donc finalement tentée d’affirmer qu’il est préférable de tomber sur le menteur peu intelligent que l’on repère rapidement plutôt que sur un professionnel du genre doté d’un Q.I. hors dimensionné. Si tel a été votre cas, il se peut que vous ayez vécu une expérience qui vous ait aidée à mûrir et à vous affranchir d’un monde vernissé et tentateur. Mais attention : gare aux rechutes possibles ! C’est comme un régime que l’on s’est promis d’entreprendre, il se doit d’être assorti de règles strictes et indéfectibles car on aurait tendance à replonger facilement dans la crédulité.

 Autre précision : cette réflexion spontanée a été écrite au genre masculin. On pourrait tout aussi bien la transposer au féminin. Ce serait alors un exercice de style salutaire qui viserait par la même occasion à tenter de se préserver de pseudo amies tout aussi flatteuses qu’habiles à vous tromper et qui font du masque leur panoplie mensongère assassine quotidienne. Quelque ex de votre ex par exemple…

[...]

 

Ce roman paru en novembre 2013 est en vente sur le site Edilivre :

http://www.edilivre.com/catalogsearch/result/?q=mythomania+sur+le+net

 

 

 

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