Dans le Jardin des mots

Archive pour octobre, 2012

« Les rochers de l’aube », poème commenté par le Pr. Mohamed Salah Ben Amor

Posté : 2 octobre, 2012 @ 9:35 dans Critique littéraire, Extraits de recueils de poésie de l'auteure, Poèmes en français | Pas de commentaires »

soledad I 27  35

Toile :  » Soledad  » (2009) © Monique-Marie Ihry

Les rochers de l’aube

 

Sur les trottoirs frileux les feuilles se dérobent

Et partent rejoindre les caniveaux de l’aube.

La pluie va nus pieds sur les pavés de la rue

Rejoindre les larmes dont le flux s’est accru.

 

Le vent sur sa jument ivre fend la pénombre

Dénudant la robe des papillons de l’ombre,

Le cœur aux corolles flétries par la mémoire

S’effeuille peu à peu sur la page du soir.

Où sont ces blonds pays où brille notre amour,

Où court le fleuve azur des rêves de toujours

Lorsqu’ils ne s’échouent pas sur les rochers de l’aube ?

Où sont ces prés fleuris où les lys de leur robe

Venaient parer d’oubli le jour qui se dérobe

À force de beauté, sur les flots de l’amour ?

 

© Monique-Marie Ihry – 17 février 2012 -

 

* * *

 

« Sur le plan locutoire (ce qui a été dit), ce poème est composé de deux parties égales et distinctes : la première (les deux premières strophes) est constative, du fait qu’elle décrit formellement deux paysages visibles. La seconde  (le reste du texte) est performative, car elle a été conçue sous forme d’une série d’interrogations et n’est  donc, de ce fait, ni vraie ni fausse. Néanmoins,  sur le plan illocutoire, c’est-à-dire du vouloir dire,  tout le poème a été élaboré  dans l’intention d’exprimer l’état d’âme mélancolique de la locutrice (celle qui parle et qui ne s’identifie pas nécessairement à l’auteure). Cependant, si le premier niveau ne pose aucun problème  puisqu’il s’inscrit totalement dans la tendance romantico-symbolique de la poète,   surtout de par l’usage massif du lexique de la nature (aube feuilles   pluie vent  pénombre papillon ombre corolle  fleuve rocher pré   lys) et l’accord entre le moi et chaque aspect décrit de cette nature (la tristesse dans les  deux premières strophes/le bonheur souhaité dans les deux suivantes), le niveau illocutoire, en revanche, paraît être en contraste avec les derniers poèmes de l’auteure dans lesquels elle dépeint des ambiances de bien-être et d’optimisme. Que s’est-il passé ? Rien d’anormal ! En effet  et psychologiquement parlant, la mélancolie est de deux sortes : l’une est persistante et innée (ce qui n’est pas le cas ici) et l’autre est née de l’humeur du moment et passagère.

Sur le plan stylistique, enfin, le poème a été habilement construit en deux phases  égales et opposées  (le  réel/le souhaité –  le constatif/le performatif – le locutoire/l’illocutoire) et regorge d’images agréables dont certaines sont bouleversantes (La pluie va nus pieds sur les pavés de la rue / Rejoindre les larmes dont le flux s’est accru / Le vent sur sa jument ivre fend la pénombre / Dénudant la robe des papillons de l’ombre). Notons par ailleurs la régularité des rimes et des sonorités. »

 

Mohamed Salah Ben Amor

 

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